Un influenceur koweĂŻtien du nom de Meshal Al-Nami est vivement critiquĂ© pour avoir rĂ©alisĂ© une vidĂ©o  dans laquelle il cite un tĂ©moin qui a visitĂ© Gaza selon lequel certaines femmes de Gaza sont obligĂ©es de se tourner vers la prostitution pour obtenir de la nourriture et de l’aide dont elles ont tant besoin.
Personne ne mentionne que l’ ONU et les ONG sont discrètement d’accord et admettent que leurs propres travailleurs humanitaires sont souvent ceux qui font chanter les femmes pour qu’elles se prostituent afin d’obtenir une aide qui devrait ĂŞtre gratuite.
Comme nous l’avons notĂ©, unÂ
rapport de mai de l’ONU  indiquait : « Une aide insuffisante et peu fiable, distribuĂ©e dans des conditions d’insĂ©curitĂ© qui ne permettent pas un ciblage adĂ©quat,Â
expose les groupes vulnĂ©rables Ă la violence, Ă l’exploitation et aux abus, au trafic et Ă la prostitution forcĂ©e, y compris de la part des travailleurs humanitaires  . »
Elle fait rĂ©fĂ©rence Ă un rapport d’avril du RĂ©seau de prĂ©vention de l’exploitation et des abus sexuels – dont le lien n’est plus disponible sur son site Web , mais qui peut ĂŞtre consultĂ©Â
ici  – qui indique que « l’insĂ©curitĂ© alimentaire, la perte des moyens de subsistance et la dĂ©pendance aiguĂ« Ă l’aide sont des problèmes très rĂ©pandus qui exposent davantage les femmes et les enfants Ă la violence sexuelle et sexiste et Ă la violence contre les enfants, y compris de la part des travailleurs humanitaires » et qu’il existe un risque d’« Ă©pidĂ©mie d’abus d’exploitation et d’abus sexuels commis par le personnel liĂ© aux opĂ©rations humanitaires ».
Mais la vĂ©ritĂ© importe moins aux yeux du monde arabe que l’honneur. Quand Al Nami a voulu dĂ©noncer les abus et protĂ©ger les femmes de Gaza, le monde arabe a tirĂ© sur le messager.
Al-Nami dit avoir entendu cela de la bouche d’un membre des Frères musulmans qui a dĂ©clarĂ© que « la situation Ă Gaza est si dĂ©sastreuse que les femmes ont recours Ă la prostitution ». Il a citĂ© comme source de l’information une personnalitĂ© des rĂ©seaux sociaux qui s’est rĂ©cemment rendue Ă Gaza. L’objectif d’Al-Nami est de montrer Ă quel point la situation est dĂ©sespĂ©rĂ©e Ă Gaza, et non de mettre en cause les femmes de Gaza.
La rĂ©action Ă la vidĂ©o d’Al Nami a Ă©tĂ© rapide et furieuse. Des milliers de personnes Ă©taient en colère parce qu’il avait terni la rĂ©putation des femmes de Gaza, honnĂŞtes et morales.Â
Un commentaire typique :
Les habitants de Gaza sont des mĂ©morisateurs du Coran, patients dans les Ă©preuves et les dĂ©tresses, et le souvenir du Seigneur des Mondes ne manque jamais de leur langue. Nous voyons les femmes chastes de Gaza, dans les moments les plus difficiles de l’impuissance et de l’oppression, avec leur voile intĂ©gral, leur couverture et leur chastetĂ©. Alors, vous et vos semblables, chiens de l’Enfer et montures des Juifs, venez-vous calomnier leur honneur avec vos langues impures ? Mais il est dit que seuls ceux dont le sperme est suspect et dont l’origine et la lignĂ©e sont douteuses trouvent acceptable de parler de l’honneur des gens.
Un groupe de 27 médecins qui se sont rendus à Gaza ont « réfuté » son histoire  , affirmant :
En entrant dans la bande de Gaza pendant cette agression odieuse et continue, nous avons pu constater l’étendue de la noble moralité du peuple de Gaza, qui nous a submergés de tous côtés . Leurs hommes, avec leur chevalerie, leur courage et leur générosité, d’une part, et leurs femmes, avec leur chasteté, leur dignité et leur souci de faire en sorte que la femme de Gaza reste un exemple éternel [pour le monde]. Nous n’imaginions pas que même le plus extrémiste de l’entité sioniste utiliserait l’attaque contre la chasteté et l’honneur des femmes de Gaza comme une arme bon marché dans cette bataille… des femmes pures, honorables et chastes, et celles qui sont citées comme un exemple de patience, de constance, de soutien à la résistance et au djihad.
L’absence de preuve n’est évidemment pas une preuve d’absence. Personne ne prétend que des femmes désespérées de Gaza se promènent à moitié nues et s’offrent en public aux hommes.
Au moinsÂ
deux plaintes pénales  ont été déposées au Koweït contre Al Nami pour atteinte à la dignité des femmes de Gaza.
Cette mentalitĂ©, selon laquelle rendre public le crime est considĂ©rĂ© comme pire que le crime lui-mĂŞme, est partagĂ©e par les ONG qui ont brièvement rendu compte de l’affaire avant de l’Ă©touffer. Le rapport du PSEA Network met en garde contre la publication de leurs propres conclusions :
Les allégations de protection ne montrent toutefois que la pointe de l’iceberg des fautes commises par les travailleurs humanitaires  et présentent des risques pour les communautés, le personnel humanitaire et les institutions humanitaires  .
Les risques identifiés sont :
– L’aide humanitaire dĂ©tournĂ©e cause davantage de torts Ă la communautĂ© et accroĂ®t les tensions
– ReprĂ©sailles potentielles contre les travailleurs humanitaires  (atteintes physiques)
– Perte de confiance dans les institutions d’aide appelant Ă de nouveaux actes d’incivilitĂ© : dĂ©tĂ©rioration de l’environnement opĂ©rationnel
– L’attention des mĂ©dias sur les incidents de protection qui peuvent Ă©galement faire l’objet d’une manipulation politique incontrĂ´lĂ©eÂ
Tout le monde se soucie plus de protĂ©ger la rĂ©putation des femmes de Gaza que de protĂ©ger leur corps. Les ONG ne veulent pas que les travailleurs humanitaires commettent des abus horribles, et les Arabes ne veulent pas d’une publicitĂ© qui, selon eux, porterait atteinte à « l’honneur » des femmes de Gaza dans le monde arabe.
Les abus continuent donc, et ceux qui prétendent se soucier le plus des Palestiniens sont ceux qui veillent à ce que rien ne soit fait.