La mort de Miriam Feirberg, maire emblématique de Netanya pendant vingt-sept ans, a ouvert une question que les habitants n’osaient pas formuler : que deviendra la ville sans celle qui l’a façonnée presque de fond en comble ? Lorsqu’elle a accédé à la mairie en 1998, Netanya était dangereuse, délabrée, marquée par la criminalité et l’abandon. Elle s’éteint après avoir laissé une cité méconnaissable, dynamique, prisée, fière d’une identité hybride mêlant mer, modernisation rapide et diversité culturelle.
La relation qu’une ville entretient avec ceux qui y vivent est souvent intime. À Netanya, elle était presque fusionnelle, et Feirberg incarnait cette identité au point d’en devenir un symbole national. Sa présence médiatique, ses caricatures dans les programmes satiriques et son style direct ont marqué une génération de citoyens qui associaient son nom à la transformation urbaine. Pour beaucoup, elle a su reconnecter les habitants à leur propre ville, leur permettant de dire « je suis de Netanya » comme une affirmation de soi.
Dans les rues, les témoignages affluent. Des francophones installés près de la mer aux nouveaux immigrants de Russie en passant par les communautés religieuses, chacun évoque une ville profondément transformée. Beaucoup rappellent qu’à la fin des années 1990, Netanya vivait sous l’ombre des règlements de comptes et du crime organisé. Feirberg, racontent-ils, fut « la seule à ne pas avoir peur dans les yeux ». Sa fermeté lui a valu une réputation de « bulldozer » politique : fermeture de commerces liés au crime, rénovation de quartiers entiers, relance économique avec l’arrivée de grandes entreprises, dont l’installation d’Ikea ou de centres technologiques.
Sous sa conduite, Netanya a attiré des populations diverses : Français observant la mer depuis la promenade, Russes installés dans les nouveaux quartiers, familles religieuses traversant la ville vers les synagogues, nouveaux investisseurs séduits par les tours en front de mer. Dans cette mosaïque parfois improbable, Feirberg savait tisser des ponts. C’est peut-être là que résidait son talent : organiser la coexistence entre des mondes sociaux très éloignés, tout en donnant à la ville une direction claire.
Mais derrière le récit de réussite, certains habitants confient leurs inquiétudes. Depuis que son état de santé s’était détérioré, expliquent-ils, les tensions criminelles ont commencé à réapparaître. Les craintes d’un vide politique reviennent dans les conversations. « Quand il n’y a plus de gardienne, les choses peuvent se dégrader vite », prévient un habitant qui dit envisager de quitter la ville. D’autres, plus sereins, estiment que l’héritage qu’elle a construit est suffisamment solide pour continuer.
L’hommage organisé au centre Chabad de Netanya reflète l’empreinte profonde qu’elle a laissée. Des centaines d’habitants ont rempli les salles pour écrire des mots de condoléances, partager leur reconnaissance, rappeler sa présence constante et ses gestes personnels pour les familles de la ville. Un collage de photos retraçait sa carrière : rencontres internationales, inaugurations locales, souvenirs d’une vie publique entière consacrée à Netanya.
Feirberg, souvent décrite comme la dernière représentante d’une école politique pragmatique et enracinée, n’a pas pu réaliser son dernier projet : ériger une île artificielle face à la côte, symbole de l’ambition qu’elle nourrissait encore pour la ville. Son départ laisse la cité à la croisée des chemins : la continuation d’un modèle de coexistence et de développement urbain, ou le risque de fragmentations internes que seul son leadership semblait capable d’aplanir.
Netanya demeure ainsi un mystère vibrant : une ville en pleine ascension ou un carrefour fragile. Tout dépendra désormais de savoir si une nouvelle figure saura reprendre le rôle que Miriam Feirberg assumait presque seule — celui de tenir ensemble une ville faite de contrastes, d’envies et de rêves qui ne demandent qu’à continuer d’exister.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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