Israël se prépare à un scénario que beaucoup, dans la diaspora juive, redoutent en silence : une vague mondiale d’antisémitisme suffisamment forte pour pousser des dizaines de milliers de Juifs à envisager une aliyah d’urgence. Cette semaine, un exercice stratégique d’ampleur nationale a été conduit par le ministère de l’Aliyah et de l’Intégration, en partenariat avec l’Autorité nationale d’urgence (RAHEL). L’objectif : tester la capacité du pays à absorber en quelques jours un afflux massif de nouveaux immigrants venant du monde entier. L’exercice s’est déroulé au Collège national pour la résilience israélienne de Ramla, en présence de représentants de multiples ministères, d’ONG et d’organisations partenaires. Selon le Times of Israel, les services publics ont simulé l’arrivée soudaine de “dizaines de milliers de nouveaux immigrants en même temps”, un scénario décrit comme “extrême mais plausible” dans le climat actuel (source ; https://www.timesofisrael.com/immigration-drill-tests-israels-readiness-for-en-masse-ingathering-of-exiled-jews/).
L’exercice illustre une réalité que les responsables israéliens observent depuis le 7 octobre : l’antisémitisme en diaspora atteint un niveau inédit. Dans plusieurs pays européens, au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Amérique latine et même en Australie, des manifestations antijuives, des agressions, des menaces et des campagnes de haine se multiplient. Des institutions juives, des écoles, des synagogues, mais aussi des commerces et des individus sont pris pour cibles. Le phénomène n’est plus ponctuel : il est devenu structurel. Dans ce contexte, l’aliyah n’est plus seulement un projet idéologique ou un choix identitaire ; elle redevient, pour une part croissante de Juifs, une réponse de sécurité. Le ministère israélien de l’Aliyah note d’ailleurs une augmentation sensible des demandes d’information et de préparation à l’immigration depuis 2024. The Jerusalem Post évoque même un “doublement” des intentions d’alya en provenance d’Europe occidentale (source : https://www.jpost.com/opinion/article-864464).
Cette réalité donne tout son sens à l’exercice réalisé par Israël : accueillir, en urgence, des milliers de familles nécessiterait un effort logistique colossal. Les équipes de RAHEL ont ainsi testé des scenarii d’atterrissages simultanés à Ben Gourion, de diagnostics médicaux rapides, de mise en relation avec les services sociaux, d’hébergement temporaire dans des hôtels ou centres d’absorption, et de distribution accélérée de documents administratifs. Les derniers grands épisodes migratoires de masse, comme l’arrivée d’un million de Juifs de l’ex-URSS dans les années 1990 ou l’intégration soudaine de milliers de réfugiés d’Éthiopie, ont montré que sans préparation, le pays risque la saturation. L’exercice de Ramla cherchait donc à identifier les goulets d’étranglement dans la chaîne d’accueil : manque de logements, carence de personnel formé, délais administratifs, accompagnement psychologique, orientation professionnelle et intégration scolaire.
Mais au-delà de la logistique immédiate, ce scénario révèle un enjeu beaucoup plus profond : la place d’Israël comme refuge ultime du peuple juif. Le discours public israélien s’inquiète d’un changement culturel majeur en Occident, où l’antisionisme s’est “banalisé” au point de se confondre avec un antisémitisme décomplexé. Le ministère de l’Aliyah constate d’ailleurs que les Juifs qui se renseignent aujourd’hui sur une éventuelle immigration décrivent de plus en plus un sentiment “d’insécurité sociale”, un climat hostile, un regard suspicieux dans leur environnement professionnel ou scolaire. Pour certains, la question n’est plus “vais-je immigrer un jour ?” mais “à quel moment serai-je obligé de partir ?”.
L’impact potentiel sur Israël serait immense. Accueillir une vague massive d’aliyah aurait des conséquences économiques, démographiques et sociales. Le marché du logement, déjà tendu, serait sous pression ; les infrastructures civiles devraient s’adapter ; les écoles devraient absorber des milliers d’enfants ne parlant pas l’hébreu ; l’armée devrait intégrer davantage de nouveaux immigrants ; et l’État devrait garantir un accompagnement social réel pour éviter la marginalisation de familles vulnérables. En même temps, Israël a toujours considéré l’aliyah comme un moteur de croissance : les grandes vagues d’immigration ont enrichi le pays en talents, en compétences et en vitalité économique. Une nouvelle aliyah massive pourrait donc, si elle est bien préparée, renforcer la société israélienne.
La diaspora, quant à elle, observe ces signaux avec inquiétude. Pour beaucoup de Juifs d’Europe occidentale, d’Amérique du Sud ou même des États-Unis, l’idée d’une aliyah “nécessaire” paraissait inconcevable il y a quelques années. Aujourd’hui, elle devient un sujet de conversation familial sérieux. L’exercice de RAHEL a donc une autre fonction : envoyer un message clair aux communautés juives du monde entier. Israël leur dit : “Si vous devez venir, nous serons prêts.”
Reste une question centrale : jusqu’où l’antisémitisme mondial va-t-il continuer de croître ? Et dans quelle mesure ce phénomène changera-t-il la géographie du peuple juif dans la prochaine décennie ? Si le passé est un indicateur, les grandes vagues d’aliyah ont toujours été provoquées par des crises : chute de l’URSS, montée de l’antisémitisme arabe en Afrique du Nord, instabilité en Argentine, crise économique française, attaques antijuives en Europe. L’exercice actuel n’est donc pas une prophétie, mais un avertissement. Préparer un tel scénario est un acte de responsabilité nationale.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés





