A travers le livre de cette Ă©crivaine israĂ©lienne, nous pouvons comprendre un phĂ©nomène courant en IsraĂ«l de ces couples de plus en plus nombreux qui dĂ©cident de passer sous la houppa en Ă©tant complètement diffĂ©rents face Dieu et la religion. Qui sont ces jeunes qui dĂ©cident de se marier avec le contraire de ce qu’a Ă©tĂ© leur Ă©ducation ?
Lorsque la famille et les amis ont lu le premier livre tremblant d’Ayala Dekel, « Home and Back », ils se sont dĂ©pĂŞchĂ©s d’appeler avec inquiĂ©tude pour dĂ©couvrir que tout allait bien entre elle et Yonatan, son mari. Ayala a clairement fait comprendre Ă tout le monde qu’il n’y avait rien Ă craindre, la relation est stable et solide.
La stabilitĂ© est une dĂ©finition quelque peu ironique pour dĂ©crire une relation Ă multiples facettes comme l’histoire d’amour d’Ayala et Jonathan. Après tout, c’est un couple très Ă©loignĂ© de la routine : lorsqu’ils se sont mariĂ©s, il y a 14 ans, elle Ă©tait religieuse, sioniste fervente et sans aucune expĂ©rience amoureuse, et lui complètement laĂŻque.
Au fil des ans, Ayala est devenue de plus en plus Ă©loignĂ©e de la religion, et Yonathan s’est en fait approchĂ©e de la religion : aujourd’hui, il est un fervent croyant, et elle est une athĂ©e en dĂ©bardeur, voyageant le Shabbat.
« Un an après notre mariage, j’avais dĂ©jĂ enlevĂ© mon couvre-chef, et dans un processus lent, j’ai rompu avec la religion », se souvient-elle. « Jonathan, qui Ă©tait laĂŻc Ă l’Ă©poque, a toujours Ă©tĂ© attirĂ© par le monde religieux et les mitsvot. Il aimait le voir dans ma famille ses limites et règles. Il voulait faire pareil dans sa vie. «Â
La relation fascinante s’est infiltrĂ©e dans l’intrigue du beau roman Ă©crit par Dekel. Le livre a Ă©tĂ© publiĂ© le mois dernier par Shatayim et a Ă©tĂ© lu d’une traite. Les protagonistes sont Liora et Itamar, un couple de guides touristiques, qui, comme Ayala et Yonathan, se jettent en rĂ©alitĂ© dans le monde de l’autre, faisant les arrangements dans leur foi.
L’intrigue navigue dans les annĂ©es 1950 Ă Alexandrie, en Égypte et raconte, entre autres, une histoire d’amour tumultueuse et douloureuse entre Jacqueline, une jeune fille juive, et Abdul, un jeune musulman. Lorsque la connexion interdite est rĂ©vĂ©lĂ©e, Jacqueline est expulsĂ©e de chez elle par son père, mariĂ©e d’un mariage musulman, mais elle continue de garder casher et les fĂŞtes juives mĂŞme sous le hijab, et informe mĂŞme secrètement son fils en bas âge.
Dans cette intrigue fictive Ă©galement, Ayala a fait pĂ©nĂ©trer dans la rĂ©alitĂ© des fragments de vĂ©ritĂ© de la vie de sa propre famille : un secret intergĂ©nĂ©rationnel Ă l’ancienne, qui n’a pas facilement fusionnĂ© dans son tronc gĂ©nĂ©alogique.
C’est un secret dont elle n’a pris connaissance qu’il y a un an et demi. « Ma grand-mère, Susie Salem, est dĂ©cĂ©dĂ©e et lors de ses funĂ©railles, j’ai dĂ©couvert ce qui a Ă©tĂ© bien conservĂ© dans la famille pendant 70 ans : mon grand-père, Henry, avait une sĹ“ur nommĂ©e Rachel, qui a Ă©pousĂ© un musulman en Égypte.
« En rĂ©ponse, son père, qui est mon arrière-grand-père, l’a expulsĂ©e de la maison et a interdit aux membres de la famille de la contacter. Deux de ses frères, Zuzah et Isaac, ont dĂ©sobĂ©i Ă son ordre et sont toujours restĂ©s en contact avec leur sĹ“ur. Toute la famille a quittĂ© l’Égypte dans les annĂ©es 1950, et seule Rachel y est restĂ©e, et Isaac, qui avait Ă©migrĂ© en Suisse, est restĂ© en contact avec elle, mais son contact avec Zuza, qui avait immigrĂ© en IsraĂ«l, a Ă©tĂ© rompu.
