Les détails qui émergent aujourd’hui de l’opération ayant permis de retrouver le corps de Ran Gvili donnent la mesure du prix humain, militaire et moral qu’Israël est prêt à payer pour respecter un principe non négociable : ne laisser aucun soldat derrière. Derrière l’annonce officielle et l’émotion nationale, les chiffres et les décisions opérationnelles racontent une histoire d’une intensité rare, à la frontière entre le cauchemar logistique et l’obligation morale absolue.
Au total, près de 700 corps ont été sortis de leurs tombes, et environ 250 dépouilles ont été minutieusement examinées, avant que Ran Gvili ne soit finalement identifié. Son corps a été retrouvé enveloppé dans un sac mortuaire standard de l’hôpital Shifa, vêtu d’un uniforme de police, chaussé de bottes de police, et portant une ceinture réglementaire de police. Ces éléments, précis et vérifiés, ont permis de confirmer son identité au terme d’un processus long, éprouvant et extrêmement sensible.
L’opération ne s’est pas improvisée. Elle est le résultat de décisions prises plusieurs mois en amont, sans même que les forces sur le terrain ne sachent encore que Ran Gvili se trouvait dans cette zone précise. Il y a environ trois mois, des combattants ont sollicité le commandant du Commandement Sud de Tsahal pour élargir le “ligne jaune”, c’est-à-dire le périmètre opérationnel autorisé, afin qu’il englobe également un cimetière musulman situé dans la zone. La justification avancée à l’époque était strictement sécuritaire : le site constituait un danger opérationnel majeur, offrant des zones dissimulées, hors du champ de vision des soldats, et susceptibles d’abriter des infrastructures ennemies.
Le commandant a validé cette demande, et la ligne jaune a été déplacée. Cette décision, qui semblait alors purement tactique, s’est révélée rétrospectivement déterminante. Les forces de Tsahal ont pu opérer à l’intérieur même du cimetière, ainsi que dans une maison adjacente appartenant à un haut responsable du Hamas, Izz ad-Din al-Haddad, sans savoir que Ran Gvili y avait été enterré. Durant ces opérations, un tunnel souterrain situé sous le cimetière a été localisé puis détruit, confirmant a posteriori que la zone constituait bien un nœud stratégique du dispositif du Hamas.
Lorsque les premiers renseignements faisant état d’une possible présence de Gvili dans ce secteur sont parvenus aux services compétents, ils ont été classés comme étant de faible probabilité. D’autres pistes existaient, jugées plus crédibles à ce stade, et l’information n’a pas immédiatement déclenché d’action. Ce n’est que récemment, après l’élimination méthodique de plusieurs hypothèses concurrentes et l’arrivée de renforts de renseignement convergents, que la probabilité a franchi le seuil critique de 50 %. À partir de ce moment-là, la logique opérationnelle a changé.
S’en est suivi un processus de coordination complexe, impliquant plusieurs échelons militaires et sécuritaires, avant que l’autorisation finale de lancer l’opération ne soit accordée. Le fait que le terrain ait déjà été sécurisé, nettoyé et intégré au périmètre opérationnel a joué un rôle clé. Sans l’élargissement préalable de la ligne jaune, toute action dans ce cimetière aurait été beaucoup plus risquée, voire impossible dans l’immédiat. Il aurait fallu attendre une opportunité créée par le Hamas lui-même, avec tous les dangers que cela aurait impliqués pour les forces israéliennes.
La phase finale de l’opération a été d’une intensité exceptionnelle. Extraire des centaines de corps, les examiner un à un, dans un environnement hostile, chargé symboliquement et émotionnellement, relève d’un travail éprouvant, tant physiquement que psychologiquement. Les soldats engagés n’étaient pas seulement confrontés à un défi sécuritaire, mais à une épreuve morale extrême, au contact direct de la mort de masse et des crimes commis par le Hamas.
La découverte du corps de Ran Gvili, dans un sac mortuaire de Shifa, vêtu comme un policier, soulève également des questions lourdes sur l’utilisation cynique des infrastructures civiles et médicales par le Hamas. Elle confirme une fois de plus l’enchevêtrement délibéré entre combattants, civils, hôpitaux et lieux de sépulture, conçu pour compliquer toute action israélienne et maximiser la pression internationale.
Cette opération illustre une réalité souvent mal comprise à l’étranger : ramener un soldat israélien, même après sa mort, n’est jamais un acte symbolique. C’est une mission opérationnelle à part entière, impliquant des risques réels, des ressources considérables et une détermination qui ne faiblit pas avec le temps. Le fait que Tsahal ait pu agir avec une telle liberté dans cette zone tient autant à la préparation minutieuse qu’à des décisions prises bien avant que le renseignement ne soit jugé fiable.
Au-delà des chiffres – 700 corps, 250 examinés – c’est le sens de cette opération qui marque durablement. Israël a démontré, une fois encore, que le temps ne joue pas en faveur de l’oubli. Même lorsque l’information est partielle, incertaine, même lorsque les chances semblent faibles, l’engagement demeure. Ran Gvili n’a pas été retrouvé par hasard. Il a été ramené parce qu’un principe a été appliqué jusqu’au bout, sans compromis.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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