Plus tĂ´t cette annĂ©e, Poutine avait fait adopter une sĂ©rie d’ amendements constitutionnels destinĂ©s Ă lui donner des options et des choix sur la manière de façonner le destin politique de la Russie après 2024. Cependant, l’hypothèse des dirigeants semble avoir Ă©tĂ© que Poutine aurait une main relativement libre au cours des trois prochaines annĂ©es pour façonner l’avenir de la Russie.
Bien sĂ»r, l’une des raisons pour lesquelles Mikhail Mishustin a Ă©tĂ© nommĂ© Premier ministre Ă©tait de stimuler l’Ă©conomie. Selon une Ă©valuation du Kremlin des rĂ©sultats des Ă©lections rĂ©gionales de 2019 en Russie, la stagnation Ă©conomique poserait de rĂ©els problèmes pour la stabilitĂ© du rĂ©gime. Alors que l’alliance Ă©nergĂ©tique avec Riyad s’effondrait, le Kremlin Ă©tait prudemment optimiste que la Russie, qui Ă©tait dĂ©jĂ partiellement dĂ©connectĂ©e de l’Ă©conomie mondiale Ă la suite des sanctions, qui pourrait ĂŞtre en mesure de restreindre l’entrĂ©e du virus en Russie.
Dans les mĂ©dias russes, les images graphiques des fermetures spectaculaires en Italie, en Espagne et dans d’autres parties de l’Europe contrastaient avec le rĂ©cit selon lequel tout allait bien en Russie et que les dirigeants contrĂ´laient les choses. Fin mars, Poutine a dĂ©clarĂ© que la situation Ă©tait  » sous contrĂ´le « . Bien que l’Ă©conomie ait flĂ©chi Ă la suite de la guerre des prix du pĂ©trole, le message Ă©tait que la Russie pouvait encore se sauver de la crise des coronavirus affectant l’Europe occidentale.
Le coronavirus a cependant atteint la Russie . Il existe une crainte très rĂ©elle que les mesures de confinement pour le contenir soient submergĂ©es et que le virus submerge un système de santĂ© fragile et sous-financĂ©, et cela, combinĂ© Ă un choc Ă©conomique (le prĂ©sident de la Commission d’audit et ancien ministre de Finance Alexei Kudrin estime qu’une contraction de jusqu’Ă 8% de l’Ă©conomie russe due au double coup du prix du pĂ©trole / coronavirus), pourrait dĂ©stabiliser le système politique russe.
Poutine lui-mĂŞme s’est distanciĂ© socialement et a rencontrĂ© Ă distance le gouvernement après avoir serrĂ© la main et rencontrĂ© le Dr Denis Protsenko fin mars lors d’une visite des installations de Moscou pour faire face au coronavirus, après un test positif pour le virus. Poutine est effectivement en isolement, une prĂ©sence sur les Ă©crans de tĂ©lĂ©vision, mais n’exerce pas son style de gestion direct «sur le terrain» passĂ©, notamment pendant la crise financière de 2008-2009.
Et maintenant que le Premier ministre britannique Boris Johnson a Ă©tĂ© envoyĂ© Ă l’hĂ´pital après avoir montrĂ© les symptĂ´mes de COVID-19, la spĂ©culation monte quant Ă savoir si Poutine est peut-ĂŞtre Ă©galement malade et ce que cela pourrait signifier pour la politique russe.
Dans le mĂŞme temps, si la rĂ©ponse Ă la crise Ă©conomique et Ă la pandĂ©mie de COVID-19 Ă©choue, qui est Ă blâmer? S’agit-il d’un Ă©chec du leadership ou du système dans son ensemble? Et comment cela pourrait-il affecter la position de Poutine et sa capacitĂ© Ă façonner la future transition ?
Ce que nous avons vu est un effort clair pour dĂ©lĂ©guer la responsabilitĂ©. Poutine peut fixer des objectifs gĂ©nĂ©raux, comme il l’a fait lors de son discours du 2 avril, mais la responsabilitĂ© opĂ©rationnelle de la lutte contre la pandĂ©mie a Ă©tĂ© confiĂ©e aux gouverneurs et dirigeants rĂ©gionaux. Ils ont Ă©tĂ© chargĂ©s d’Ă©laborer des politiques qui ont du sens pour leurs rĂ©gions, comme l’a dit Poutine. Puisque Moscou est l’Ă©picentre du virus, mais aussi le cĹ“ur de l’Ă©conomie russe, c’est le maire Sergei Sobyanin, ancien chef de cabinet de Poutine, qui a dĂ©veloppĂ© et imposĂ© des restrictions Ă l’italienne pour lutter contre le virus.
Sobyanin occupe également le poste de chef adjoint de la commission nationale de coordination de la lutte contre le coronavirus, qui est en théorie présidé par le Premier ministre (pas, en fin de compte, le président), mais Mishustin, soit par élection, soit par directive a donné le rôle de visage public de la lutte contre le COVID-19 à Sobyanin.
Sobyanin a servi pendant un certain temps comme chef de cabinet de Poutine et a une ligne directe avec le prĂ©sident, il n’est donc pas indĂ©pendant. Dans le mĂŞme temps, cependant, il semble que Sobyanin soit nommĂ© responsable de la crise, prĂŞt Ă ĂŞtre blâmĂ©, mais Ă©galement en mesure d’ĂŞtre rĂ©habilitĂ© si ses efforts rĂ©ussissent en raison de ses Ă©checs lors des Ă©lections rĂ©gionales de contrĂ´le de 2019 Moscou et conserver un poste de commandement pour le parti au pouvoir de Russie unie dans le gouvernement de la ville.
En effet, Poutine peut utiliser la crise comme une occasion de tester les cadres politiques russes, et en particulier les gouverneurs rĂ©gionaux dont il recrute les rangs pour le gouvernement national, y compris d’Ă©ventuels successeurs.. Il y a dĂ©jĂ quatre gouverneurs qui ont Ă©tĂ© incitĂ©s ou encouragĂ©s Ă prĂ©senter leur dĂ©mission depuis le dĂ©but de cette crise. Il a Ă©galement l’avantage de prĂ©server la position de Mishustin, car il est nĂ©cessaire pour superviser les plans de dĂ©veloppement Ă©conomique que le Kremlin considère comme essentiels Ă sa survie au cours de la prochaine dĂ©cennie.
Cette stratĂ©gie fonctionnera-t-elle? Et Poutine sera-t-il Ă l’abri des critiques si la rĂ©ponse de la Russie au coronavirus Ă©choue? Et comment cette crise, avec la baisse prolongĂ©e du prix du pĂ©trole, affecte-t-elle la libertĂ© de Poutine de façonner l’avenir politique de la Russie? Telles sont les questions que nous devons considĂ©rer lors de l’Ă©valuation de l’orientation de la Russie.
Par: Nikolas K. Gvosdev
Via: Intérêt national