« Cette dĂ©couverte du secret a secouĂ© mon monde. Je ne pouvais pas m’empĂŞcher de penser Ă la façon dont un dĂ©mĂ©nagement a changĂ© les destins et divisĂ© la famille : d’un cĂ´tĂ© de la frontière les musulmans pieux vivant en Egypte, de l’autre – ma famille religieuse qui vivait dans le pays en JudĂ©e Samarie.
« Cela m’est arrivĂ© Ă l’Ă©poque de la Corona, lorsque tout le pays Ă©tait en confinement. Je me suis retrouvĂ© assis dans les murs de ma maison Ă essayer d’imaginer ce qui s’Ă©tait passĂ© lĂ -bas Ă cette Ă©poque, et ce qui arrive maintenant aux petits-enfants de Rachel. -petits-enfants, qui vivent en Egypte. Cette dĂ©couverte dramatique a finalement donnĂ© naissance Ă mon livre. »
Ayala, aujourd’hui âgĂ©e de 39 ans, a grandi Ă Beit Horon dans l’ouest de Binyamin, la fille aĂ®nĂ©e d’Uri et d’Aviva Shalev. Son père est un homme dans l’industrie de la dĂ©fense, sa mère est Ă©ducatrice et directrice.
Elle a grandi dans les annĂ©es 1980, lorsque Beit Horon Ă©tait considĂ©rĂ©e comme une enclave isolĂ©e. « Nous avons grandi dans une pĂ©riode très mouvementĂ©e au niveau de la sĂ©curitĂ©, dans le traumatisme des attaques terroristes et des jets de pierres. Je me souviens d’un cas oĂą nous ne pouvions pas nous rendre Ă une fĂŞte de famille parce que d’Ă©normes pierres nous Ă©taient lancĂ©es, mes parents nous accompagnaient, mais Ă midi, alors qu’ils Ă©taient au travail, j’ai lancĂ© aussi des objets, mĂŞme si dans l’ensemble j’Ă©tais une bonne fille. Une fois, nous avons lancĂ© des bâtons sur un vĂ©hicule palestinien, et il est revenu nous attraper. Nous nous sommes enfuis et nous nous sommes cachĂ©s dans une grotte. Je me souviens encore des battements de mon cĹ“ur. »
Ayala a Ă©galement intĂ©grĂ© ses expĂ©riences d’enfance dans le monde et les sentiments de Liora, la protagoniste du livre. « Vous ne pourriez jamais savoir si vous resteriez coincĂ© sur la route », Ă©crit-elle lĂ -bas. ‘Vous n’avez pas atteint votre destination, et vous ne pourrez mĂŞme pas l’atteindre. »
Les premières fissures dans sa foi religieuse ont germĂ© dans son enfance et se sont intensifiĂ©es Ă l’adolescence, Ă la suite de l’enlèvement et du meurtre du dĂ©funt soldat sergent Nachshon Waxman par des terroristes du Hamas en 1994. « Nachshon Ă©tait dĂ©tenue dans le village de Bir Naballah, près de chez nous. « Je me souviens que son père, Judah zal, avait expliquĂ© que Dieu n’Ă©coutait pas les prières, parce que le père Ă©tait aussi autorisĂ© Ă dire ‘non’. Cela m’a rendu folle. Je n’Ă©tais pas convaincu. Si Dieu est lĂ pour diriger le monde, alors pourquoi ne pas faire un petit effort. »
Malgré les doutes, Ayala est restée dans le cadre religieux, elle est diplômée du lycée Amalia et a étudié au séminaire Ein Hanatziv, au kibboutz Migdal Oz.
