L’Iran prépare un Internet à la nord-coréenne : Kayhan accuse le Mossad et la CIA d’avoir provoqué des milliers de morts

La dérive idéologique du régime iranien franchit un nouveau seuil. Le quotidien Kayhan, considéré depuis des années comme l’organe officieux et la voix directe du Guide suprême Ali Khamenei, a publié une affirmation qui, par son cynisme et son audace, illustre l’état de panique et de radicalisation du pouvoir à Téhéran. Selon le journal, la mort de 2 427 « martyrs » lors des récentes émeutes en Iran serait la conséquence directe d’une prétendue capitulation du régime face à « l’armée cybernétique du Mossad et de la CIA ».

Dans la logique développée par Kayhan, ces morts ne seraient ni le résultat de la répression brutale des forces de sécurité, ni celui des exécutions, des tirs à balles réelles ou des arrestations massives, mais une conséquence indirecte d’une guerre de l’information menée par les services de renseignement israéliens et américains. Le journal affirme que si l’Iran avait instauré depuis longtemps un « réseau national d’information » — autrement dit un Internet interne totalement déconnecté du réseau mondial — les événements n’auraient tout simplement jamais eu lieu.

Ce raisonnement révèle une inversion totale de la réalité. Les victimes deviennent la preuve d’un complot extérieur, et les bourreaux disparaissent du récit. Dans l’univers narratif de Kayhan, la colère populaire, la misère économique, la corruption endémique et l’oppression sociale n’existent pas. Tout serait le produit d’une manipulation numérique orchestrée depuis l’étranger, à travers les réseaux sociaux.

Le journal va plus loin encore en qualifiant les manifestants de « terroristes » formés dans ce qu’il appelle les « camps Telegram et Instagram ». Selon cette thèse, les réseaux sociaux ne seraient pas des outils de communication, mais de véritables centres d’entraînement virtuels où les opposants auraient appris à « tuer, incendier et mener des attaques ». Kayhan affirme même que « l’ennemi » gère une « salle d’opérations » directement depuis les plateformes sociales, transformant chaque smartphone en arme de subversion.

Cette rhétorique n’est pas nouvelle, mais elle franchit désormais un cap stratégique. Pour la première fois de manière aussi explicite, un organe central du régime iranien prépare l’opinion publique à l’idée d’un Internet fermé, strictement contrôlé par l’État, sur le modèle de la Corée du Nord. Le « réseau national d’information », présenté depuis des années comme un projet technique de souveraineté numérique, apparaît désormais comme un outil de contrôle total de la population.

Derrière ce discours se cache une peur profonde : celle de perdre définitivement le contrôle du récit. Les manifestations iraniennes ont montré que, malgré la censure, les coupures temporaires d’Internet et la propagande officielle, les images, les témoignages et les chiffres ont continué à circuler. Les réseaux sociaux ont permis de documenter la répression, de coordonner les protestations et de briser l’isolement imposé par le régime. Pour les mollahs, cette circulation incontrôlée de l’information constitue une menace existentielle.

En accusant le Mossad et la CIA, Kayhan ne cherche pas seulement à désigner des ennemis extérieurs familiers. Il tente surtout de légitimer à l’avance une décision radicale : priver 90 millions d’Iraniens d’un accès libre au monde. En transformant Internet en champ de bataille militaire, le régime justifie sa militarisation de l’espace numérique et prépare le terrain à une répression encore plus sévère, cette fois invisible.

Ce discours permet également de déresponsabiliser totalement les autorités iraniennes face au nombre de morts. En parlant de « martyrs », Kayhan s’approprie cyniquement le vocabulaire du sacrifice, tout en rejetant la faute sur des forces étrangères. Les victimes ne sont plus des citoyens tués par leur propre régime, mais des dommages collatéraux d’une guerre imaginaire menée depuis l’étranger.

La comparaison avec la Corée du Nord n’est plus implicite. Elle devient un horizon assumé. Un Internet fermé, filtré, nationalisé, où chaque information serait validée par l’État, correspond parfaitement à la vision d’un régime qui ne survit que par le contrôle et la peur. Mais cette stratégie comporte un risque majeur : elle pourrait accélérer encore davantage la rupture entre le pouvoir et la société iranienne, déjà profonde et explosive.

 

En réalité, l’obsession du régime pour Telegram, Instagram ou X n’est qu’un aveu de faiblesse. Un pouvoir sûr de sa légitimité n’a pas besoin de couper Internet pour survivre. En accusant des applications et des services de renseignement étrangers, Kayhan reconnaît implicitement que le danger principal ne vient pas de l’extérieur, mais de l’intérieur : d’un peuple qui ne croit plus à la propagande et qui refuse le silence.

L’Iran entre ainsi dans une nouvelle phase, où la censure numérique devient un pilier central de la survie du régime. Mais l’histoire récente montre que même les murs numériques les plus étanches finissent par se fissurer. Et plus un pouvoir tente d’éteindre la vérité, plus il révèle sa peur qu’elle soit entendue.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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