Le Mossad soutient la peine de mort pour les terroristes : un basculement stratégique assumé

Pour la première fois de manière aussi explicite, le Mossad a exprimé son soutien de principe à l’instauration de la peine de mort pour les terroristes. Cette position, révélée par Amir Tsarfati et rapportée à l’issue d’un débat tenu à huis clos au sein de la commission de la Sécurité nationale de la Knesset, marque un tournant profond dans la doctrine sécuritaire israélienne. Selon les propos tenus par des représentants du service de renseignement extérieur, « dans l’ensemble des considérations et dans une vision large, nous soutenons le projet de loi de manière principielle », tout en demandant que le tribunal conserve une marge d’appréciation pour s’en écarter dans des cas exceptionnels.

Cette déclaration n’est pas anodine. Le Mossad, institution historiquement prudente dans ses prises de position publiques, ne s’exprime presque jamais sur des questions législatives internes, et encore moins sur des sujets aussi sensibles que la peine capitale. Son intervention dans ce débat témoigne d’un changement de paradigme imposé par la réalité sécuritaire d’Israël depuis le 7 octobre, date à laquelle l’illusion de la dissuasion classique s’est brutalement effondrée.

Le projet de loi discuté au sein de la commission de la Sécurité nationale, présidée par le député Tzvika Fogel, vise à permettre aux tribunaux israéliens de prononcer la peine de mort à l’encontre de terroristes reconnus coupables d’assassinats à caractère terroriste, en particulier lorsque ceux-ci ont été commis avec une intention génocidaire ou une cruauté extrême. Jusqu’à présent, Israël disposait théoriquement de cette possibilité dans des cas très limités, mais elle n’a été appliquée qu’une seule fois dans l’histoire du pays, à l’encontre du criminel nazi Adolf Eichmann.

Ce qui distingue la position actuelle du Mossad, c’est qu’elle ne repose pas sur une logique émotionnelle ou vindicative, mais sur une analyse froide de l’efficacité dissuasive. Selon les représentants du service, le système actuel produit un effet pervers : les terroristes savent que, même condamnés à de multiples peines de prison à perpétuité, ils restent des « actifs » vivants pour les organisations terroristes. Ils deviennent des monnaies d’échange, des héros glorifiés, et des leviers stratégiques dans les négociations futures. L’exemple de libérations massives de terroristes condamnés pour meurtre, parfois récidivistes, hante encore les cercles sécuritaires israéliens.

Dans cette perspective, la peine de mort n’est pas présentée comme une punition symbolique, mais comme un outil destiné à rompre ce cycle. Supprimer définitivement la possibilité de chantage, de négociation ou de glorification postérieure constitue, selon cette analyse, un élément central de la dissuasion moderne face à des organisations jihadistes qui ne craignent ni la prison ni la mort, mais exploitent la survie de leurs membres comme une arme stratégique.

La prudence exprimée par le Mossad quant au maintien d’un pouvoir discrétionnaire du tribunal est également révélatrice. Elle vise à préserver l’indépendance judiciaire et à éviter toute automaticité qui transformerait la loi en instrument politique. Cette nuance est essentielle pour répondre aux critiques internes et internationales, qui dénoncent régulièrement toute tentative d’instauration de la peine capitale comme une atteinte aux normes démocratiques. Le message du Mossad est clair : il ne s’agit pas d’une vengeance d’État, mais d’un mécanisme exceptionnel, encadré, soumis à une appréciation judiciaire rigoureuse.

Ce soutien intervient dans un contexte où la société israélienne est profondément marquée par l’ampleur et la barbarie des crimes terroristes récents. Les images, les témoignages et les preuves accumulées ont fissuré des tabous anciens. Une part croissante de l’opinion publique estime que maintenir en vie des auteurs de massacres de civils, parfois responsables de scènes de torture et de viols, constitue une injustice morale et un danger sécuritaire.

Sur le plan international, cette prise de position risque de provoquer de vives réactions. Israël sait d’avance qu’il sera confronté à des accusations de « dérive autoritaire » ou de « violation des droits de l’homme », souvent formulées par des acteurs qui, paradoxalement, minimisent ou relativisent le terrorisme subi par les civils israéliens. Le soutien du Mossad fournit néanmoins une couverture stratégique et morale forte au gouvernement et aux parlementaires favorables à la réforme : il ancre le débat dans la réalité sécuritaire plutôt que dans le registre idéologique.

En soutenant ce projet de loi, même de façon conditionnelle, le Mossad envoie un signal sans équivoque : l’État d’Israël n’entend plus fonctionner selon des règles que ses ennemis exploitent systématiquement contre lui. Il s’agit moins d’un changement juridique que d’un changement de posture existentielle. Dans un environnement où le terrorisme revendique l’anéantissement, la clémence automatique devient un luxe que la sécurité nationale ne peut plus se permettre.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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