Lorsque le ministre israĂ©lien de la SantĂ© a Ă©tĂ© dĂ©couvert infectĂ© par le coronavirus au dĂ©but du mois, tous les hauts fonctionnaires en contact Ă©troit avec lui ont Ă©tĂ© mis en quarantaine, dont un qui se dĂ©marquait : le directeur du Mossad, le service d’espionnage israĂ©lien historique.
Les responsables du Mossad, principalement associĂ©s Ă des opĂ©rations d’infiltration Ă l’Ă©tranger au nom de la protection d’IsraĂ«l, ne sont gĂ©nĂ©ralement pas dans le domaine de la santĂ© publique.
Les Israéliens ont donc été immédiatement intrigués.
Pourquoi le directeur du Mossad, Yossi Cohen, une personnalité respectée du pays, aurait-il été dans la même pièce que le ministre de la Santé Yaakov Litzman ?
Il s’avère que la puissante agence de M. Cohen a Ă©tĂ© profondĂ©ment impliquĂ©e dans la lutte d’IsraĂ«l contre le virus et a Ă©tĂ© l’un des atouts les plus prĂ©cieux du pays pour acquĂ©rir du matĂ©riel mĂ©dical et des technologies de fabrication Ă l’Ă©tranger, selon des responsables mĂ©dicaux et la sĂ©curitĂ© israĂ©lienne.
Alors que les pays du monde entier rivalisent fĂ©rocement pour des approvisionnements limitĂ©s pendant la pandĂ©mie, ils se tournent vers l’aide disponible et agissent sans vergogne.
Et comme le Mossad a dĂ©terminĂ© que l’Iran, aux prises avec sa propre crise de coronavirus, ne pose plus de menace immĂ©diate pour la sĂ©curitĂ©, l’agence pourrait se permettre de plonger dans l’urgence sanitaire, selon plusieurs personnes familières avec ses opĂ©rations.
Les premières prĂ©visions concernant le nombre de victimes du virus en IsraĂ«l Ă©taient très sĂ©rieuses, bien qu’elles aient Ă©tĂ© jusqu’Ă prĂ©sent trop pessimistes. Avec près de 11 000 cas de virus confirmĂ©s et 110 dĂ©cès, IsraĂ«l ne fait pas partie des pays les plus touchĂ©s au monde.
 » Le taux d’expansion maximal a Ă©tĂ© laissĂ© de cĂ´tĂ© pendant environ deux semaines et diminuera probablement presque entièrement d’ici deux semaines « , a dĂ©clarĂ© un article publiĂ© dimanche par le professeur Isaac Ben Israel de l’UniversitĂ© de Tel Aviv.
Mais dĂ©but fĂ©vrier, les responsables du Sheba Medical Center, le plus grand hĂ´pital d’IsraĂ«l, ont rĂ©alisĂ© qu’ils avaient besoin de plus de repirateurs et d’autres Ă©quipements. Ă€ cette Ă©poque, le professeur Yitshak Kreiss, directeur gĂ©nĂ©ral de l’hĂ´pital, a rencontrĂ© M. Cohen, le chef du Mossad, lors d’un Ă©vĂ©nement privĂ© auquel un ami commun a participĂ©, ce qui n’est pas inhabituel dans un petit pays que des personnalitĂ©s de haut niveau Ă©voluent souvent dans les mĂŞmes cercles sociaux.
À ce moment-là , M. Cohen avait déjà commencé à évaluer comment le Mossad pouvait aider le système de santé israélien. Le professeur Kreiss a déclaré avoir énuméré les besoins en équipements les plus urgents à M. Cohen, qui a obtenu plus de listes du ministère de la Santé, et le Mossad a commencé à activer son réseau international pour trouver les articles nécessaires.
