Le vendredi 9 janvier 2015, un terroriste musulman a fait irruption dans le supermarchĂ© casher HyperCacher , l’une des succursales d’une chaĂ®ne de supermarchĂ©s appartenant Ă des juifs, dans le 12e arrondissement de Paris. Le terroriste a pris des otages parmi les clients et les employĂ©s du supermarchĂ©. Après quelques heures de siège, des policiers de l’UnitĂ© antiterroriste ont fait irruption dans le supermarchĂ© et ont abattu le terroriste. Quatre des otages ont Ă©tĂ© tuĂ©s lors de l’attaque.
Le terroriste, Amedy Coulibaly, 32 ans, nĂ© en France et issu d’une famille d’origine malienne, avait Ă©galement tuĂ© par balles une policière la veille de l’attaque. Au moment de l’effraction, 15 personnes qui se trouvaient sur place ont pris la fuite vers le sous-sol et s’y sont cachĂ©es dans une chambre froide, avec l’aide d’un des employĂ©s, Lassana Bathily, lui aussi musulman d’origine malienne.
Suite aux actes hĂ©roĂŻques de Bathily, le gouvernement français lui a accordĂ© la nationalitĂ© française dans le cadre d’une procĂ©dure accĂ©lĂ©rĂ©e et d’une cĂ©rĂ©monie officielle. Bathily avait 24 ans Ă l’Ă©poque et remplissait les rayons de marchandises lorsque les terroristes ont pris d’assaut le magasin Hyper Kosher.
Bathily se souvient : « Au dĂ©but, j’ai cru qu’il s’agissait d’un accident Ă l’extĂ©rieur. Mais quand les coups de feu ont Ă©tĂ© rĂ©pĂ©tĂ©s et que j’ai vu tous ces clients, une vingtaine de personnes, venir vers moi, j’ai commencĂ© Ă comprendre ce qui se passait. »
Il les a placĂ©s dans la chambre froide, en tenant la porte. Après quelques minutes, il leur a suggĂ©rĂ© de tenter de s’Ă©chapper par l’ascenseur qui transporte les marchandises pour rejoindre la sortie de secours. « Ils ne voulaient pas, ils disaient que cela mettrait leur vie en danger. Je leur ai dit que nos vies Ă©taient dĂ©jĂ en danger et qu’il fallait essayer quelque chose, mais ils ne voulaient pas partir », a racontĂ© Bathily.
Il a donc dĂ©branchĂ© le moteur, leur a demandĂ© de mettre leur tĂ©lĂ©phone en mode silencieux et est montĂ© seul avec l’ascenseur. RĂ©trospectivement, Bathily a estimĂ© que les otages avaient pris la bonne dĂ©cision. Plus tard, des collègues lui ont dit que le terroriste avait entendu un bruit près de la sortie de secours et Ă©tait allĂ© vĂ©rifier. « Il aurait presque certainement tirĂ© sur eux », a-t-il dĂ©clarĂ©.
Au dĂ©but, la police a pensĂ© que Bathily Ă©tait un complice du massacre. « Ils pensaient que j’avais des explosifs, alors ils ont tirĂ© sur moi », a-t-il dĂ©clarĂ©. « Au dĂ©but, ils m’ont maltraitĂ©. Ils m’ont gardĂ© menottĂ© pendant une heure et demie. »
Une fois qu’ils ont rĂ©alisĂ© qu’il travaillait dans un supermarchĂ©, Bathily a utilisĂ© ses connaissances du magasin pour cartographier le magasin, aidant ainsi la police Ă prĂ©parer l’opĂ©ration de sauvetage. Les forces spĂ©ciales ont pris d’assaut le supermarchĂ©, tuĂ© le terroriste et sauvĂ© 15 otages. Quatre otages ont Ă©tĂ© retrouvĂ©s morts.
Les actions de Bathily ont attirĂ© l’attention nationale et les mĂ©dias ont fait de lui un hĂ©ros. « C’Ă©tait très difficile parce que j’ai donnĂ© ma première interview Ă 2 ou 3 heures du matin », a dĂ©clarĂ© aujourd’hui le protagoniste de 34 ans. « Et puis le lendemain, mon visage Ă©tait partout et tout le monde parlait de moi ».
« Un musulman qui travaille avec des juifs, qui sauve des juifs, est devenu un symbole puissant », a-t-il dĂ©clarĂ©. « Personne ne s’attendait Ă cela. J’ai toujours dit que les juifs Ă©taient mes frères. » Il priait librement au travail, priait quotidiennement et observait le jeĂ»ne du ramadan. L’une des victimes assassinĂ©es, Yohanan Cohen, Ă©tait son meilleur ami.
« Je dis toujours que j’ai sauvĂ© des gens, qu’ils soient juifs ou autres. Nous sommes tous des ĂŞtres humains et nous devons nous entraider quand nous en avons besoin », a-t-il ajoutĂ©.






