« Mes amis et moi sommes allés à Gaza et avons découvert pour la première fois le vrai sens de la guerre », se souvient Shuri Moyal de son expérience cauchemardesque de juillet 2014. « Nous étions entourés de tirs, de bombardements, de catastrophes et de morts. Nous avons cherché refuge dans une maison abandonnée, sans nous rendre compte que nous étions tombés directement dans un piège mortel. Soudain, nous avons entendu une explosion. Nous étions tombés dans une embuscade.
Suite aux tirs incessants de missiles, de roquettes et de mortiers depuis la bande de Gaza sur ses centres civils, IsraĂ«l a lancĂ© l’opĂ©ration Bordure protectrice, ciblant les installations stratĂ©giques du Hamas, les tunnels, les armes et les officiers supĂ©rieurs. Les affrontements se sont poursuivis pendant 50 jours. Le 11e jour du conflit, Shuri Moyal et ses camarades soldats de la Brigade Nahal ont Ă©tĂ© envoyĂ©s Ă Gaza oĂą ils ont Ă©liminĂ© une Ă une les cellules terroristes. Ă€ un moment donnĂ©, ils ont pris position dans une maison abandonnĂ©e, pour se rendre compte qu’ils avaient Ă©tĂ© pris en embuscade. Moyal et deux autres soldats ont Ă©tĂ© grièvement blessĂ©s dans la bataille qui a suivi, mais sont miraculeusement sortis vivants de Gaza.
Ainsi a commencĂ© une longue pĂ©riode de rééducation pour Shuri qui ne s’est pas terminĂ©e lorsque les mĂ©decins l’ont dĂ©clarĂ© en bonne forme physique.
« Physiquement, j’Ă©tais bien. J’avais rĂ©cupĂ©rĂ© toutes mes facultĂ©s. Mais Ă©motionnellement, j’Ă©tais dans un endroit sombre et interdit », raconte Shuri. Il a refusĂ© de quitter sa maison, a refusĂ© de quitter sa chambre et ne communiquĂ© pas avec ses parents ou ses amis. Il s’est dĂ©sintĂ©ressĂ© des Ă©vĂ©nements sociaux et de la vie elle-mĂŞme ; il Ă©tait dĂ©primĂ© et traumatisĂ© mais ne rĂ©alisait pas ce qui lui arrivait.
Belev Echad, un mouvement mondial vouĂ© Ă garantir que les hommes et les femmes blessĂ©s de Tsahal reçoivent le soutien dont ils ont besoin pour mener une vie productive, est intervenu pour l’aider Ă sortir de sa dĂ©pression.
« Nous avons entendu parler de Shuri, et nous savions qu’il avait besoin d’aide », a dĂ©clarĂ© le major Raz Budany, qui dirige le centre Belev Echad Ă Kiryat Ono, Ă l’extĂ©rieur de Tel-Aviv. « Il Ă©tait nĂ© tĂ©moin du pire, avait vu des choses que personne ne devrait jamais avoir Ă voir. Nous sommes allĂ©s lui rendre visite plusieurs fois Ă la maison, mais cela nous a pris plusieurs fois jusqu’Ă ce qu’il soit prĂŞt Ă quitter sa maison et Ă nous rejoindre au Centre.
Budany a Ă©tĂ© blessĂ© au combat en 2009 et Belev Echad l’a sorti du bourbier de la dĂ©pression qui a suivi ses blessures dĂ©bilitantes et l’a ramenĂ© Ă la vie.
Ouvert du dimanche au jeudi, le centre Belev Echad propose de dĂ©licieux dĂ©jeuners, une salle de sport et un centre de fitness entièrement Ă©quipĂ©s, une piscine semi-olympique et une gamme d’installations permettant aux soldats blessĂ©s et aux anciens combattants de se rĂ©habiliter physiquement et Ă©motionnellement dans un environnement chaleureux et favorable, ainsi que des amis qui ont vĂ©cu des expĂ©riences dĂ©chirantes similaires.
« Lorsque nous avons demandĂ© Ă Shuri ce qu’il aimait faire, et qu’il a dit qu’il aimait cuisiner, nous avons pu lui proposer sur place un travail de cuisine au Centre pour les amis et camarades blessĂ©s au combat. C’est ainsi que nous avons fait sortir Shuri de la maison pour la première fois », se souvient Budany.
Shuri a commencĂ© Ă venir au Centre une puis deux fois par semaine, et en peu de temps, il avait trouvĂ© sa place. Son travail de cuisinier Ă Belev Echad l’a motivĂ© Ă se lever le matin et, jour après jour, il a commencĂ© Ă sortir de son endroit sombre. Belev Echad lui a Ă©galement offert un chien qui est rapidement devenu le meilleur ami du jeune homme et a Ă©tĂ© un puissant facteur de guĂ©rison.
« Mikasa m’a forcĂ© Ă prendre mes responsabilitĂ©s. Elle m’a sorti du lit le matin et m’a appris que le monde est toujours rempli d’amour », a dĂ©clarĂ© Shuri.
Tard dans la matinĂ©e, alors que Shuri prĂ©parait le dĂ©jeuner au Centre, son chien a commencĂ© Ă aboyer. « Ce n’Ă©tait pas un aboiement ordinaire. Mikasa essayait de me dire quelque chose », se souvient-il. En suivant son chien Ă l’extĂ©rieur, Shuri a trouvĂ© une petite perruche verte gazouillant faiblement sur l’herbe. « Je me suis agenouillĂ© et je l’ai ramassĂ© sur l’herbe. Le petit gars Ă©tait blessĂ© et ne pouvait pas voler.
Il nomma l’oiseau Tuki, « perroquet » en hĂ©breu.
« Je me sentais tellement mal pour lui. Il me rappelait tellement la personne que j’avais Ă©tĂ© quelques mois plus tĂ´t – effrayĂ©e, blessĂ©e, aspirant Ă la protection et Ă l’amour », a-t-il dĂ©clarĂ©.
La perruche, elle aussi, guĂ©rit et peut voler vers le bas, mais pas vers le haut, mais il n’est pas encore prĂŞt Ă quitter le chaud Ă Belev Echad. Étonnamment, cette petite perruche a Ă©tĂ© un signe avant-coureur de guĂ©rison pour de nombreux soldats et vĂ©tĂ©rans blessĂ©s Ă Belev Echad qui ont tous un faible pour Tuki. Comme le centre est fermĂ© le week-end, les soldats et les vĂ©tĂ©rans le ramènent Ă la maison Ă tour de rĂ´le, mais Tuki est le plus heureux au centre, oĂą il sautille d’Ă©paule en Ă©paule et apprĂ©cie l’attention et l’amour dont les soldats lui donnent.
«Nous ressentons tous une connexion avec cette perruche. Elle est comme nous : blessĂ©, faible et guĂ©rissant lentement. Nous l’aidons et elle nous aide chaque jour », a dĂ©clarĂ© Shuri.





