Silence la nuit, sous terre le jour : comment les hôpitaux israéliens se préparent à une éventuelle attaque iranienne

Alors que le calme apparent règne dans l’espace public israélien, sans sirènes ni nouvelles consignes pour la population, le système de santé israélien poursuit discrètement mais méthodiquement ses préparatifs face à un scénario de conflit majeur, incluant une possible confrontation avec l’Iran. Cette préparation se fait loin des caméras, souvent sous terre, et s’inscrit officiellement dans une logique de planification de long terme plutôt que de réaction à une menace immédiate.

Depuis plusieurs semaines, des mesures concrètes sont mises en œuvre dans plusieurs établissements hospitaliers du pays. À l’centre médical Rambam à Haïfa, le parking souterrain de niveau -3 est fermé chaque nuit entre 23h et 6h. Une décision qui peut surprendre, mais que la direction de l’hôpital qualifie de purement logistique et préventive. Aucune instruction spécifique n’a été transmise par le Commandement du front intérieur ou par un organisme sécuritaire, insistent les responsables.

Dans les faits, l’activité médicale n’est en rien perturbée : les services fonctionnent normalement, les opérations sont maintenues et les autres niveaux du parking restent accessibles aux patients comme aux visiteurs. Mais ce type de fermeture nocturne permet, en cas de besoin soudain, de transformer rapidement ces espaces en zones médicales protégées, comme cela a déjà été le cas lors de précédentes confrontations.

Une préparation nationale, silencieuse mais structurée

Cette logique n’est pas propre à Rambam. À Jérusalem, l’hôpital Shaare Zedek accélère actuellement la finalisation d’un complexe médical souterrain entièrement protégé, conçu pour fonctionner en situation de guerre. Ce futur hôpital d’urgence comptera environ 300 lits blindés, dont près de 70 en soins intensifs.

Là encore, la direction souligne que ce projet n’est pas lié à une alerte spécifique, mais s’inscrit dans une stratégie pluriannuelle visant à renforcer la résilience du système hospitalier israélien face à des menaces de grande ampleur, qu’elles soient balistiques, aériennes ou non conventionnelles.

Ces préparatifs ont été évoqués cette semaine lors d’une conférence de presse du ministère de la Santé israélien, qui a dressé un bilan de près de deux années de fonctionnement du système de santé en contexte de guerre, tout en se projetant vers l’avenir – y compris l’hypothèse d’une confrontation régionale élargie impliquant l’Iran.

Des scénarios répétés, des procédures affinées

Selon le ministère, les hôpitaux israéliens continuent de s’entraîner régulièrement à des scénarios complexes :
– évacuation de patients vers d’autres établissements,
– sorties anticipées de malades stables afin de libérer des lits,
– transfert d’unités entières vers des structures souterraines protégées,
– intégration de patients issus d’hôpitaux psychiatriques non protégés dans des services sécurisés d’hôpitaux généraux.

Ces exercices ne sont pas théoriques. En 2026, environ 140 exercices de préparation sont programmés à l’échelle nationale. Ils visent à tester non seulement les capacités médicales, mais aussi la coordination logistique, la gestion de masse de blessés et la continuité des soins en conditions extrêmes.

Des investissements lourds et ciblés

Ces dernières années, 3 642 lits hospitaliers protégés supplémentaires ont été ajoutés à travers le pays. Une partie de cette stratégie repose sur la conversion de parkings souterrains existants en infrastructures médicales temporaires, capables d’être activées en quelques heures.

Parallèlement, le système de santé s’est doté de 1 800 générateurs électriques destinés à garantir l’autonomie énergétique des hôpitaux en cas de coupure prolongée du réseau, un scénario jugé plausible dans un conflit impliquant des frappes à longue portée.

Lors de l’opération militaire précédente, baptisée « Avec la force du lion », le ministère de la Santé avait déjà veillé à ce que la majorité des patients soient déplacés vers des zones protégées, réduisant l’exposition des populations vulnérables aux risques balistiques.

Pas de bascule en mode urgence… pour l’instant

Malgré le contexte régional tendu et les multiples analyses évoquant une possible escalade avec l’Iran, les autorités sanitaires israéliennes tiennent à marteler un message clair : aucun passage en régime d’urgence n’a été décrété. Un document de “rafraîchissement des procédures” a bien été transmis aux établissements en début d’année, mais il visait uniquement à maintenir un haut niveau de préparation, sans modifier la routine médicale quotidienne.

En résumé, le système de santé israélien se prépare sans affoler, anticipe sans annoncer, et renforce ses fondations sans perturber la vie civile. Cette approche, discrète mais massive, reflète une doctrine bien ancrée : en Israël, la résilience se construit longtemps avant que la première sirène ne retentisse.

Une stratégie du silence maîtrisé

Dans un Moyen-Orient où la rhétorique militaire est souvent bruyante, le contraste est frappant. Les hôpitaux israéliens se préparent en silence, la nuit, sous terre, loin des discours. Non par panique, mais par expérience. L’histoire récente a montré que lorsque la menace devient concrète, il est déjà trop tard pour improviser.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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