Erdoğan choisit l’Iran contre Israël : la Turquie assume son basculement idéologique et stratégique

Turkey's President Tayyip Erdogan addresses the 77th Session of the United Nations General Assembly at U.N. Headquarters in New York City, U.S., September 20, 2022. REUTERS/Brendan Mcdermid
Le discours du président turc Recep Tayyip Erdoğan marque une rupture claire, assumée et désormais irréversible. En présentant l’Iran comme un « voisin frère » injustement attaqué et en accusant Israël de menacer la stabilité régionale, Ankara ne se contente plus de critiques diplomatiques. La Turquie opère un basculement idéologique et stratégique majeur, rompant avec des décennies d’équilibres régionaux fondés sur la rivalité sunnite-chiite et sur une coopération pragmatique avec l’Occident et Israël.

Historiquement, la Turquie et l’Iran ont été des rivaux profonds, façonnés par des siècles de compétition impériale, religieuse et géopolitique. Cette rivalité structurait une large partie du Moyen-Orient moderne. Or, aujourd’hui, cette ligne de fracture s’efface au profit d’une hostilité prioritaire envers Israël. Ce glissement n’est pas accidentel. Il s’inscrit dans une vision idéologique où l’islam politique, dans ses différentes variantes, converge vers un ennemi commun perçu comme symbolique, stratégique et civilisationnel.

Le langage employé par Erdoğan est révélateur. En parlant de « paix sociale » et de « stabilité » menacées par les actions israéliennes, il inverse la lecture des responsabilités régionales. L’Iran, pourtant engagé dans la répression interne, l’exportation du terrorisme et la déstabilisation régionale, est présenté comme une victime. Israël, État démocratique défendant ses frontières, est transformé en facteur de chaos. Cette inversion morale n’est pas destinée aux chancelleries occidentales, mais à l’opinion publique musulmane et aux mouvements islamistes régionaux.

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Ce choix stratégique a des conséquences lourdes. La Turquie ne se positionne plus comme un médiateur ambigu, mais comme un acteur engagé idéologiquement contre Israël. Cette posture l’éloigne non seulement de Jérusalem, mais aussi du monde libre. Elle fragilise encore davantage les relations déjà tendues avec les États-Unis et plusieurs pays européens, tout en renforçant des axes alternatifs avec l’Iran, le Qatar et des factions islamistes régionales.

La dimension intérieure de ce virage est essentielle. Erdoğan consolide son pouvoir en mobilisant un discours national-religieux qui désigne un ennemi extérieur. Israël devient un outil de cohésion politique interne, un exutoire idéologique et un marqueur identitaire. Dans un contexte économique difficile et de contestation latente, cette stratégie permet de détourner l’attention et de fédérer autour d’une posture de confrontation morale.

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Pour Israël, ce basculement turc est stratégique. Il signifie la perte définitive d’un partenaire régional autrefois pragmatique, disposant d’une armée puissante et d’une position géographique clé. Il signifie aussi que l’hostilité à Israël ne se limite plus aux acteurs traditionnellement ennemis, mais s’étend à des États membres d’alliances occidentales.

Ce réalignement accélère la polarisation régionale. Il réduit l’espace des compromis et augmente le risque de confrontations indirectes, diplomatiques, économiques ou sécuritaires. La Turquie d’Erdoğan ne se contente plus de critiquer Israël. Elle le désigne, implicitement et parfois explicitement, comme un adversaire central.



Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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