« Plus j’apprenais, plus je rĂ©alisais qu’en fin de compte, en tant que femme judaĂŻsante, je n’en vaux pas la peine », se souvient-elle.  » Dans le monde laĂŻc, que j’ai rencontrĂ© dans l’armĂ©e et plus tard dans les Ă©tudes universitaires, j’Ă©tais Ă©gale Ă mes idĂ©es. »
Elle a obtenu une licence en Ă©tudes bibliques et criminologie et une maĂ®trise en Ă©ducation. Dans le cadre de son travail pratique en criminologie, elle a Ă©tĂ© envoyĂ©e enseigner Ă la prison d’Ayalon, oĂą de nombreux dĂ©tenus purgent des peines d’emprisonnement Ă perpĂ©tuitĂ©. Je n’avais que 23 ans, et c’Ă©tait une chose très difficile pour moi. J’ai rĂ©alisĂ© que je prĂ©fĂ©rais enseigner la Bible et apprendre de manière Ă ce que le texte et la vie se rencontrent. »
Elle est actuellement confĂ©rencière et animatrice de directeurs d’Ă©cole Ă la Yeshiva laĂŻque internationale de Tel-Aviv et Ă©tudie pour un rabbinat israĂ©lien Ă l’Institut Hartman, citant des histoires bibliques et talmudiques Ă cĂ´tĂ© de la poĂ©sie hĂ©braĂŻque et de la prose originale et traduite.
L’histoire d’amour entre elle et Yonatan Dekelbaum (« Nous avons raccourci Dekel après le mariage ») , nous avons commencĂ© par des projections d’orientation dans « Israeli Journey », un programme Ă©ducatif pour former l’identitĂ© juive et sioniste chez les jeunes, Ă travers des voyages et des connaissances de la sociĂ©tĂ© israĂ©lienne.
« J’avais 23 ans et demi et Yonatan 25, et mĂŞme si nous avons eu un dĂ©clic initial, nous n’Ă©tions pas ensemble tout de suite… »
A cette Ă©poque, dit-elle, elle avait dĂ©jĂ envie de se marier. « Dans mon sens, j’Ă©tais un vielle cĂ©libataire. Toutes mes copines Ă©taient mariĂ©es et je pensais que j’Ă©tais condamnĂ©e Ă rester sans enfant et Ă raconter des histoires aux chats. »
Bien qu’elle ait eu du mal Ă garder ses distances avec Jonathan, un lien amical s’est dĂ©veloppĂ© entre eux au cours de la formation. et après le cours, ils ont continuĂ© Ă s’entraider dans les prĂ©paratifs de la formation elle-mĂŞme, jusqu’Ă ce qu’Ayala sente qu’elle Ă©tait tombĂ© amoureuse d’un type laĂŻc.
« J’ai rĂ©alisĂ© que c’Ă©tait problĂ©matique, et quand Jonathan est sorti encore un mois dans la rĂ©serve, cette fois Ă la frontière de Gaza, je l’ai appelĂ© pour lui dire que j’Ă©tais amoureuse. »
Jonathan : « J’ai Ă©tĂ© choquĂ© par ce tĂ©lĂ©phone, car je sentais que tout se passait bien entre nous. Plus je connaissais Ayala, plus je rĂ©alisais Ă quel point elle Ă©tait profonde et large d’esprit, mĂŞme chez les religieux sionistes classiques.
A cette époque, vous imaginiez que vous deviendriez vous-même religieux ?
« J’ai d’abord fait connaissance avec la religion dans l’armĂ©e, dans le rĂ©giment Givati, parce que la moitiĂ© de notre personnel Ă©tait religieux. J’ai Ă©tĂ© attirĂ© par ces gens, qui non seulement vivent une vie privĂ©e, mais font partie de quelque chose de plus grand, une tradition « Tout un monde qui me manque. La connexion avec Ayala m’a Ă nouveau connectĂ© Ă quelque chose qui Ă©tait en moi auparavant. »
Ayala : « Jonathan m’a demandĂ© de laisser les choses Ă©voluer naturellement, car lui aussi sent qu’il commence Ă tomber amoureux de moi. J’ai Ă©tĂ© choquĂ©e par cela, car jusqu’Ă ce moment-lĂ je n’imaginais pas que le sentiment entre nous Ă©tait rĂ©ciproque. »
Après avoir terminĂ© la rĂ©serve, ils sont allĂ©s ensemble se promener dans le dĂ©sert, oĂą, devant le coucher du soleil et le silence, ils sont officiellement devenus un couple. Ayala :  » Nous nous sommes fiancĂ©s au bout de trois mois, un dĂ©lai raisonnable dans le monde religieux, mais un peu moins acceptable pour les laĂŻcs. «Â
Comment avez-vous concilié la religion et les contacts physiques ?
