Après deux ans de secret, le nom du « faux officier » est révélé : l’affaire Asaf Shmuelovitz éclate au grand jour

Après plus de deux années de procédures menées dans un huis clos quasi total, la justice israélienne a autorisé la publication de l’un des dossiers les plus sensibles nés dans le chaos des premières heures de la guerre du 7 octobre. À la demande de ynet et de Yedioth Ahronoth, le nom de celui que l’on appelait jusqu’ici « le faux officier » a été rendu public : Asaf Shmuelovitz.

Selon l’acte d’accusation, Shmuelovitz se serait fait passer, au début de la guerre, pour un capitaine de réserve, pénétrant dans des salles de commandement opérationnelles de Tsahal, enregistrant des conversations sensibles, collectant des informations classifiées et les transmettant à des personnes non habilitées. Des faits d’une gravité exceptionnelle, survenus dans un contexte national marqué par le traumatisme du massacre du 7 octobre et l’état d’urgence sécuritaire absolue.

La décision de lever le voile a été prise par la Cour suprême, après un appel de Shmuelovitz visant à empêcher la publication de son identité. L’audience s’est tenue devant la juge Gila Kanfi-Steinitz, qui a rejeté la demande de la défense. Dans sa décision, la magistrate a souligné que le secret prolongé avait paradoxalement nourri des rumeurs et des théories complotistes. « Lorsque les portes se ferment et que les détails sont occultés, des graines de doute et de suspicion sont semées dans l’esprit du public », a-t-elle écrit, estimant que la transparence était désormais le meilleur antidote aux spéculations.

Durant ces deux années, des acteurs politiques et des commentateurs avaient attribué à Shmuelovitz des liens supposés avec le mouvement Akhim LaNeshek, insinuant une infiltration idéologique au cœur de l’appareil militaire. La justice a désormais établi qu’il n’avait aucun lien avec cette organisation et n’avait pas participé aux manifestations contre la réforme judiciaire, balayant ainsi une partie des accusations extra-judiciaires qui circulaient sur les réseaux sociaux.

L’acte d’accusation, particulièrement détaillé, évoque des chefs de « renseignement grave », de transmission d’informations secrètes, d’entrée illégale dans des installations militaires et d’obtention de fonctions par tromperie. Selon le parquet, Shmuelovitz aurait exploité le chaos extrême qui régnait dans les premiers jours de la guerre, notamment au sein du commandement Sud, pour obtenir des lettres de nomination et accéder à des informations hautement sensibles. Il aurait consigné certaines données dans un carnet personnel et partagé des éléments classifiés lors de discussions et d’échanges WhatsApp avec des personnes ne disposant pas de l’autorisation requise.

Un élément central du dossier réside toutefois dans l’évaluation psychiatrique de l’accusé. Dès les premières phases de la procédure, un examen approfondi a été ordonné par l’État. Une première expertise, suivie d’une seconde menée par un panel de trois spécialistes mandatés par le psychiatre régional, a conclu que Shmuelovitz n’était pas pénalement responsable de ses actes au moment des faits. Sur la base de ces conclusions, le parquet a reconnu l’existence d’une défense pour irresponsabilité pénale, ouvrant la voie, à terme, à un acquittement judiciaire.

Malgré cela, Shmuelovitz a choisi de contester l’accusation sur le fond et d’exiger un procès complet. Il affirme avoir agi dans l’intérêt de la sécurité d’Israël, soutenant qu’il disposait d’une habilitation sécuritaire élevée et qu’il avait été invité à se présenter par un officier de division, à l’instar de milliers de réservistes arrivés spontanément après le 7 octobre et régularisés a posteriori. Il insiste également sur le fait que, dans plusieurs échanges incriminés, ce n’est pas lui qui aurait transmis des informations sensibles, mais ses interlocuteurs, eux-mêmes anciens membres d’unités hautement classifiées.

Le procès se déroule actuellement devant le tribunal de district de Beer-Sheva, sous la présidence de la juge Rachel Toren. À ce jour, onze audiences ont déjà eu lieu, au cours desquelles vingt-et-un témoins de l’accusation ont été entendus, allant du simple soldat jusqu’au grade de général. La longueur et la complexité de la procédure reflètent l’ampleur des enjeux, tant juridiques que sécuritaires.

La question de la détention provisoire a également évolué. Après plus de deux ans, et à la lumière d’une évaluation actualisée de la division de la sécurité de l’information de Tsahal indiquant une baisse du niveau de sensibilité des données concernées, le tribunal a accepté d’examiner des alternatives à la détention. Un rapport social a été ordonné afin de déterminer les conditions d’une éventuelle libération sous contrôle.

La famille de Shmuelovitz a réagi avec virulence à la publication de son nom. Dans un communiqué, elle affirme que « le ballon de l’espionnage a éclaté », accusant l’opinion publique et certains médias d’avoir transformé un « officier patriote et sioniste » en traître. Selon ses proches, l’acte d’accusation serait « disproportionné » et relèverait d’une forme d’application sélective de la loi. Ils rappellent son parcours militaire : service dans le bataillon de reconnaissance des parachutistes, puis comme officier du renseignement à Maglan, avant plusieurs années dans une unité classifiée au sein de l’armée régulière.

L’affaire Shmuelovitz met en lumière une tension fondamentale révélée par le 7 octobre : celle entre la nécessité d’une mobilisation massive et rapide face à une attaque sans précédent, et l’impératif absolu de protection des secrets militaires. Elle pose également la question du traitement judiciaire des actes commis dans un contexte de chaos extrême, lorsque les chaînes de commandement sont brouillées et que les procédures classiques vacillent.

Au-delà du sort personnel de l’accusé, cette affaire restera comme l’un des symboles des zones grises de la guerre : là où patriotisme, désorganisation, vulnérabilité psychologique et sécurité nationale s’entrechoquent. La justice israélienne devra désormais trancher, non seulement sur des faits, mais sur la frontière délicate entre initiative individuelle et transgression fatale.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés

Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News

📢Voir nos formats & tarifs publicitaires📢