Le département américain de la Guerre – appellation officiellement adoptée en remplacement du département de la Défense à l’automne dernier – a publié ce week-end la Stratégie de défense nationale des États-Unis pour 2026 (National Defense Strategy). Il s’agit d’un document doctrinal central, qui fixe les lignes directrices de la politique sécuritaire et militaire du second mandat du président Donald Trump. Signée par le secrétaire à la Guerre Pete Hegseth, cette stratégie marque une rupture assumée avec l’approche des administrations précédentes et place Israël au rang de « modèle absolu de partenaire stratégique ».
Long de 34 pages, le document dresse un constat sans concession de la situation internationale héritée de la période précédant le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche en janvier 2025. L’environnement sécuritaire mondial y est décrit comme « l’un des plus dangereux de l’histoire américaine moderne », formulation interprétée à Washington comme une critique directe de l’administration Joe Biden et de sa vice-présidente Kamala Harris. Selon la nouvelle doctrine, les hésitations stratégiques et les contraintes imposées aux alliés auraient affaibli la crédibilité de la dissuasion américaine.
La stratégie repose sur un principe central, déjà bien connu de l’électorat trumpiste : « Peace Through Strength » – la paix par la force. Cette approche vise à restaurer la supériorité militaire américaine, tout en recentrant l’action des forces armées sur des intérêts jugés « directs, mesurables et vitaux » pour les États-Unis. Elle s’accompagne d’une exigence claire adressée aux alliés de Washington : prendre une part bien plus importante du fardeau sécuritaire, tant sur le plan financier qu’opérationnel.
Quatre axes majeurs structurent le document. Le premier concerne la défense du territoire américain, incluant non seulement les frontières continentales, mais aussi des actifs stratégiques comme le canal de Panama, la lutte contre les réseaux de narcotrafic, et la protection de territoires considérés comme essentiels à la sécurité nationale, à l’image du Groenland. Le second axe est la dissuasion face à la Chine, identifiée sans ambiguïté comme le principal rival stratégique des États-Unis dans la région indo-pacifique. Le troisième porte sur la redistribution du fardeau sécuritaire entre les alliés, et le quatrième sur la reconstruction de la base industrielle de défense américaine, jugée affaiblie après des décennies de dépendance aux chaînes d’approvisionnement mondialisées.
C’est dans ce cadre qu’Israël occupe une place singulière. Le document mentionne l’État hébreu à pas moins de dix reprises, un nombre inhabituellement élevé pour un pays allié. Israël y est explicitement qualifié de « Model Ally », une alliée exemplaire. Selon la stratégie, « au Moyen-Orient, Israël a démontré qu’il est à la fois capable et disposé à se défendre seul après les attaques barbares du 7 octobre », référence directe à l’attaque du Hamas contre le sud d’Israël. Le texte ajoute que « là où le gouvernement précédent a entravé l’action israélienne, la nouvelle administration voit une opportunité de renforcer encore davantage un partenaire qui partage nos intérêts stratégiques ».
Dans le chapitre consacré à l’Iran et au Moyen-Orient, le document insiste sur le fait qu’Israël a prouvé qu’il pouvait mener des opérations militaires d’envergure avec un soutien américain « critique mais limité ». Cette formulation n’est pas anodine : elle reflète la volonté de Washington de soutenir Israël sans se substituer à lui sur le terrain. « Israël est une alliée exemplaire, et nous avons désormais l’opportunité de l’autonomiser encore davantage afin qu’elle puisse défendre ses citoyens et promouvoir nos intérêts communs », précise la stratégie, tout en évoquant les Accords d’Abraham comme un socle stratégique à approfondir.
La stratégie fait également référence à la « guerre des douze jours » contre l’Iran, au cours de laquelle, selon le document, Israël aurait bénéficié d’un appui américain permettant d’atteindre des « succès opérationnels et stratégiques historiques ». Les actions israéliennes contre le Hezbollah, le Hamas et les Houthis y sont citées comme des exemples d’efficacité militaire régionale, en parallèle de l’opération américaine menée contre les Houthis au Yémen entre mars et mai de l’année précédente, connue sous le nom d’opération « Rough Rider » (Prash Kashuach).
Le document définit clairement la vision américaine pour le Moyen-Orient : encourager les partenaires régionaux à assumer la responsabilité première de la dissuasion et de la défense face à l’Iran et à ses alliés. Cela inclut un soutien renforcé aux capacités israéliennes, un approfondissement des relations avec les États du Golfe, et la possibilité d’une intégration stratégique accrue entre Israël et ces partenaires arabes, dans le prolongement des initiatives lancées lors du premier mandat de Trump.
Sur le plan budgétaire, la stratégie impose une exigence sans précédent aux alliés : porter les dépenses de défense à 5 % du PIB, dont 3,5 % consacrés directement aux forces armées et 1,5 % aux infrastructures et à la sécurité nationale au sens large. En Europe, les pays membres de l’OTAN sont appelés à assumer la responsabilité principale face à la Russie, y compris le soutien à l’Ukraine. En Asie de l’Est, la Corée du Sud est désignée comme chef de file face à la Corée du Nord.
La stratégie ne se limite pas à des principes abstraits. Elle met en avant plusieurs opérations militaires récentes présentées comme des réussites emblématiques de l’approche trumpienne. Parmi elles figurent l’opération « Midnight Hammer », visant les installations nucléaires iraniennes de Fordo, Natanz et Ispahan, l’opération « Absolute Resolve » ayant conduit à l’arrestation de Nicolás Maduro, et l’opération américaine au Yémen contre les Houthis.
Dans sa conclusion, le document revendique une philosophie de « réalisme dur » (Hardnosed Realism), opposée à ce qu’il qualifie d’« idéalisme utopique » des administrations précédentes. Sous le slogan « America First », l’armée américaine est décrite comme devant être à la fois le bouclier et l’épée du président : un instrument destiné à garantir une paix durable, mais pleinement prêt à remporter toute guerre si cela s’avère nécessaire.
Pour Israël, cette stratégie constitue un signal politique et stratégique majeur. Elle entérine une vision dans laquelle l’État hébreu n’est plus seulement un allié soutenu, mais un partenaire de référence, cité comme exemple à suivre. Dans un Moyen-Orient en recomposition, ce positionnement renforce la place d’Israël au cœur de l’architecture sécuritaire régionale voulue par Washington, tout en soulignant la nouvelle doctrine américaine : l’appui sans ambiguïté aux alliés capables d’agir par eux-mêmes.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés
Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News





