Une des valeurs foncières du JudaĂŻsme est cet axiome de la CrĂ©ation, principe de la libertĂ© humaine: le CrĂ©ateur façonna l’homme Ă Son image, c’est-Ă -dire un reflet de la lumière Divine sur la pâleur du visage humain. Le pouvoir de l’indĂ©pendance pour chaque ĂŞtre et l’autonomie de chaque- un, en tant que crĂ©ature unique, furent Ses clins d’œil Ă l’Histoire. Il dĂ©cida de lui ajouter une dernière touche, des nuĂ©es de fraicheur pour une plus grande libertĂ© d’expression et latitude de manifestation.
Fort de tous ces pouvoirs offerts à la suprême créature, l’Homme devenait le garant, le protecteur du devenir de l’individu, surtout celui des moins nantis, des plus défavorisés. Il faut savoir reconnaitre dans les tons grisonnants de l’existence, les calamités de l’indifférence, la négligence face aux injustices et la perte de combativité lorsque les libertés sont spoliées, malmenées.
Inscrire ces droits aux frontons de nos cités est plus qu’une exigence, c’est un devoir!
Gagner ces libertés reste une gageure pour l’Humanité, rien n’est jamais acquis, mais ceux qui en jouissent, éprouvent les pulsations de la vie battre en leur sein et doivent tout autant éviter son érosion.
Gracieuse est la crĂ©ature créée Ă Son image, disions-nous! Evelyn Hall Ă©crivait cette cĂ©lèbre phrase faussement attribuĂ©e Ă Voltaire: « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ».
La totalitĂ© de nos devoirs sont des droits que nous devons dĂ©fendre et protĂ©ger mĂŞme si nous n’aimons pas toujours ce qui se dit ou ce qui se fait. Des Paroles divines, gratifiantes, s’entendent tout du long de la littĂ©rature biblique, une manière d’inciter, de motiver. Prenons cet exemple : « Si tu saisis, comme gage, le manteau de ton prochain, au soleil couchant tu devras le lui rendre. Car c’est lĂ sa seule couverture, c’est le vĂŞtement de son corps, comment abritera-t-il son sommeil? Or, s’il se plaint Ă moi, Je l’Ă©couterai, car Je suis compatissant. » (Exode 22:26,27).
Ces prĂ©ceptes rĂ©flĂ©chissent l’intonation biblique quant Ă la valeur intrinsèque de chaque ĂŞtre humain. Ceux-lĂ s’entendent d’autant plus Ă travers cet illustre commandement: «Tu aimeras ton prochain comme toi-mĂŞme» (Levit. 19,8), entĂ©rinĂ© par une assertion, «Je suis l’Eternel ». Autre loi Ă mettre en parallèle et non moins importante : « Si un Ă©tranger vient sĂ©journer avec toi, dans votre pays, ne le molestez point. Il sera pour vous comme un de vos compatriotes, l’Ă©tranger qui sĂ©journe avec vous, et tu l’aimeras comme toi-mĂŞme, car vous avez Ă©tĂ© Ă©trangers dans le pays d’Egypte, je suis l’Éternel votre Dieu. » (Levit. 19,34).
Si l’Amour du prochain est notoire, il n’est citĂ© qu’une seule fois quant Ă l’amour de l’étranger, pas moins de 36 fois. Au cĹ“ur de la raison hĂ©braĂŻque, des accents pĂ©remptoires affirment une volontĂ© foncière de justice et illustrent l’esprit d’IsraĂ«l relatif Ă la dimension divine de toute crĂ©ature humaine. Une nouvelle inflexion sur la dignitĂ© de l’être humain est commentĂ©e lors d’une controverse entre deux maitres de la Michna: R. Akiba et Ben Azzai. Le premier pense que le verset du LĂ©vitique19, 8 Ă©nonce le fondement biblique le plus essentiel, mais le second contredit cela et propose un autre verset comme règle de base: « Ceci est l’histoire des gĂ©nĂ©rations de l’humanitĂ©. Lorsque Dieu crĂ©a l’ĂŞtre humain, Il le fit Ă Sa propre ressemblance. » (Genèse 5,1).
Selon Ben Azzai, il y a lĂ deux principes en un verset : primo, l’Ă©galitĂ© de tous, secundo, la valeur inestimable de l’être.