DĂ©but mars, un centre de commandement et de contrĂ´le a Ă©tĂ© créé pour gĂ©rer la distribution de matĂ©riel mĂ©dical Ă travers le pays, avec M. Cohen Ă la barre et basĂ© Ă Sheba. Il y avait des reprĂ©sentants du Mossad, de la division des achats du ministère de la DĂ©fense et de l’unitĂ© de renseignement militaire hautement secrète 81, qui s’occupe du dĂ©veloppement d’Ă©quipements d’espionnage avancĂ©s.
Le professeur Kreiss, ancien brigadier gĂ©nĂ©ral de l’armĂ©e et ancien chirurgien gĂ©nĂ©ral de l’armĂ©e, a dĂ©clarĂ© que le Mossad avait contribuĂ© Ă aider son Ă©tablissement Ă obtenir du matĂ©riel mĂ©dical essentiel et une expertise de l’Ă©tranger.
« Ce n’est qu’en IsraĂ«l que l’hĂ´pital Sheba aurait pu bĂ©nĂ©ficier de l’aide du Mossad », a-t-il dĂ©clarĂ© lors d’un entretien. « Pouvez-vous imaginer l’hĂ´pital Mount Sinai contacte la CIA pour obtenir de l’aide ? » a-t-il ajoutĂ©, faisant rĂ©fĂ©rence au New York Medical Center.
Le professeur Kreiss a refusĂ© de dire exactement comment les responsables du Mossad avaient aidĂ© l’Ă©tablissement mĂ©dical israĂ©lien ou d’oĂą provenait l’Ă©quipement importĂ©. Mais selon six responsables israĂ©liens actuels ou anciens connaissant les opĂ©rations du Mossad, l’agence a eu recours Ă des contacts internationaux pour Ă©viter la pĂ©nurie qui aurait pu submerger le système de santĂ© israĂ©lien.
Les six personnes, qui ont parlĂ© sous couvert d’anonymat parce que les activitĂ©s du Mossad sont classĂ©es, ont dĂ©clarĂ© que les contacts de l’agence d’espionnage s’Ă©taient rĂ©vĂ©lĂ©s inestimables pour permettre Ă IsraĂ«l d’acquĂ©rir des Ă©lĂ©ments de preuve que le ministère de la SantĂ© du M. Litzman n’avait pas rĂ©ussi Ă obtenir. Cependant, malgrĂ© ces efforts, il y a encore un manque de test en IsraĂ«l.
Ces personnes n’ont pas confirmĂ© les informations des mĂ©dias non israĂ©liens selon lesquelles certains articles auraient Ă©tĂ© acquis auprès de pays arabes voisins sans relations diplomatiques officielles avec IsraĂ«l.
Mais au moins un haut responsable du Mossad a reconnu dans une interview avec Ilana Dayan, animatrice de « Uvda » ou « Fact », le magazine israĂ©lien Channel 12, que dans certains cas l’agence avait achetĂ© des articles que d’autres pays avaient dĂ©jĂ reservĂ©.
Ă€ la fin de la première semaine d’avril, des personnes familières avec les opĂ©rations ont dĂ©clarĂ© que M. Cohen Ă©tait convaincu que les agents du Mossad avaient assurĂ© qu’IsraĂ«l avait suffisamment d’Ă©quipements pour faire face aux pires prĂ©visions.
Si M. Litzman, dont l’attitude initialement arrogante Ă l’Ă©gard du virus a Ă©tĂ© fortement critiquĂ©e, symbolise pour certains les lacunes de la rĂ©ponse du gouvernement, pour de nombreux IsraĂ©liens, le Mossad reprĂ©sente le contraire. Les paroles de son aide dans la lutte contre la pandĂ©mie ont renforcĂ© l’image du Mossad comme l’une des institutions gouvernementales les plus admirĂ©es du pays.
Il n’y avait pas de temps Ă perdre, se souvient le professeur Kreiss, saluant ce qu’il a dĂ©crit comme la dĂ©termination des agents du Mossad. « Une partie de leur Ă©thique consiste Ă exĂ©cuter leur tâche Ă tout prix », a-t-il dĂ©clarĂ©.
Cet esprit a contribué à bâtir la réputation du Mossad.