« Au cours du premier mois d’adhĂ©sion, nous avons continuĂ© Ă nous toucher, puis un peu moins. Mais pas plus qu’un câlin. »
Toujours dans le livre, Ayala raconte des scènes qui semblent avoir été tirées de leur intimité conjugale ?
Yonatan : « Ce n’est pas la mĂŞme chose. Itamar dans le livre est très diffĂ©rent de moi. »
Ayala : « Au final, un Ă©crivain Ă©crit sa psychĂ©, mais on le fait Ă travers des personnages qui ont de l’imagination. Jonathan n’est pas Itamar et Liora n’est pas moi. Liora est beaucoup plus courageuse que moi. Je suis souvent silencieuse, mais elle dit toujours ce qu’elle pense. »
Ils se sont mariĂ©s en aoĂ»t 2007, dans les grottes entre Guvrin. Les danses Ă©taient sĂ©parĂ©es, suivies d’un public cĂ©lĂ©brant en cercle pour chanter en public. Après le mariage, ils ont vĂ©cu dans une caravane Ă Nofei Prat, face au dĂ©sert, « mais j’ai beaucoup souffert, alors nous avons dĂ©mĂ©nagĂ© Ă Modi’in », explique Ayala.
Les liens d’amour intersectoriels et les religions sont Ă©galement reconnus dans la famille de Jonathan (40 ans). Ses parents, Johnny et Mark, se sont rencontrĂ©s au kibboutz Bari dans les annĂ©es 1970. Sa mère Ă©tait une bĂ©nĂ©vole d’une famille chrĂ©tienne en Angleterre, son père un immigrant juif du Canada. Les deux sont tombĂ©s amoureux et se sont mariĂ©s après la conversion de la mère. Ils ont divorcĂ© quand Jonathan avait 4 ans, et chacun a fondĂ© une autre famille.
Yonatan travaille actuellement dans l’urbanisme au ministère de l’IntĂ©rieur Ă JĂ©rusalem, en tant que directeur adjoint du ComitĂ© national pour la planification et la construction de complexes de logements privilĂ©giĂ©s (et TAML).
Le plus grand drame de tous a eu lieu il y a quatre ans, lorsqu’il a servi comme lieutenant-colonel dans la rĂ©serve Ă la frontière de la bande de Gaza. Il s’est absentĂ© de chez lui pendant un mois entier, laissant Ayala seule avec leurs trois fils : Eviatar (12 ans), Barry (10) et Tavor (8).
Ayala : « Les vendredis, quand Yonatan Ă©tait en rĂ©serve, j’ai emmenĂ© les garçons au parc de glaces et de trampolines Ă Rishon Lezion – et nous ne sommes rentrĂ©s chez nous Ă Modi’in qu’après Shabbat. C’Ă©tait la première fois que je profanais le Shabbat. «Â
On dirait la fin d’un très long processus personnel ?
« Mon processus de sĂ©cularisation a durĂ© progressivement plus de dix ans. Il a commencĂ© lorsque j’ai enlevĂ© mon couvre-chef, un an après le mariage, Ă©tape dans laquelle j’ai dĂ©clarĂ©, aux autres et surtout Ă moi-mĂŞme, que je n’Ă©tais plus attachĂ© Ă la halaka. «Â
Quand lui avez-vous parlé de la profanation explicite du sabbat avec les enfants ?
« Seulement quand il est revenu de la réserve. »
Jonathan : « J’ai Ă©tĂ© très surpris par ça, et ça m’a fait mal surtout sur les garçons. Mais je ne pouvais pas ĂŞtre en colère contre Ayala ou venir la voir avec des exigences, juste lui dire qu’elle est une championne, et merci qu’elle soit restĂ©e seule pendant un mois entier et m’a permis de partir en rĂ©serve. Je me demandais s’il y avait eu une violation de l’accord non Ă©crit entre nous. »
Mais vous devez avoir connu le processus qu’elle traversait auparavant ?
