Le Qatar a de nouveau placé Israël au banc des accusés. Dans une interview accordée au journal qatari Al-Araby Al-Jadeed, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Majed Al-Ansari, a affirmé qu’« il ne faut pas permettre à Israël d’empêcher la transition vers la phase deux de l’accord, pour deux corps d’otages seulement ». Une déclaration brutale, qui illustre la ligne dure que Doha a adoptée ces dernières semaines, tout en continuant de se présenter comme « médiateur ». Mais sur le terrain, les deux dépouilles d’otages israéliens détenues à Gaza, et le refus brutal des factions palestiniennes de les restituer, restent un obstacle moral, politique et diplomatique incontournable.
Dès les premières lignes de son entretien, Al-Ansari pose le cadre : « Les travaux pour extraire les corps sont menés par les Palestiniens. Il faut empêcher Israël d’utiliser cette question comme prétexte ». Le message est limpide : selon le Qatar, l’État hébreu ne doit plus avoir voix au chapitre lorsqu’il s’agit de la suite de l’accord. Autrement dit, Israël serait tenu d’avancer vers la phase B, même si Hamas et le Jihad islamique refusent toujours de rendre les corps des otages. Un renversement moral spectaculaire, présenté comme une exigence diplomatique.
Dans la même interview, Al-Ansari affirme que « le fait que deux corps restent dans la bande de Gaza constitue un succès », un propos glaçant au regard des familles, et en total décalage avec la réalité du terrain. Les médiateurs « savaient qu’il existe de nombreux défis » pour extraire les dépouilles, insiste-t-il. Les propos, relayés par Haaretz (source originale), ont immédiatement provoqué une onde de choc en Israël, où la question des otages reste le cœur brûlant de toute discussion sur un cessez-le-feu durable.
Au centre de l’accord se trouve la phase B du plan de fin de guerre soutenu par le président américain Donald Trump, un plan qui prévoit trois étapes :
— installation d’une force internationale de stabilisation à Gaza ;
— retrait significatif de Tsahal ;
— démilitarisation du Hamas et transfert de son arsenal.
Officiellement, Doha appelle Israël à « respecter sa part ». Officieusement, le Qatar cherche à forcer une avancée diplomatique alors que ni Israël ni le Hamas n’ont réellement intérêt, aujourd’hui, à passer à cette étape. Un haut responsable palestinien, cité anonymement par Haaretz, l’admet sans détour : « Ni Israël ni le Hamas ne veulent appliquer les mesures nécessaires à la phase B ». Pour le Hamas, rendre les armes reviendrait à signer sa propre disparition. Pour Israël, une grande partie du gouvernement refuse tout retrait tant que les otages – vivants comme morts – ne sont pas tous restitués.
C’est dans ce contexte que surgit la déclaration du Qatar : tenter d’imposer à Israël un mouvement unilatéral, alors que la faction terroriste n’a pas exécuté sa partie du contrat. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, Doha transforme la question des dépouilles en variable diplomatique mineure, alors qu’elle devrait constituer une ligne rouge.
Un point crucial, rappelé par les services israéliens, est que la récupération des dépouilles n’est pas une “question technique” mais un choix stratégique du Hamas. Les corps, déplacés plusieurs fois dans les tunnels, sont utilisés comme monnaie d’échange et comme bouclier médiatique, destiné à pousser la communauté internationale à faire pression sur Jérusalem – exactement comme le Qatar le fait aujourd’hui.
Sur le terrain, la tension est palpable. Les violations de l’accord sont « traitées dans la salle d’opérations du Caire », selon Al-Ansari, où siègent également l’Égypte, les États-Unis et la Turquie. Mais là encore, la communication du Qatar cherche à présenter Israël comme l’obstacle principal, alors même que les services égyptiens ont alerté à plusieurs reprises sur les retards, manipulations et manquements du Hamas lors des échanges d’otages.
Du côté israélien, les propos du Qatar sont perçus comme un signe supplémentaire d’une médiation biaisée, alignée sur les intérêts du Hamas plutôt que sur ceux des familles des otages. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou, en pleine dynamique pré-électorale, ne peut politiquement pas accepter un retrait partiel ou total de la bande de Gaza tant que les dépouilles n’ont pas été rendues. Pour Jérusalem, il ne s’agit pas d’un « prétexte », comme l’affirme Doha, mais d’une obligation morale et stratégique vis-à -vis du public israélien.
Les familles, elles, ne décolèrent pas. Les associations d’otages rappellent que la dignité des morts est un principe fondamental du judaïsme et de la société israélienne. Exiger de l’État hébreu qu’il avance dans un accord alors que les terroristes refusent même la restitution de corps, revient à délégitimer l’idée même de justice, et à transformer la douleur des familles en paramètre négociable.
Ces déclarations interviennent alors que le Qatar reste sous le feu des critiques internationales pour son double jeu : médiateur d’un côté, soutien financier, logistique et politique du Hamas de l’autre. Comme le rappellent régulièrement les services occidentaux, Doha abrite les dirigeants du Hamas, finance sa chaîne de propagande Al-Jazeera, et n’a jamais demandé publiquement au mouvement terroriste de rendre les otages – vivants ou morts.
Au-delà de la polémique immédiate, cet épisode révèle une réalité plus profonde : la bataille diplomatique de l’après-guerre a déjà commencé. Le Qatar veut apparaître comme l’acteur indispensable pour façonner l’avenir de Gaza, tout en protégeant ses alliés idéologiques. Israël, lui, refuse de payer ce prix politique et humain. La question des deux dépouilles cristallise cette confrontation : pour Doha, elles ne doivent pas bloquer la suite. Pour Israël, elles sont au contraire la preuve que l’accord n’est pas respecté.
C’est ici que se joue la dimension géopolitique centrale : qui définira l’avenir de Gaza ? Les puissances arabes qui ont soutenu le Hamas ? Les États-Unis du président Donald Trump, dont le plan reste aujourd’hui la base de toute discussion internationale ? Ou Israël, qui porte le poids de la sécurité de ses citoyens ?
L’issue dépendra d’un facteur essentiel : la reconnaissance, ou non, que les otages – vivants ou morts – sont un point de rupture moral qui ne peut être relativisé pour satisfaire les agendas régionaux du Qatar ou d’autres acteurs.
Dans une région où la mémoire, le deuil et la justice demeurent des lignes rouges, la tentative de Doha d’abaisser la valeur des dépouilles ne fera qu’envenimer les tensions. Israël ne peut pas avancer vers une phase politique incertaine tant que le Hamas continue de retenir des corps dans ses tunnels. La véritable question n’est donc pas : « Israël doit-il avancer malgré deux dépouilles ? »
Mais bien : « Pourquoi le Qatar ne demande-t-il jamais au Hamas de rendre les otages ? »
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