Il est surtout connu pour la capture du fugitif nazi Adolph Eichmann en 1960, sa rĂ©ponse meurtrière après le massacre d’athlètes israĂ©liens aux Jeux olympiques de Munich en 1972 et le vol des dossiers nuclĂ©aires secrets de l’Iran en 2018, que les IsraĂ©liens considèrent comme son adversaire le plus dangereux.
L’agence a Ă©galement eu des rĂ©percussions majeures, notamment l’Ă©chec de la tentative d’assassinat de 1997 contre Khaled Meshal, une figure de proue du Hamas.
Dans une certaine mesure, la participation du Mossad Ă la pandĂ©mie est une grave gĂŞne pour les responsables du ministère de la SantĂ©, qui parlent normalement librement avec les mĂ©dias, mais ont refusĂ© de commenter tout aspect du rĂ´le du service d’espionnage.
Le fait que le système de santĂ© du pays ait dĂ» recourir au Mossad est la preuve qu’il n’Ă©tait pas prĂŞt Ă rĂ©pondre au type de menace que reprĂ©sente le coronavirus, selon un haut responsable du système de santĂ© israĂ©lien, qui a demandĂ© l’anonymat car il a critiquĂ© la direction du ministère.
La première cargaison acquise Ă l’Ă©tranger par le Mossad est arrivĂ©e en IsraĂ«l le 19 mars par un vol spĂ©cial : 100 000 kits de test de coronavirus, a dĂ©clarĂ© un responsable du cabinet du Premier ministre.
Les livraisons ultĂ©rieures comprenaient plus de kits de test, 1,5 million de masques chirurgicaux, des dizaines de milliers de masques N-95, des trousses de premiers soins, des lunettes de protection et une foule de mĂ©dicaments, selon un haut fonctionnaire familier avec l’opĂ©ration du Mossad.
Le Mossad a Ă©galement aidĂ© Ă obtenir une technologie de l’extĂ©rieur d’IsraĂ«l qui a permis Ă de nombreux laboratoires israĂ©liens d’effectuer des tests de coronavirus. Les agents du Mossad ont Ă©galement acquis les connaissances techniques pour produire des masques en IsraĂ«l.
Grâce Ă l’expertise technologique apportĂ©e par le Mossad, des lignes de production sont progressivement mises en place et peuvent produire 25 millions de masques de protection par mois, a dĂ©clarĂ© un responsable de la sĂ©curitĂ©.
Selon un haut responsable israĂ©lien, le Mossad savait qu’il devait agir de toute urgence, car la demande pour le matĂ©riel devrait augmenter et Ă©tant entendu que les pays refuseraient Ă©ventuellement d’exporter des produits mĂ©dicaux essentiels.
Les efforts du Mossad ont Ă©tĂ© plus faciles dans les pays non dĂ©mocratiques oĂą les agences de renseignement ont plus d’influence sur les dirigeants, a dĂ©clarĂ© ce responsable. Les efforts Ă©taient basĂ©s sur une connaissance prĂ©alable et une confiance mutuelle entre le Mossad et ces agences.
Dans certains cas, a dĂ©clarĂ© le responsable, M. Cohen a contactĂ© personnellement ses homologues. Ces contacts Ă©taient souvent suffisants pour accĂ©lĂ©rer l’achat des marchandises. Dans d’autres cas, a dĂ©clarĂ© le responsable, M. Cohen s’est entretenu directement avec les dirigeants de certains pays, qu’il a refusĂ© d’identifier.
Alors que d’autres pays ont commencĂ© Ă rechercher la mĂŞme mĂ©thode, la compĂ©tition s’est intensifiĂ©e et la bataille n’a pas toujours Ă©tĂ© menĂ©e Ă un salaire Ă©quitable.
Un destinataire des importations du Mossad a déclaré que certains équipements venaient de Chine, où le ministère israélien de la Défense a également aidé à sécuriser du matériel médical via un réseau qui est normalement utilisé pour acheter des armes.





