Pourquoi CNN se montre soudainement prudente avec l’Iran… après avoir relayé sans vérification les chiffres du Hamas à Gaza ?

Depuis plusieurs semaines, un contraste frappant s’impose dans la couverture médiatique internationale des crises au Moyen-Orient. Lorsqu’il s’agit de l’Iran, notamment depuis le déclenchement des manifestations massives et leur répression violente, CNN et d’autres grands médias occidentaux multiplient les précautions, parlent de « chiffres impossibles à vérifier », insistent sur l’absence de confirmation indépendante et évitent soigneusement d’annoncer des bilans précis. En revanche, lors de la guerre à Gaza, les mêmes médias ont largement relayé — parfois dès les premières heures — les chiffres fournis par le ministère de la Santé contrôlé par le Hamas, souvent sans contextualisation suffisante ni vérification indépendante réelle.

Cette différence de traitement interroge, choque une partie du public et pose une question centrale : pourquoi tant de prudence aujourd’hui, après tant de légèreté hier ?

La réponse officielle avancée par les rédactions repose sur l’argument de l’accessibilité à l’information. En Iran, l’accès au terrain est extrêmement restreint : coupures quasi totales d’Internet, intimidation systématique des journalistes, arrestations, absence d’observateurs internationaux indépendants. Dans ce contexte, les rédactions expliquent qu’il leur est impossible de vérifier les chiffres de victimes, qu’ils proviennent du régime iranien ou d’organisations de défense des droits humains.

Mais cet argument, s’il est techniquement recevable, ne résiste pas totalement à l’examen comparatif. Gaza est elle aussi un territoire fermé, contrôlé par une organisation terroriste, sans presse libre, sans accès indépendant aux hôpitaux, aux morgues ou aux registres civils. Pourtant, les chiffres publiés par le Hamas y ont été repris de manière quasi automatique, parfois présentés comme des faits établis avant même toute tentative de corroboration.

La différence réelle ne tient donc pas seulement à l’accès à l’information, mais à la perception politique et morale des sources. Dans le cas de Gaza, une forme de normalisation s’est installée au fil des années : le ministère de la Santé du Hamas est présenté comme une « autorité technique », malgré son intégration totale dans l’appareil du Hamas. Cette fiction journalistique a permis aux médias de continuer à produire des chiffres rapides, au prix d’une dépendance dangereuse à une source ouvertement partisane.

À l’inverse, le régime iranien est perçu comme un acteur hostile sans aucune crédibilité, ce qui pousse les rédactions à redoubler de prudence. Cette prudence, pourtant légitime, révèle a posteriori l’incohérence du traitement réservé à Gaza. Elle agit comme un aveu implicite : les standards appliqués n’étaient pas les mêmes.

Ce double standard a des conséquences lourdes. Les chiffres de Gaza, relayés sans vérification rigoureuse, ont façonné l’opinion publique mondiale, nourri des campagnes politiques, influencé des votes dans des institutions internationales et alimenté une pression diplomatique massive. Aujourd’hui encore, ils continuent d’être cités comme des vérités incontestées, malgré les questions persistantes sur leur fiabilité.

Dans le cas iranien, à l’inverse, l’absence de chiffres « validés » permet au régime de gagner du temps, de brouiller les responsabilités et de minimiser la perception internationale de l’ampleur de la répression. La prudence médiatique, ici, devient paradoxalement un avantage pour le pouvoir en place.

Le problème n’est donc pas que CNN soit prudente avec l’Iran. Le problème est qu’elle ne l’a pas été avec Gaza. Le journalisme responsable exige des standards constants, indépendants du narratif dominant ou de la sympathie idéologique pour l’un ou l’autre camp. Lorsqu’un média applique des règles différentes selon le contexte politique, il affaiblit sa crédibilité globale.

Ce contraste nourrit aujourd’hui une méfiance croissante du public envers les grands médias internationaux. De plus en plus de lecteurs et de téléspectateurs ne voient plus une presse arbitre, mais une presse qui sélectionne quand douter et quand croire, non pas en fonction des faits, mais de l’histoire qu’elle est prête à raconter.

À long terme, cette perte de confiance est peut-être le coût le plus élevé de cette couverture à géométrie variable. Car lorsqu’une crise éclate réellement, lorsque les chiffres importent vraiment, plus personne ne sait à qui se fier.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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