
Un tournant diplomatique et sécuritaire d’une rare fermeté est en train de se dessiner dans les relations déjà extrêmement tendues entre Israël et la Turquie. Selon des informations rapportées par plusieurs médias israéliens, des responsables gouvernementaux recommandent désormais d’adopter une approche comparable à celle appliquée aux organisations terroristes à l’encontre de certains cercles turcs jugés activement impliqués dans des campagnes de boycott, de délégitimation et d’incitation contre l’État d’Israël.
Une initiative ciblée contre des figures turques de premier plan
Au cœur de cette initiative figure un projet visant à interdire l’entrée en Israël à 28 hauts responsables turcs, parmi lesquels Bilal Erdoğan, fils du président Recep Tayyip Erdoğan. La mesure, rapportée notamment par ynet, est présentée à ce stade comme une décision de principe, mais elle s’inscrit dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement lourd.
Depuis le déclenchement de la guerre « Épées de fer », Bilal Erdoğan a participé à plusieurs rassemblements pro-palestiniens en Turquie et a appelé publiquement au boycott d’Israël. Pour les autorités israéliennes, ces prises de position dépassent le cadre d’une opinion politique et relèvent d’une incitation active à la délégitimation internationale de l’État juif.
Une recommandation fondée juridiquement
Le processus a été enclenché à la suite d’une recommandation formelle du directeur général du Ministère israélien des Affaires de la Diaspora, Avi Cohen Scali, adressée à la Autorité israélienne de la population et de l’immigration. Cette recommandation s’appuie sur l’article 2(d) de l’amendement n°40 de la loi sur l’entrée en Israël, qui permet d’interdire l’accès au territoire à des personnes impliquées dans des activités antisémites, des appels au boycott ou des campagnes de délégitimation de l’État.
Outre Bilal Erdoğan, la liste inclut des figures influentes du paysage politique, religieux et économique turc, parmi lesquelles Fehmi Bülent Yıldırım, président de l’organisation IHH, connue notamment pour son rôle central dans l’affaire de la flottille du Mavi Marmara, ainsi que Ali Erbaş, président de la Direction des affaires religieuses de Turquie.
« Une campagne structurée de haine et de délégitimation »
Dans une déclaration officielle, Avi Cohen Scali a justifié la démarche en des termes particulièrement sévères :
« Il s’agit de personnalités turques de premier plan – responsables médiatiques, hommes d’affaires influents et figures religieuses – qui œuvrent de manière systématique et publique à promouvoir le boycott, la délégitimation et l’incitation contre l’État d’Israël. Ils alimentent la haine, encouragent l’antisémitisme et appellent ouvertement à des sanctions contre Israël ».
Selon le ministère, il ne s’agit pas d’initiatives isolées mais bien d’une stratégie coordonnée, bénéficiant d’une tolérance, voire d’un encouragement implicite, de la part du pouvoir turc.
Une ligne dure assumée par Israël
Au ministère de la Diaspora et de la lutte contre l’antisémitisme, on souligne que toutes les recommandations transmises jusqu’à présent au ministère de l’Intérieur ont été acceptées. Théoriquement, le Bureau du Premier ministre d’Israël dispose encore d’un droit de veto. En pratique, aucune recommandation de ce type n’a jamais été annulée jusqu’à présent, et les services concernés affirment que la démarche est pleinement coordonnée avec le sommet de l’exécutif.
Cette fermeté marque un changement de ton significatif. Jusqu’ici, Israël distinguait généralement entre l’État turc, ses institutions et certains acteurs de la société civile. Désormais, la frontière s’estompe, et des responsables israéliens estiment que certains réseaux turcs doivent être traités avec les mêmes outils que ceux utilisés contre des entités hostiles non étatiques.
Un contexte régional explosif
Cette initiative intervient alors que la Turquie a récemment été intégrée, dans le cadre d’un mécanisme international piloté par les États-Unis, à certains organes de supervision liés à la reconstruction de Gaza. À Jérusalem, cette décision américaine suscite déjà de fortes réserves. Pour plusieurs responsables israéliens, il est paradoxal — voire dangereux — de confier un rôle à un pays dont des dirigeants et proches du pouvoir appellent ouvertement au boycott et à la délégitimation d’Israël.
Dans ce contexte, la mesure d’interdiction d’entrée apparaît aussi comme un message politique adressé à Washington : Israël entend fixer des lignes rouges claires et n’acceptera pas que des acteurs qu’il considère comme hostiles bénéficient d’une légitimité internationale accrue.
Vers une détérioration durable des relations israélo-turques ?
Les relations entre Israël et la Turquie, déjà fragiles depuis plus d’une décennie, semblent entrer dans une nouvelle phase de confrontation froide. Si Ankara n’a pas encore officiellement réagi à ces informations, des diplomates israéliens s’attendent à une réponse virulente, tant sur le plan politique que médiatique.
Pour Israël, toutefois, l’enjeu dépasse la relation bilatérale. Il s’agit, selon des sources gouvernementales, d’établir un précédent clair : toute personnalité étrangère — quel que soit son rang ou son pays d’origine — qui œuvre activement à l’incitation, au boycott et à la délégitimation de l’État juif s’exposera à des mesures concrètes, comparables à celles prises contre des organisations considérées comme hostiles.
Un signal fort à l’opinion internationale
En choisissant de comparer cette stratégie à la lutte contre le terrorisme, les responsables israéliens envoient un signal sans ambiguïté à la communauté internationale. Pour eux, la guerre contre Israël ne se limite pas au champ militaire : elle se joue aussi sur le terrain politique, médiatique et économique. Et sur ces fronts, Jérusalem affirme désormais être prête à utiliser toute la palette des outils juridiques et diplomatiques à sa disposition.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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