La prise de parole de Hagui Luber, père endeuillé depuis les événements du 7 octobre, a provoqué une onde de choc dans le débat public israélien. Dans un texte dur, sans détours, largement relayé sur les réseaux sociaux et dans la presse, Luber désigne explicitement Benjamin Netanyahou comme le principal responsable politique du pire massacre de civils juifs depuis la Shoah. Son propos ne relève ni du slogan ni de l’invective gratuite : il s’inscrit dans une réflexion profonde sur la notion de responsabilité du pouvoir, au cœur de la démocratie israélienne depuis le traumatisme national du 7 octobre.
Hagui Luber ne parle pas en observateur extérieur. Il parle en père endeuillé, en citoyen israélien, en homme qui a payé le prix ultime de l’échec sécuritaire. Justement pour cette raison, son discours se distingue par une volonté affichée d’honnêteté intellectuelle. Il ne cherche pas à exonérer un camp pour en accabler un autre. Au contraire, il pose un principe simple : un Premier ministre est responsable de tout. Des succès comme des échecs. Des victoires militaires comme des désastres stratégiques.
Dans son texte, Luber affirme que la future commission d’enquête officielle devra évidemment établir les responsabilités précises, déterminer les fautes individuelles et institutionnelles, et distinguer erreurs, négligences et choix politiques. Mais il insiste : avant même toute enquête, une vérité politique s’impose déjà. Le chef du gouvernement est responsable du cadre général, des décisions structurantes, des priorités stratégiques, et donc aussi des conditions qui ont rendu possible l’attaque du Hamas et l’enlèvement de civils et de soldats.
Son raisonnement se veut symétrique et, selon lui, profondément juste. Il rejette ce qu’il considère comme une distorsion morale du débat : l’idée selon laquelle le Premier ministre pourrait être crédité des succès militaires et diplomatiques, tout en étant exonéré des échecs majeurs. Pour Luber, cette séparation est une négation même de la responsabilité politique. Si Netanyahou est félicité pour les opérations réussies, pour les alliances internationales, pour les coups portés à l’ennemi, alors il doit aussi assumer la responsabilité du plus grand effondrement sécuritaire de l’histoire du pays.
Ce point est central dans son accusation. Luber s’adresse autant aux détracteurs qu’aux partisans du Premier ministre. Aux opposants, il reproche une autre forme de malhonnêteté : celle qui consiste à attribuer les réussites uniquement à l’armée, aux services de sécurité ou aux alliés étrangers, en niant le rôle du leadership politique. À ses yeux, cela relève de la même logique de déresponsabilisation que celle qu’il dénonce chez les soutiens inconditionnels de Netanyahou.
À l’inverse, il appelle les électeurs de droite et les sympathisants du Premier ministre à une introspection douloureuse mais nécessaire. Selon lui, il est intellectuellement et moralement incohérent de rejeter la faute du 7 octobre sur des facteurs extérieurs : les accords d’Oslo, la hiérarchie militaire, un prétendu embargo américain, ou encore des théories de conspiration évoquant des trahisons internes. Pour Luber, ces explications servent avant tout à éviter une vérité insupportable : l’échec du 7 octobre est un échec politique au sommet de l’État.
Son texte va plus loin qu’une simple accusation personnelle. Il pose une question fondamentale sur la culture politique israélienne. Pourquoi est-il si difficile, pour un dirigeant, de dire à la fois « j’ai réussi » et « j’ai échoué » ? Pourquoi l’aveu d’une erreur est-il perçu comme une faiblesse fatale plutôt que comme un acte de responsabilité ? Luber exprime l’espoir qu’aux prochaines élections, les citoyens puissent juger leurs dirigeants non pas sur des appartenances tribales ou des récits idéologiques figés, mais sur des résultats concrets, mesurables, assumés.
Dans ce cadre, le 7 octobre devient bien plus qu’une date tragique. Il devient un test moral pour la société israélienne. Un test de maturité démocratique. La question n’est pas seulement de savoir qui a fauté, mais si le système politique est capable d’assumer collectivement ses erreurs, sans les diluer ni les instrumentaliser.
Les propos de Luber s’inscrivent également dans un contexte de deuil national encore ouvert. Le retour des corps de certains otages, les funérailles tardives, la douleur persistante des familles endeuillées rendent toute tentative de minimisation politiquement explosive. Dans ce climat, sa voix résonne avec une force particulière : elle n’émane pas d’un opposant professionnel, mais d’un homme brisé qui refuse que la mémoire de son fils et des autres victimes soit noyée dans des récits d’évitement.
En filigrane, Luber rappelle une vérité simple et ancienne : la responsabilité politique n’est pas divisible. Elle ne se partage pas selon les sondages ou les intérêts électoraux. Elle est totale, ou elle n’est rien. Et c’est précisément cette exigence qu’il adresse aujourd’hui à la société israélienne, au-delà de toute affiliation partisane.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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