Oui, l’hĂ©braĂŻsme cultive le sĂ©rieux de l’intĂ©gritĂ© pour chaque-un: les serviteurs sont considĂ©rĂ©s avec bienveillance, les orphelins et les veuves sont soutenus, les immigrĂ©s sont dĂ©fendus et les prisonniers de tout ordre jouissent de droits inaliĂ©nables. Le caractère unique de l’HumanitĂ© est corroborĂ© par les Maitres du Talmud, ils insistent sur la prĂ©pondĂ©rance de l’évènement oĂą l’être premier et singulier devient l’être fondateur de l’HumanitĂ©: « C’est pourquoi l’homme a Ă©tĂ© créé unique, afin d’enseigner que celui qui dĂ©truit une vie, c’est comme s’il avait dĂ©truit le monde, et celui qui sauve une vie, c’est comme s’il avait sauvĂ© le monde. » (Talmud de JĂ©rusalem traitĂ© de Sanhedrin ch.4 Mishna 5 et dans le Mishne Torah du Rambam: livre des juges, lois du Sanhedrin, ch12, 7).
La chertĂ© de tous les humains, de chacun d’entre eux, se dĂ©montre grâce Ă cette mĂŞme valeur en l’être créé, inhĂ©rente Ă chaque crĂ©ature. Ils sont, dans l’apriori de la crĂ©ation, d’une valeur Ă©quivalente et doivent donc ĂŞtre respectĂ©s avec une Ă©gale dignitĂ©. « N’avons-nous pas tous un seul Père? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés? Pourquoi commettrions-nous une trahison l’un contre l’autre, de façon Ă dĂ©shonorer l’alliance de nos pères? » (Malachie 2,10).
Effectivement, cette empreinte divine étaye l’idée hébraïque d’équité et de probité, elle le proclame pour toutes les créatures, les personnes et les peuples. Durant des siècles, la société patriarcale autorisa le pouvoir hégémonique des pères sur leur progéniture, la féodalité des seigneurs sur leurs vassaux, et le pouvoir des puissants sur les faibles. Les monarchies usèrent et abusèrent de leur statut de « droit divin », elles pouvaient assujettir et opprimer à leur gré, la justice arbitraire avait encore de beaux jours devant elle. La Bible hébraïque et ses exégètes nous instruisent de fondements à même d’infirmer cela et d’associer un meilleur entendement de la justice.
Nous parlons de toute créature humaine et non d’objets. Tout un chacun se doit de considérer l’autre comme lui-même, nos proches participent à cette lutte, ce combat pour un reflet harmonieux de l’image Divine sur le visage de l’Humanité. Admettons-le, bien au-delà de la loi des hommes, il existe une loi morale, fondamentale pour notre société, les hommes sont semblables, voisins, proches ou étrangers, quelle différence?
Le prophète Nathan condamna le roi David car ce dernier trama la mort d’Ouri, son fidèle gĂ©nĂ©ral, afin d’avoir le champ libre pour Ă©pouser Batsheva. (Sam 2, ch.11 Ă 12). Cet Ă©pisode biblique rĂ©sout la question: nul n’est au-dessus des lois, qui plus est, des lois morales, pas mĂŞme l’altesse royale!
Les injonctions bibliques soulignent et rĂ©itèrent la valeur de la vie humaine, elles nous enjoignent d’aimer le voisin, l’Ă©tranger et l’autre. Ces principes moraux mettent en perspective une manière d’être, oĂą les actes, Ă savoir, les comportements dans le fait et dans le geste, traduisent l’obligeance et la dĂ©fĂ©rence aux prĂ©ceptes. « Car cette loi que Je t’impose en ce jour, elle n’est ni trop ardue pour toi, ni placĂ©e trop loin. Elle n’est pas dans le ciel, pour que tu dises: « Qui montera pour nous au ciel et nous l’ira quĂ©rir, et nous la fera entendre afin que nous l’observions? » Elle n’est pas non plus au-delĂ de l’ocĂ©an, pour que tu dises: « Qui traversera pour nous l’ocĂ©an et nous l’ira quĂ©rir, et nous la fera entendre afin que nous l’observions? » Non, la chose est tout près de toi: tu l’as dans la bouche et dans le cĹ“ur, pour pouvoir l’observer! » (Deut 30,11-14)





