Un agent du Mossad révèle : comment Israël a agi au cœur de l’Iran pour neutraliser des missiles balistiques

Pour la première fois depuis l’opération « Avec la force du lion », la voix d’un agent du Mossad ayant opéré sur le sol iranien a été rendue publique. Dans un témoignage exceptionnel diffusé dans l’émission d’investigation israélienne Uvda sur Keshet 12, un agent d’origine iranienne, identifié sous le prénom d’Arach, raconte de l’intérieur une mission clandestine menée au cœur de l’Iran, visant à empêcher le lancement imminent de missiles balistiques en direction d’Israël. Son récit lève le voile sur une opération d’une audace extrême, mais met aussi en lumière les limites stratégiques rencontrées par Israël face au programme nucléaire iranien, notamment concernant le site souterrain de Fordo.

Selon son témoignage, Arach faisait partie d’une cellule opérationnelle du Mossad déployée en Iran durant la nuit critique de juin 2025, quelques heures avant le déclenchement officiel de la campagne militaire. « Nous étions les yeux du Mossad sur le terrain », explique-t-il. La mission était précise, méthodique et silencieuse : atteindre une position prédéterminée, assembler des équipements spécifiques sans attirer l’attention, puis attendre l’ordre final.

Le groupe opérait depuis un appartement clandestin, dissimulé derrière une couverture civile complète. Les agents circulaient dans des véhicules banalisés, au plus près de systèmes d’armement iraniens. « Nous étions littéralement à côté d’un lanceur et de missiles. Personne ne devait nous repérer », raconte Arach. L’un des moments les plus éprouvants fut l’attente. L’ordre de déclenchement a été retardé de plus de deux heures. « C’était la partie la plus difficile. Chaque bruit semblait annoncer la fin », confie-t-il.

Peu avant trois heures du matin, le signal tant attendu est enfin arrivé. Grâce à une caméra installée directement sur le missile, Arach a pu observer la cible en temps réel. « C’était un lanceur prêt à tirer des missiles balistiques vers Israël. Nous l’avons détruit », affirme-t-il. Selon les informations présentées dans le reportage, cette action a permis de neutraliser une menace immédiate, susceptible d’entraîner une escalade régionale majeure.

Le portrait dressé dans l’émission dépasse toutefois le simple cadre opérationnel. Arach raconte son parcours personnel : né et élevé en Iran, ancien soldat et étudiant universitaire, il dit porter en lui une blessure profonde liée à la brutalité du régime. Il évoque un épisode marquant de son enfance, lorsque sa sœur a été arrêtée et battue pour avoir retiré son hijab. « Ce jour-là, quelque chose s’est brisé en moi », explique-t-il.

À l’âge de 30 ans, il prend une décision radicale : entrer en contact de sa propre initiative avec le Mossad via Internet. « Cela a changé toute ma vie », dit-il aujourd’hui. Il insiste sur un point central de son engagement : « Je n’ai pas trahi mon pays. J’ai trahi le régime. Israël est l’ennemi de mon ennemi. » Cette phrase résume la complexité morale et politique de son choix, tel qu’il le perçoit.

Les premières opérations de cette nuit de juin 2025 sont présentées comme un succès majeur : élimination de responsables de haut rang, atteintes ciblées contre des scientifiques impliqués dans le programme militaire et destruction de systèmes de défense aérienne iraniens. Cependant, au fil des révélations, un constat s’impose : un objectif stratégique central est resté intact. Le site d’enrichissement nucléaire de Fordo, creusé profondément dans la montagne et considéré comme le cœur du programme nucléaire iranien, n’a pas été détruit.

Udi Levi, ancien directeur adjoint du Mossad, reconnaît dans le reportage avoir pensé que le dossier Fordo était « réglé » au moment de l’entrée en action d’Israël. Les faits ont démontré le contraire. