Bien que cette dĂ©cision ait ses motivations Ă©conomiques et reflète effectivement les progrès rĂ©alisĂ©s dans le rapprochement officiel entre IsraĂ«l et le Maroc , il y a une histoire plus grande derrière elle.Â
C’est l’histoire d’une petite ville qui, lentement mais sĂ»rement, a rĂ©ussi Ă conquĂ©rir le cĹ“ur de nombreux IsraĂ©liens sur la base d’un hĂ©ritage commun et d’un lien historique entre juifs et musulmans . En fait, Essaouira est une invitation Ă reconsidĂ©rer la place et le rĂ´le de la culture dans l’Ă©laboration des politiques, et du pouvoir de crĂ©er les relations interpersonnelles que nous aspirons entre IsraĂ«l et la rĂ©gion MENA
Marchands juifs au Maroc
Les Juifs sont arrivĂ©s pour la première fois Ă Essaouira au 18ème siècle Ă l’invitation du sultan Mohammed ben Abdallah. Ils Ă©taient connus comme les « marchands du sultan » et certains ont mĂŞme jouĂ© un rĂ´le diplomatique dans le dĂ©veloppement des liens du Maroc avec la Grande-Bretagne, la France, l’Autriche et d’autres puissances europĂ©ennes.Â
Meir Maknin, par exemple, Ă©tait un marchand prospère qui a Ă©tĂ© l’envoyĂ© du sultan en Grande-Bretagne. Au dĂ©but du XXe siècle, Essaouira est devenue un centre juif florissant et l’une des seules villes du monde musulman à majoritĂ© juive.
La communautĂ© juive comptait environ 12 000 personnes et comptait plus de 30 synagogues. En outre, la communautĂ© a Ă©galement contribuĂ© au dĂ©veloppement Ă©conomique d’Essaouira en tant que ville portuaire et pĂ´le Ă©conomique important.Â
Lorsque les Juifs ont quittĂ© Essaouira au dĂ©but des annĂ©es 1960, ils ont laissĂ© derrière eux un vide humain, Ă©conomique et culturel – il y avait un sentiment d’absence commun ressenti Ă la fois par les Juifs partis et par leurs voisins musulmans restĂ©s au pays. Ainsi, le mouvement touristique croissant actuel d’IsraĂ«l Ă Essaouira est nĂ© du dĂ©sir – une Ă©motion qui va au-delĂ de la simple nostalgie ou d’un sentiment de perte momentanĂ© et fugace.Â
Essaouira est devenue une attraction pour les IsraĂ©liens avant mĂŞme la rĂ©cente reprise des relations officielles, grâce Ă la porte ouverte que le Maroc a gardĂ©e aux touristes israĂ©liens au fil des ans et Ă sa reconnaissance de la culture hĂ©braĂŻque comme partie intĂ©grante de l’histoire nationale marocain.
Cette reconnaissance s’est traduite par la rĂ©novation de sites du patrimoine juif tels que la synagogue Slat Lkhal Ă Essaouira ; et l’Ă©tablissement de Beyt Dakira, inaugurĂ© par le roi Mohammed VI, qui raconte l’histoire multiculturelle de la ville, et comprend un institut pour l’Ă©tude de la loi juive.Â
Le Festival Andalou Atlantique se tient Ă Essaouira depuis 2003, permettant aux visiteurs de vivre « l’âge d’or » andalou dans sa version contemporaine. Au-delĂ de l’histoire juive, Essaouira a rĂ©ussi Ă faire de ses atouts culturels un moteur de dĂ©veloppement urbain et de croissance Ă©conomique. Pour mieux comprendre le secret de ce succès, il faut remonter en 1998 au moment fondateur du Festival international Gnaoua. Au-delĂ de son impact culturel, la fĂŞte de la musique a changĂ© le visage de la ville Ă travers le dĂ©veloppement du tourisme et des services de proximitĂ©. Le festival de cette annĂ©e a attirĂ© plus de 400 000 visiteurs, soit six fois la population totale d’Essaouira, qui compte actuellement environ 70 000 personnes.
La popularitĂ© du festival a entraĂ®nĂ© une augmentation du nombre d’hĂ©bergements touristiques disponibles, de 10 (en 1998) Ă 160, et le nombre de restaurants est passĂ© de sept Ă plus de 60. Pour assurer un flux touristique continu, des Ă©vĂ©nements et festivals supplĂ©mentaires ont Ă©tĂ© organisĂ©s. Ă©tablie Ă Essaouira, formant une communautĂ© dĂ©vouĂ©e de ceux qui sont captivĂ©s par ses charmes et y reviennent Ă chaque fois.
Essaouira n’est pas exempte de dĂ©fis – il y a encore des lacunes Ă©conomiques, un besoin de diversification de l’Ă©conomie urbaine et du chĂ´mage pendant les pĂ©riodes oĂą le tourisme est moins important. Pourtant, le trafic touristique continu du monde entier est la clĂ© du succès. En fin de compte, les touristes qui viennent consommer de la culture apportent Ă©galement avec eux des connaissances et de nouvelles idĂ©es, des investissements et des opportunitĂ©s de dĂ©veloppement.
Les circonstances qui ont permis l’Ă©tablissement de vols directs entre Tel-Aviv et Essaouira tĂ©moignent de l’importance des liens culturels et civiques dans la promotion des relations entre IsraĂ«l et le Maroc, ainsi que de l’importance des Ă©motions dans le cadre de l’activitĂ© politique.Â
La culture contribue Ă favoriser la confiance, un terrain d’entente et un sentiment d’appartenance. Cela nous permet de former une histoire stratĂ©gique plus solide et rĂ©siliente pour notre partenariat. Le dĂ©sir peut servir de moyen de connecter les peuples et de formidable moteur pour encourager l’engagement civique.
Enfin, l’approche culturelle de la croissance Ă©conomique d’Essaouira ne peut ĂŞtre pleinement comprise sans mentionner AndrĂ© Azoulay, conseiller principal du roi actuel et de son père le roi Hassan II avant lui, l’un des distinguĂ©s hauts fonctionnaires venus de la ville d’Essaouira et ayant servi le royaume du Maroc. Azoulay (actuel prĂ©sident de la Fondation euro-mĂ©diterranĂ©enne Anna Lindh pour le dialogue entre les cultures) n’a jamais cessĂ© de croire qu’Essaouira pouvait servir de phare de coexistence et de multiculturalisme dans notre rĂ©gion, et d’exemple du rĂ´le digne que mĂ©rite la culture dans l’Ă©laboration des politiques. .Â