« Je savais que je n’Ă©pousais pas un produit fini, qu’Ayala avait une attirance pour le monde de la libertĂ©. Cette fois, Ayala m’a dit : ‘C’est moi, et les changements que je traverse sont importants pour moi. J’ai toujours gardĂ© le contact avec mes parents laĂŻcs, cela m’a aidĂ© Ă faire face. Après avoir digĂ©rĂ© le choc, nous avons rĂ©alisĂ© que nous devions rĂ©organiser la famille. »
Dans le cadre de la rĂ©organisation, leurs enfants frĂ©quentent actuellement une Ă©cole mixte, l’Ă©cole d’intĂ©gration « Yahad » Ă Modi’in, et lorsqu’on leur demande, ils rĂ©pondent qu’ils sont Ă la fois religieux et laĂŻcs. La maison familiale reste casher et dans l’espace public, il est convenu que le Chabbat ne soit pas transgressĂ©. Lorsqu’elle sort le samedi pour rester avec des membres de leur famille Ă Modi’in, Ayala rentre chez elle en voiture et Jonathan et les garçons marchent Ă pied.
Ils s’assurent que les Ă©crans de la maison sont Ă©teints le samedi, mais pendant les jours intenses d’Ă©criture du roman, Ayala avait l’habitude de s’enfermer dans une pièce le vendredi soir, d’allumer son ordinateur personnel et d’Ă©crire vigoureusement. Jonathan n’a pas eu la vie facile avec ça, « mais j’ai rĂ©alisĂ© que je ne pouvais pas forcer Ayala Ă faire le shabath. J’ai juste demandĂ© que ce ne soit pas dans l’espace central et pas au dĂ©triment de la famille, qui est l’essence du sabbat. »
« Nous avons beaucoup de querelles Ă ce sujet. Il est important pour Jonathan que la maison soit prĂŞte pour le Chabbat et que nous la recevions Ă temps, qu’il puisse sortir pour la prière. Je suis prĂŞt Ă recevoir le Chabbat, mais sans pression pour un moment prĂ©cis. Je ne pense pas que la pression soit l’un des objectifs de Shabbat. » dit elle.
Un autre problème entre eux concerne la prĂ©servation de la puretĂ©. Ayala : « J’ai toujours dĂ©testĂ© le mikvĂ©. Pour moi, c’est tellement embarrassant et envahissant et j’ai clairement indiquĂ© que je n’y allais plus.
« C’est mon corps, et Jonathan sait que c’est dur pour moi, alors il ne me demande pas d’aller au mikvĂ©. Jonathan a abandonnĂ© et m’a laissĂ© ce qui est Ă moi. »
Comment vos parents ont-ils eu ces révolutions dans votre vie ?
« Quand Jonathan a commencĂ© Ă porter une kippa, mes parents Ă©taient contents. D’ailleurs, ces dernières annĂ©es, Jonathan ne porte la kippa que le samedi et non en semaine, après avoir senti qu’il Ă©tait traitĂ© diffĂ©remment au travail Ă cause du marquage externe.
« Avec les changements que j’ai vĂ©cus, cependant, ce n’Ă©tait pas très facile pour mes parents. Quand je leur rends visite, j’essaie de m’habiller en consĂ©quence, mais quand ma mère vient chez nous, et cela arrive souvent, elle me voit dans un chemise sans manches. Ă€ ce jour, ils ne veulent pas que je conduise le samedi. Ce n’est pas facile pour eux, et certainement pas facile pour eux avec le livre que j’ai Ă©crit. «Â
Ayala n’a autorisĂ© aucun membre de sa famille, Ă la fois proche et lointain de revoir le brouillon du livre avant sa publication. Elle a dit qu’après qu’il soit devenu cĂ©lèbre, ils ont adorĂ© l’Ă©criture et l’intrigue, « mais ont Ă©galement Ă©tĂ© offensĂ©s par certaines choses ».
Par exemple ?
« C’Ă©tait surtout compliquĂ© avec mon père, car le livre rĂ©vèle que le père de Liora, le protagoniste, est Ă moitiĂ© musulman, mais dans notre vĂ©ritable histoire familiale, celle qui a Ă©pousĂ© un musulman est la sĹ“ur de mon grand-père, et il n’y a aucun lien direct avec mon père. D’ailleurs, mon père s’intĂ©resse Ă mon histoire de famille et cherche avec moi nos proches en Egypte. «Â
Les deux parents d’Ayala sont des descendants de familles Ă©gyptiennes. Les parents de sa mère, Tony et Yitzhak Hefer, Ă©taient membres de la clandestinitĂ© sioniste Ă Alexandrie, et Tony a perdu son père et son frère, qui ont Ă©tĂ© tuĂ©s dans un bombardement nazi de la ville pendant la Seconde Guerre mondiale.
