La guerre des Ă©pĂ©es de fer arrive Ă son dixième jour : L’Ă©tat-major est conscient du fait que la fenĂŞtre de lĂ©gitimitĂ© se rĂ©trĂ©cit – c’est-Ă -dire le soutien international Ă une opĂ©ration majeure Ă Gaza – mais l’establishment de la sĂ©curitĂ© est dĂ©terminĂ© Ă vaincre, Ă commencer par le ministre Yoav Galant, en passant par le chef d’Ă©tat-major Herzi Halevi, continuant ave la tĂŞte du Shin Bet Ronan Bar et jusqu’aux gĂ©nĂ©raux de l’Ă©tat-major.
Pour que Tsahal rĂ©ussisse Ă manĹ“uvrer dans la bande de Gaza et pour rĂ©aliser les objectifs formulĂ©s par le Cabinet de Guerre, il est nĂ©cessaire que plusieurs conditions soient remplies, dont la plupart ne peuvent ĂŞtre prĂ©cisĂ©es afin de maintenir l’Ă©lĂ©ment de surprise. L’une de ces conditions est la prĂ©vention de dommages collatĂ©raux concernant les 199 otages dĂ©tenus par le Hamas ( il peut en avoir plus).
À partir de conversations avec de très hauts responsables de Tsahal, on peut avoir l’impression qu’ils ont un plan clair et ordonné et qu’ils sont convaincus qu’il est possible de gagner à Gaza même si le Hezbollah et d’autres éléments fidèles à l’Iran forcent un autre front à quitter Gaza. Le nord et une guerre totale.
On estime actuellement que TĂ©hĂ©ran ne veut pas que le Hezbollah entre dans une guerre totale, et le ministre iranien des Affaires Ă©trangères, Amir Abdullahian, qui s’est rendu dans la rĂ©gion il y a deux jours, y a mĂŞme fait explicitement allusion lorsqu’il a dĂ©clarĂ© que ce qui est important c’est « la sĂ©curitĂ© du Liban et le maintien de la paix dans le pays ».(Faut il vraiment le croire de leur part ? )
Il a soulignĂ© que si IsraĂ«l entre Ă Gaza, l’Iran et ses mandataires ne resteront pas les bras croisĂ©s, mais une analyse contrĂ´lĂ©e montre que son pays n’est pas actuellement intĂ©ressĂ© Ă utiliser le Hezbollah, car il perdra son bras long qui menace IsraĂ«l – et il lui faudra ce bras s’il est attaquĂ© un jour par IsraĂ«l ou par IsraĂ«l et les USA ensemble.
On peut Ă©galement supposer que Hassan Nasrallah voit les destructions causĂ©es la semaine dernière Ă Gaza et les souffrances de ses habitants, et comme il a appris de la Seconde Guerre du Liban, il comprend que la destruction du quartier Da’ha Ă Beyrouth en 2006 c’est peut-ĂŞtre juste une petite part de ce qui va lui arriver maintenant. Ă€ prĂ©ciser : tout cela ne signifie pas qu’il existe une certitude absolue que le Hezbollah n’interviendra pas lorsque Tsahal entrera Ă Gaza, mais il semble que la menace d’une intervention venant du nord ait diminuĂ© ces derniers jours.
Ce qui n’a pas diminuĂ©, c’est la motivation du Hezbollah Ă harceler IsraĂ«l et Ă lui causer des pertes – Ă©galement par l’intermĂ©diaire du Hamas et d’autres organisations palestiniennes opĂ©rant depuis le Liban, et principalement par lui-mĂŞme. Le principe est d’attirer d’importantes forces de Tsahal vers la frontière nord et d’empĂŞcher une vie normale dans les localitĂ©s environnantes.
L’organisation est prĂŞte Ă risquer des jours de bataille au cours desquels elle subira des pertes et causera des destructions et des victimes du cĂ´tĂ© israĂ©lien , mais tout est en dessous du « seuil de la guerre », facile et matĂ©rielle en mĂŞme temps que les combats intenses qui auront encore lieu dans la bande de Gaza.
