Gaza : l’ONU dénonce des « disparitions forcées » sur des sites d’aide – Israël et la Fondation humanitaire de Gaza contestent

Un nouveau front polémique s’ouvre autour de l’aide humanitaire à Gaza. Jeudi 28 août, un groupe de sept experts indépendants mandatés par le Conseil des droits de l’Homme de l’ONU a affirmé avoir reçu des signalements de « disparitions forcées » de Palestiniens affamés venus chercher de la nourriture dans des centres de distribution de la Fondation humanitaire de Gaza (GHF). L’armée israélienne est directement mise en cause dans ces accusations. Mais la GHF, soutenue par Israël et les États-Unis, a fermement démenti, parlant d’allégations sans fondement.

Selon ces experts, dont les déclarations n’engagent pas officiellement l’ONU, plusieurs personnes – parmi elles un enfant – auraient disparu après s’être rendues sur des sites de distribution à Rafah. « Utiliser la nourriture comme un outil pour mener des disparitions ciblées et massives doit cesser immédiatement », ont-ils déclaré, qualifiant ces informations de « crime odieux » et assimilant ces pratiques à de la torture.

La GHF, organisation créée pour pallier les blocages et redistribuer l’aide alimentaire après le blocus total imposé par Israël entre mars et mai 2025, a rejeté ces accusations. Dans un communiqué transmis à l’AFP, elle souligne qu’« à l’intérieur des installations de la GHF, il n’y a aucune preuve de disparitions forcées ». Pour ses responsables, « des allégations graves circulent dans une zone de guerre où toutes les parties sont accusées, mais rien ne vient étayer ces rumeurs concernant notre action ».

Le contexte est explosif. La semaine dernière, le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’Homme a déclaré une situation de famine dans le gouvernorat de Gaza, accusant Israël d’« obstruction systématique » aux livraisons humanitaires. Tsahal a rétorqué que c’est le Hamas qui détourne et pille régulièrement les convois, privant les civils de l’aide destinée à eux. Israël rappelle également que la GHF, organisation privée, a été mise en place pour sécuriser la distribution et limiter l’emprise du Hamas sur les ressources, en coordination avec Washington.

Les chiffres publiés par le bureau onusien sont néanmoins glaçants : 1 857 Palestiniens seraient morts en tentant d’obtenir de l’aide depuis fin mai, dont plus de la moitié (1 021) près des sites de la GHF. Mais ici encore, les responsabilités sont disputées : pour Israël, ces drames relèvent du chaos provoqué par les milices armées qui contrôlent la foule, tandis que pour certains experts de l’ONU, ils révèlent une stratégie de pression politique.

La bataille narrative est évidente. D’un côté, des experts onusiens, souvent accusés par Jérusalem de parti pris pro-palestinien, dénoncent des violations massives des droits humains. De l’autre, Israël et ses partenaires tentent de démontrer que la véritable responsabilité incombe au Hamas, qui instrumentalise la souffrance de la population civile et exploite l’aide comme levier de propagande.

Cet épisode illustre à nouveau l’enchevêtrement complexe entre humanitaire et politique dans la bande de Gaza. L’accusation de « disparitions forcées » sert de caisse de résonance à des ONG et militants qui cherchent à isoler Israël sur la scène internationale, tandis que l’État hébreu insiste sur la nécessité de contrôler strictement l’aide pour qu’elle ne finance pas la machine de guerre terroriste.

En toile de fond, une question cruciale demeure : l’aide internationale à Gaza peut-elle réellement atteindre les civils sans tomber aux mains du Hamas ? Israël et ses alliés occidentaux veulent croire que la GHF est une réponse pragmatique. Mais tant que l’ONU multipliera les accusations contre Tsahal sans exiger la démilitarisation effective du Hamas, le fossé entre perceptions locales et discours internationaux ne cessera de s’élargir.

Au-delà de la polémique, cet affrontement met en lumière une réalité incontournable : la guerre de Gaza n’est pas seulement militaire, elle est aussi informationnelle et humanitaire. Et dans cette guerre parallèle, la vérité devient une arme aussi redoutable que les roquettes ou les drones.

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