Suite Ă la dĂ©claration de la crĂ©ation de l’État d’IsraĂ«l, lorsque les Ă©meutes contre les Juifs et la persĂ©cution des militants sionistes ont commencĂ© en Égypte, Tony a cachĂ© une machine Ă Ă©crire dans sa maison dans laquelle elle a tapĂ© les tracts de la clandestinitĂ©. Isaac a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ© après avoir Ă©tĂ© attrapĂ© avec les tracts. En 1952, il a Ă©tĂ© dĂ©portĂ© en Italie, d’oĂą il a immigrĂ© en IsraĂ«l. Tony et sa famille l’ont regardĂ© Ă distance monter Ă bord d’un navire, mais n’ont pas Ă©tĂ© autorisĂ©s Ă s’approcher et Ă lui dire au revoir.
Un an plus tard, Tony a quittĂ© l’Égypte avec une valise et une somme de 20 $. En IsraĂ«l, elle a retrouvĂ© son amant, et les deux se sont mariĂ©s et ont vĂ©cu au Moshav Bnei Darom, près d’Ashdod. « Chaque soir du Seder, jusqu’Ă sa mort, grand-père Yitzhak nous racontait l’histoire de leur exode privĂ© d’Egypte. J’ai mis l’hĂ©roĂŻsme des activistes clandestins dans le livre.
« Au fait, dans le livre, la protagoniste Liora n’aime pas sa grand-mère, mais je suis très attachĂ©e Ă ma grand-mère Tony, qui a maintenant 88 ans. Je me suis assis avec elle pendant des heures pour « marcher » Ă travers ses souvenirs dans les ruelles d’Alexandrie des annĂ©es 50. La vie quotidienne : combien coĂ»tait un costume Ă l’Ă©poque, comment un panier avec de l’argent du deuxième Ă©tage Ă©tait-il jetĂ© et les biens rendus, comment allaient-ils Ă pied Ă l’Ă©cole et comment sa mère la forcer Ă rendre de l’argent Ă un commerçant musulman du marchĂ©, après lui avoir donnĂ© par erreur un excĂ©dent plus Ă©levĂ© que nĂ©cessaire pour la nourriture de ses enfants ».
Les parents de son père, Henry et Susie Salem, ont immigrĂ© d’Alexandrie et du Caire et se sont rencontrĂ©s au dĂ©but des annĂ©es 1950 dans un camp de transit en France. En IsraĂ«l, ils ont Ă©tĂ© hĂ©bergĂ©s dans un camp de transit Ă Rosh Pina et ont ensuite construit leur maison Ă JĂ©rusalem. Grand-père Henry Ă©tait Ă©galement actif dans la clandestinitĂ© sioniste au Caire, tandis que sa sĹ“ur aĂ®nĂ©e, Rachel, Ă©pousa le musulman Salah.
« D’après ce que disent les sĹ“urs de mon grand-père, il y avait un grand amour entre Rachel et Saleh, mais aussi un amour obsessionnel. Il a menacĂ© que si elle le quittait, il mettrait le feu Ă la maison », explique Ayala.
La relation entre les membres de la famille en IsraĂ«l et Rachel, restĂ©e en Égypte, a Ă©tĂ© renouvelĂ©e en 1979, après la signature de l’accord de paix avec l’Égypte. « Grâce Ă Isaac, Zuza a pu contacter sa sĹ“ur en Egypte.
Grâce Ă l’accord de paix, les sĹ“urs ont Ă©galement pu se rencontrer face Ă face, après des annĂ©es de distance. « Ton Zuza a voyagĂ© plusieurs fois, parfois avec ses filles, pour sĂ©journer chez Rachel en Égypte. Lorsque Zuza est entrĂ©e et que Rachel a commencĂ© Ă pleurer, Salah a dit Ă sa belle-sĹ“ur invitĂ©e : « Vous avez apportĂ© le soleil Ă votre sĹ“ur ».
