Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah , a affirmé mercredi dernier dans un discours que son organisation avait atteint son objectif principal : épuiser Israël : « Nous avons changé Israël économiquement, en termes de personnel et socialement. Cela la forcera à arrêter la guerre », a-t-il déclaré.
« Grâce Ă nos combats, nous dĂ©tournons l’attention de l’ennemi de l’agression contre Gaza et lui faisons comprendre que s’il veut y mettre un terme, il doit arrĂŞter l’agression Ă Gaza », a dĂ©clarĂ© Nasrallah.
« Nous attendons les rĂ©sultats des nĂ©gociations. Le monde entier a reconnu qu’il devait y avoir un cessez-le-feu. Le Hamas nĂ©gociait en son nom et au nom des factions de l’opposition. Nous n’avons pas demandĂ© Ă ce que le Hamas se coordonne avec nous dans les nĂ©gociations. »
Il a Ă©galement Ă©voquĂ© la forte concentration des forces de Tsahal Ă la frontière nord : « L’armĂ©e israĂ©lienne est incapable d’Ă©vacuer du nord car elle craint l’infiltration des unitĂ©s du Hezbollah, surtout après avoir perdu le matĂ©riel d’espionnage. L’Ă©puisement Ă Gaza et dans le nord est ce qui conduit Ă une crise sociale en IsraĂ«l, il faut plus de soldats. L’armĂ©e israĂ©lienne est contrainte. La prolongation de la conscription a un impact Ă©conomique et social sur IsraĂ«l. L’armĂ©e souffre d’une pĂ©nurie de main-d’Ĺ“uvre et est obligĂ©e d’essayer de contraindre les ultra-orthodoxes Ă se faire enrĂ´ler. »
Nasrallah a dĂ©clarĂ© que « l’ennemi traverse les jours les plus difficiles de l’histoire » et a Ă©voquĂ© les enquĂŞtes du 7 octobre : « Certaines des enquĂŞtes du 7 octobre ont rĂ©vĂ©lĂ© des points faibles. « Échec » est le titre de cette bataille pour IsraĂ«l. Au dixième mois, l’armĂ©e n’a atteint aucun de ses objectifs dĂ©clarĂ©s. Ceux qui nous menacent d’invasion au sud du Litani ont dĂ©clarĂ© qu’ils ne mettraient pas fin Ă la bataille dans 3-4 semaines. Ils ne menacent plus d’Ă©liminer le Hezbollah qu’ils n’ont pas rĂ©ussi Ă Ă©liminer comme le Hamas Ă Gaza. »
En rĂ©ponse au discours de Nasrallah, qui comprenait principalement de nombreuses descriptions de l’affaiblissement d’IsraĂ«l selon lui, le professeur Emzia Baram , orientaliste et Ă©rudit islamique, a interprĂ©tĂ© les intentions du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’organisation :
« Nasrallah veut dire que grâce Ă lui, l’armĂ©e israĂ©lienne pourra ĂŞtre contraint d’arrĂŞter les combats Ă Gaza. Il essaie de se prĂ©senter dans le monde musulman comme un hĂ©ros qui sauve Sinwar et le peuple de Gaza. Il veut ĂŞtre considĂ©rĂ© comme le leader musulman le plus important du monde en glorifiant son combat contre IsraĂ«l, pour la population de Gaza. Il prĂ©tend qu’il contribue beaucoup Ă la lutte des Palestiniens.
Baram a ajoutĂ© qu’il faudrait prĂŞter attention Ă la rĂ©pĂ©tition de la demande sur laquelle insiste le Hezbollah, selon laquelle si les combats Ă Gaza cessent, les attaques contre IsraĂ«l depuis le Liban cesseront : « Nasrallah dit que lorsque les tirs de Tsahal cesseront Ă Gaza, il arrĂŞtera les tirs du Hezbollah dans le nord, mais il ne dit pas que le cessez-le-feu dans le nord est conditionnĂ© au dĂ©part de tous les soldats de Tsahal de Gaza.
En effet, Nasrallah sait que s’il l’exigeait, il prolongerait encore la guerre dans le nord. Il sait que l’armĂ©e n’a pas quittĂ© la bande de Gaza aussi rapidement et n’a donc pas prĂ©sentĂ© cette condition qui aurait conduit Ă la prolongation de la guerre d’usure entre le Hezbollah et IsraĂ«l.Il a Ă©galement notĂ© que « l’autoglorification du secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l’organisation s’effectue, entre autres, Ă la suite de la compĂ©tition cachĂ©e entre lui et Sinwar dans le monde musulman ». Les deux sont certes alliĂ©s, mais ils sont aussi concurrents l’un de l’autre.
Après les Ă©vĂ©nements du 7 octobre, le « prestige » de Sinwar s’est renforcĂ© dans le monde musulman, c’est pourquoi Nasrallah tente de lui faire de l’ombre et de laisser entendre que la principale contribution Ă la guerre contre IsraĂ«l est celle du Hezbollah. Bien que Nasrallah ait une attitude nettement paternaliste Ă l’Ă©gard de Sinwar, il lui laisse au moins le droit de veto pour dĂ©cider quand mettre fin Ă la guerre.





