Jérusalem : la justice autorise l’autopsie des deux nourrissons décédés, les familles saisissent la Cour suprême

Le Tribunal de première instance de Jérusalem a autorisé, tard dans la soirée, la réalisation d’autopsies sur les corps de deux nourrissons décédés dans un même établissement de garde à Jérusalem. La décision, prise à la demande conjointe de la police et du parquet, a immédiatement provoqué une réaction juridique et publique intense, les familles annonçant leur intention de saisir la Cour suprême d’Israël afin de suspendre la procédure.

Les deux enfants concernés sont Lia Goloventchits, âgée de trois mois, et Aharon Katz, âgé de six mois. Ils sont décédés à quelques jours d’intervalle dans un même cadre, un fait que les autorités judiciaires qualifient de suffisamment grave et inhabituel pour justifier un examen médico-légal approfondi.

La décision judiciaire

Au terme d’une audience tenue en urgence, le tribunal a estimé que l’autopsie constituait un outil indispensable à l’enquête, afin de déterminer avec précision les causes exactes des décès et d’écarter – ou confirmer – d’éventuelles responsabilités pénales.

Les familles étaient représentées par la cellule juridique de ZAKA, organisation spécialisée dans l’identification des victimes et la défense du respect des défunts selon la tradition juive. Malgré les arguments présentés, le juge a validé la requête de la police.

À la suite de cette décision, les avocats des familles ont immédiatement demandé un sursis à exécution, afin de permettre le dépôt d’un recours devant la Cour suprême. « Nous utiliserons toutes les voies juridiques possibles pour préserver la dignité des nourrissons », a déclaré Michael Gottwein, responsable de la division juridique de ZAKA.

Une opposition fondée sur des principes religieux et éthiques

Dans la tradition juive orthodoxe, l’autopsie est considérée comme une atteinte grave au kavod hamet – la dignité du défunt – sauf en cas de nécessité absolue et lorsqu’aucune autre méthode ne permet d’établir la vérité.

ZAKA affirme ne pas s’opposer par principe à l’enquête, mais demande que toute alternative médicale non invasive soit explorée en priorité, et que, si une autopsie devait malgré tout être pratiquée, elle le soit de manière strictement limitée.

« Nous accompagnons les familles depuis les premières heures. Ce combat n’est pas politique, il est moral et humain », a insisté Gottwein.

Une enquête toujours en cours

Les autorités n’ont pas communiqué officiellement sur les conclusions intermédiaires de l’enquête. Toutefois, selon des sources proches du dossier, l’une des hypothèses examinées serait liée à des conditions environnementales anormales dans l’établissement, notamment un possible dysfonctionnement du système de climatisation ou de chauffage.

Ces éléments n’ont pas été confirmés de manière formelle, et la police souligne que seule une expertise médico-légale complète permettrait d’écarter toute spéculation et d’établir des faits scientifiquement vérifiables.

Tensions et manifestations à Jérusalem

Parallèlement à la procédure judiciaire, la décision a déclenché de violentes manifestations dans certains quartiers de Jérusalem. Sur instruction du Badatz de la Edah Haredit, des centaines de manifestants ont bloqué le carrefour de Shmuel HaNavi.

Des autobus ont été immobilisés, des poubelles incendiées, et la police est intervenue à l’aide de moyens anti-émeute, notamment des canons à eau. Plusieurs heurts ont été signalés, sans qu’un bilan précis des interpellations ne soit communiqué dans l’immédiat.

Les autorités policières ont appelé au calme, rappelant que « la justice doit pouvoir travailler sans pressions ni violences ».

Un dossier à forte portée symbolique

Au-delà de l’enquête elle-même, l’affaire cristallise une tension récurrente en Israël entre les exigences de l’État de droit et les sensibilités religieuses profondes de certaines communautés.

Dans des affaires similaires par le passé, la Cour suprême a parfois imposé des compromis : autopsies partielles, examens limités, ou recours accru à l’imagerie médicale avancée. La décision à venir pourrait donc faire jurisprudence, notamment en ce qui concerne le seuil de justification nécessaire pour passer outre l’opposition des familles.

En attente de la Cour suprême

À ce stade, l’exécution de l’autopsie pourrait être temporairement suspendue si la Cour suprême accepte d’examiner la requête en urgence. Les familles espèrent que les juges suprêmes ordonneront soit un gel de la procédure, soit une limitation drastique de l’intervention.

« Nous ne cherchons pas à empêcher la vérité », a fait savoir un proche d’une des familles, « mais à ce qu’elle soit recherchée sans piétiner ce qui reste de sacré pour des parents qui ont déjà tout perdu ».

La décision finale de la Cour suprême est attendue dans les prochaines heures ou jours, dans un climat de forte émotion nationale.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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