Rachel a gagnĂ© en longĂ©vitĂ© et est dĂ©cĂ©dĂ©e en 2005 en Égypte, Ă l’âge de 95 ans. Elle et Salah ont donnĂ© naissance Ă quatre enfants. « Sami, l’aĂ®nĂ©, est restĂ© liĂ© au judaĂŻsme et s’est rendu Ă la synagogue Élie le prophète Ă Alexandrie », explique Ayala. « Leurs deuxièmes filles, Mona et Nadia, ont Ă©pousĂ© des musulmans, mais Ă©taient ouvertes Ă l’histoire juive de la famille. Toutes deux sont dĂ©cĂ©dĂ©es depuis d’un cancer. Le plus jeune fils, Raul, est devenu un musulman extrĂ©miste et a refusĂ© de rester en contact avec sa famille juive. Au fil des ans, les filles de Zuza sont restĂ©es en contact avec Sammy, mais depuis un an, il n’a pas rĂ©pondu au tĂ©lĂ©phone et elles craignent qu’il ne soit dĂ©cĂ©dĂ©.
« Depuis que j’ai commencĂ© Ă faire des recherches sur l’histoire de la famille, j’ai essayĂ© d’obtenir les numĂ©ros de tĂ©lĂ©phone des propriĂ©taires de Mona et Nadia, et peut-ĂŞtre leur façon d’essayer de se reconnecter, peut-ĂŞtre de rencontrer leurs enfants, les petits-enfants de Rachel, qui sont juifs selon la Halacha. »
Avez-vous l’idĂ©e de voyager en Egypte et de les chercher lĂ -bas ?
« Une fois que j’aurai la pointe de l’iceberg, j’irai lĂ -bas, et je crois que mon père viendra avec moi aussi. Contrairement Ă Tonat Zuza, qui parlait arabe avec ses filles et les emmenait rendre visite Ă Rachel, je n’ai jamais entendu parler de mon grand-père Henry.
Vous n’avez plus peur de rendre le secret public ?
« Je n’aime pas les secrets et j’essaie d’Ă©lever mes enfants pour qu’ils puissent poser n’importe quelle question – et obtenir une rĂ©ponse honnĂŞte. Un secret est une dissimulation qui couvre la peur. Je me sens suffisamment en sĂ©curitĂ© pour avoir une conversation ouverte et apaisante. Le livre aussi gĂ©nère un peu de guĂ©rison, dans mon monde pour des personnages qui ont Ă©tĂ© rĂ©duits au silence dans le passĂ©. «Â
Jonathan vous a accompagnĂ© dans cet Ă©crit ? Ou n’Ă©tait-il pas non plus autorisĂ© Ă jeter un coup d’Ĺ“il aux brouillons ?
« Jonathan ne voulait pas ĂŞtre impliquĂ©, pour me donner une totale libertĂ© d’expression. Il n’a lu le livre qu’après sa sortie. J’Ă©tais très excitĂ©e de savoir quelle Ă©tait sa rĂ©action, mais il l’a vraiment, vraiment aimĂ©. »
Comment rĂ©agirez-vous si l’un de vos fils choisit un partenaire musulman ?
Ayala : « Superbe question. Je suppose que ce sera difficile pour moi. Si le conjoint est musulman laĂŻc, et qu’il ne vit pas une vie religieuse mais un mĂ©lange de cultures, ce sera moins difficile pour moi. En tout cas, l’essentiel pour moi sera de ne pas sĂ©parer la famille ».
Jonathan : « Ă€ mon avis, la discussion ne porte pas sur les juifs ou les musulmans, mais Ă quel point nous enfermons l’autre. Nous vivons dans un monde complexe, et il y a une possibilitĂ© raisonnable que nos enfants rencontrent beaucoup de gens diffĂ©rents. Je crois que je le ferai et je serais heureux pour eux, en comprenant qu’ils ont fait leur choix. « Il s’agit d’un amour sain, de la connaissance de l’autre et du respect de l’ĂŞtre humain, ainsi que de la connexion Ă l’hĂ©ritage d’IsraĂ«l et de notre affiliation avec lui. Le reste dĂ©pend dĂ©jĂ d’eux. »







