Quand la Shoah est retournée contre les Juifs : Simon Sebag Montefiore alerte sur une dérive mortelle pour l’Occident

Dans un discours prononcé devant le Holocaust Education Trust, l’historien Simon Sebag Montefiore a lancé un avertissement sévère : la puissance morale de la Shoah, conçue comme un rempart contre la barbarie et l’antisémitisme, est aujourd’hui détournée et inversée au point de devenir une arme dirigée contre les Juifs eux-mêmes. Cette manipulation n’est pas marginale ; elle structure désormais une partie du langage des droits de l’homme, des institutions internationales et du militantisme occidental, avec des conséquences graves pour les sociétés démocratiques.

Montefiore explique que l’« inversion de la Shoah » a déjà profondément endommagé le vocabulaire et l’architecture morale du droit international. Lorsque tout est qualifié de génocide, lorsque les références à Auschwitz sont banalisées ou retournées pour accuser Israël, le sens même des mots s’effondre. Comment, dès lors, nommer les crimes historiques réels : l’extermination des Herero, le génocide arménien, la Shoah elle-même, la Bosnie, le Rwanda ou le Darfour ? Cette inflation n’est pas, selon lui, motivée par la mémoire des victimes passées, mais par une idéologie dont l’objectif central est de condamner l’Occident et de fragiliser ses fondements moraux.

Les événements récents en Iran illustrent cette faillite avec une clarté brutale. Lors d’une session du Conseil de sécurité de l’ONU, la dissidente iranienne Masih Alinejad, survivante de plusieurs tentatives d’assassinat attribuées au régime iranien, a publiquement interpellé le secrétaire général António Guterres pour son silence face au massacre de manifestants en Iran. Elle a dénoncé l’inaction de l’ONU, affirmant que ce mutisme envoyait un message clair aux bourreaux : celui de l’impunité. Elle a surtout posé une question dérangeante : où sont passés les militants de gauche, les activistes « pro-palestiniens » et « anti-guerre » lorsque la République islamique tue des Iraniens innocents ?

Cette interrogation est reprise par l’universitaire iranien Arash Azizi, enseignant à Yale et marxiste revendiqué, qui constate l’aveuglement d’une partie de la gauche occidentale. En théorie, ces mouvements devraient comprendre une révolte populaire contre un régime brutal ; en pratique, ils restent silencieux. Pour Montefiore, ce silence révèle un cynisme profond : ces causes ne défendent pas universellement les opprimés, mais priorisent celles qui permettent d’accuser l’Occident ou Israël. Les Iraniens, par leur courage, exposent ainsi la nature réelle de ce mouvement et son hypocrisie morale.

Quatre-vingts ans après Auschwitz, cette situation rend la mission de l’éducation à la Shoah plus urgente que jamais. Montefiore rend hommage au travail du Holocaust Education Trust et à sa directrice Karen Pollock, soulignant que mal enseigner la Shoah est désormais presque aussi dangereux que l’oublier. L’illusion selon laquelle 1945 aurait marqué la fin de l’antisémitisme s’est dissipée. La Shoah n’était pas l’aboutissement final, mais un paroxysme dans une longue continuité : des Croisades aux accusations de meurtre rituel, des massacres cosaques de Khmelnytsky aux pogroms, de la guerre civile russe – qui fit environ 200 000 morts juifs – jusqu’au 7 octobre, aux meurtres de Yom Kippour à Manchester, à l’attaque de Bondi Beach en Australie, et peut-être à d’autres horreurs à venir.

Montefiore appelle également les responsables politiques à une clarté morale retrouvée. Le langage antiraciste reste indispensable, mais son usage mécanique l’a vidé de sa substance. Pire encore, il est devenu un bouclier rhétorique pour des idéologues qui l’utilisent comme une carte de sortie de prison morale. Dire « nous combattons le racisme » ne suffit plus : il faut préciser quel racisme, quelle haine, et surtout rejeter explicitement l’inversion de la Shoah, qui banalise le nazisme tout en diabolisant les Juifs.

Il exhorte les dirigeants à reprendre le contrôle d’institutions capturées par des idéologies imposant une conformité intellectuelle dangereuse. Enseigner à nouveau ce qu’a été la Shoah – et ce qu’elle n’a jamais été – est une nécessité vitale. L’antisémitisme se transforme ; les sociétés démocratiques doivent apprendre à le reconnaître sous ses nouvelles formes.

Enfin, Montefiore insiste sur un point trop souvent oublié : l’éducation juive ne doit pas se limiter à une litanie de persécutions. L’histoire juive est aussi une civilisation riche, créative et joyeuse : de la Judée et de Babylone antiques à l’Andalousie, de Constantinople à Bagdad, de Jérusalem à Alexandrie, des mondes du ladino et du yiddish aux communautés d’Israël, d’Europe et d’Amérique. Il y a à célébrer l’art, la culture, l’humour, la poésie juifs.

La Shoah, rappelle-t-il, a commencé par des mots : des mots qui ont permis la déshumanisation, puis les lois, les boycotts, les déportations et enfin le meurtre de masse. Aujourd’hui encore, les mots comptent. La manière dont l’Holocauste est enseigné, utilisé ou déformé est plus que jamais un test de civilisation. Défendre la vérité historique n’est pas un exercice académique : c’est une urgence morale et démocratique.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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