Malheureusement, Tsahal, et en particulier le Commandement du Nord, n’a apparemment pas encore intĂ©riorisĂ© cette idĂ©e, mĂŞme si les escarmouches Ă la frontière se sont en fait poursuivies depuis ce shabth noir du 7 octobre. Il y a eu de nombreux cas oĂą des soldats de Tsahal Ă la frontière nord et Les soldats israĂ©liens prĂ©sents dans les avant-postes du Mont Dov ne se sont pas comportĂ©s comme on l’attend de la part de combattants qui se trouvent dans la ligne de mire, Ă portĂ©e et du tir d’un missile antichar de la force Radwan du Hezbollah.
Dans la documentation publiĂ©e par l’organisation, on voit des soldats israĂ©liens sur la ligne de front, se dĂ©plaçant ouvertement comme des canards attendant au champ de tir au vu des missiles prĂ©cis « Cornet » et des intentions de ses tireurs d’Ă©lite. Le comportement non militaire et l’inexpĂ©rience des officiers pourraient se terminer tragiquement .
On peut Ă©galement avoir l’impression que toutes les forces mobilisĂ©es et dĂ©ployĂ©es dans les zones du nord n’étaient pas organisĂ©es de manière Ă leur assurer une protection optimale. On voit des chars, des APC et des vĂ©hicules se suivre comme dans un cortège cĂ©rĂ©monial, entassĂ©s cĂ´te Ă cĂ´te de telle sorte qu’une roquette ou un drone suicide qui les frapperait ainsi que leurs occupants causerait un maximum de dĂ©gâts. Il est impossible d’empĂŞcher les citoyens et les journalistes qui se promènent au nord et au sud d’identifier ces zones de rassemblement et de comprendre quelles unitĂ©s s’y trouvent, mais les armes doivent ĂŞtre dĂ©ployĂ©es dans les espaces de combat de manière Ă ce qu’en cas de bombardements, que ce soit par le Hamas ou le Jihad islamique au sud ou par le Hezbollah au nord, les dĂ©gâts seront minimes.
Les combattants qui se trouvent dans les zones de rassemblement doivent Ă©galement ĂŞtre bien entraĂ®nĂ©s – oĂą ils courent, comment ils se mettent Ă l’abri et creusent Ă©galement des tranchĂ©es qui leur serviront de bouclier. Lors de « Tzuk Eitan » en 2014 et dans les opĂ©rations qui l’ont prĂ©cĂ©dĂ©, Tsahal a subi de nombreuses pertes dans les zones de rassemblement trop proches de Gaza. C’est aussi sous-estimer l’ennemi : penser qu’il ne voit pas ou n’ osera pas nuire Ă une telle concentration de puissance militaire. En fait, c’est le contraire qui est vrai. Mais après une visite sur le terrain et en regardant des vidĂ©os en ligne, il est clair que ces leçons n’ont pas Ă©tĂ© intĂ©riorisĂ©es.
Avec tout le respect que je dois au gilet en cĂ©ramique, il faut savoir que nager ou pĂ©nĂ©trer rapidement dans un abri sur le terrain sont des moyens plus efficaces de prĂ©venir les pertes. Toutes les unitĂ©s dans le terrain de la convention ne sont pas installĂ©es comme dans l’ordre du Jour de l’IndĂ©pendance – certaines sont dispersĂ©es comme si c’Ă©tait nĂ©cessaire – mais cela est dangereux Le phĂ©nomène est malheureusement trop courant.
La pĂ©riode d’attente n’est pas un fardeau pour Tsahal et ne rĂ©duit pas les chances de victoire, bien au contraire, mais ce fait exige que l’Ă©chelon politique et le système d’information fassent des heures supplĂ©mentaires pour expliquer au monde ce que nous faisons et pourquoi, afin de garder la fenĂŞtre de lĂ©gitimitĂ© ouverte et d’agir dès que les conditions seront rĂ©unies sans perdre un instant.