La circoncision bientôt qualifiée de « maltraitance infantile » au Royaume-Uni ? Vives inquiétudes dans les communautés juives et musulmanes

Rabbi A. Romi Cohn, a noted mohel, prepares an infant for circumcision at Congregation Shaare Zion in Brooklyn on Sept. 4. Cohn opposes a New York City rule requiring parental consent for a type of circumcision ritual practiced by some Orthodox Jews.

La circoncision rituelle masculine pourrait prochainement être assimilée à une forme de « maltraitance infantile » par les autorités britanniques. Le Crown Prosecution Service (CPS), le service des poursuites pénales du Royaume-Uni, prépare actuellement un projet de directive destiné aux procureurs locaux, dans lequel la brit milah serait définie comme une « pratique potentiellement abusive envers les enfants », susceptible d’entraîner des poursuites pénales selon les circonstances.

Selon des informations publiées par The Guardian, ce projet de directive vise à encadrer les poursuites dans des dossiers sensibles impliquant des mineurs. Le texte placerait la circoncision masculine aux côtés d’autres pratiques considérées comme abusives, telles que les mariages forcés ou certains rituels d’exorcisme, suscitant une onde de choc parmi les communautés religieuses du pays.

Une absence d’infraction spécifique, mais un risque pénal accru

Le document préparatoire précise qu’aucune infraction pénale spécifique n’existe actuellement au Royaume-Uni concernant la circoncision masculine, contrairement à la circoncision féminine, strictement interdite par la loi. Toutefois, le CPS estime que la circoncision peut devenir une infraction pénale si elle est pratiquée dans des conditions inappropriées ou dangereuses.

Le projet affirme ainsi que la circoncision « peut être douloureuse et nocive si elle est mal réalisée ou effectuée dans des circonstances inadéquates », et qu’elle pourrait, dans certains cas, être qualifiée de violence contre la personne ou de maltraitance d’enfant. Cette position s’appuie sur des alertes émises par des médecins légistes et des tribunaux britanniques après plusieurs décès et blessures graves survenus à la suite de circoncisions pratiquées en dehors de cadres médicaux réglementés.

Les chiffres cités sont particulièrement sensibles : depuis 2001, au moins sept garçons de moins de 18 ans seraient décédés au Royaume-Uni dans des cas où la circoncision a été identifiée comme un facteur majeur ayant conduit à une blessure mortelle. Parmi eux, au moins trois nourrissons auraient succombé à des hémorragies fatales.

Colère et inquiétude des organisations juives et musulmanes

L’initiative du CPS a provoqué une réaction immédiate et virulente des organisations juives et musulmanes, pour lesquelles la circoncision constitue un rite religieux fondamental, pratiqué depuis des millénaires. Pour les Juifs, la brit milah est un commandement central du judaïsme, symbole de l’alliance entre le peuple juif et Dieu, réalisée le huitième jour de la vie d’un garçon.

Jonathan Arkush, ancien président du Board of Deputies of British Jews et coprésident de l’organisation Milah UK, a dénoncé avec force la formulation envisagée par le CPS. Selon lui, qualifier la circoncision en tant que telle de pratique nuisible relève d’une erreur grave et trompeuse.

« Affirmer que la circoncision est intrinsèquement une pratique préjudiciable est incorrect et déplacé », a-t-il déclaré. « Toute procédure réalisée de manière inappropriée ou sans encadrement adéquat — y compris le perçage des oreilles d’un enfant — peut devenir dangereuse et relever potentiellement de la maltraitance. Cela ne signifie pas que la pratique elle-même est abusive. »

Arkush a indiqué que les représentants des communautés religieuses engageraient un dialogue direct avec le CPS afin de modifier la version finale du texte. « J’attends que la directive définitive supprime cette formulation, car elle est manifestement erronée et profondément trompeuse », a-t-il ajouté.

Un débat juridique, médical et culturel explosif

Au-delà de la controverse religieuse, le débat soulève des questions juridiques et éthiques complexes. Les autorités britanniques affirment ne pas viser l’interdiction générale de la circoncision, mais cherchent à renforcer la protection des mineurs face à des pratiques non médicalisées susceptibles d’entraîner des risques graves pour la santé.

Les opposants au projet redoutent cependant un glissement juridique qui pourrait ouvrir la voie à des poursuites contre des parents ou des responsables religieux respectant des traditions anciennes, reconnues et protégées par la liberté de religion. Ils craignent également que cette approche ne crée un précédent dangereux pour d’autres pratiques religieuses minoritaires au Royaume-Uni.

Dans un pays qui abrite l’une des plus importantes communautés juives d’Europe et une large population musulmane, la perspective de voir la circoncision associée à la maltraitance infantile est perçue comme une atteinte directe à la liberté de culte et à la coexistence religieuse.

Pour l’heure, il s’agit encore d’un projet de directive, et non d’un texte définitif. Mais son existence même a suffi à déclencher une mobilisation intense. La version finale du document, attendue dans les prochaines semaines, sera scrutée de près, tant par les juristes que par les communautés concernées, conscientes que l’enjeu dépasse largement le cadre juridique pour toucher aux fondements mêmes de leur identité religieuse.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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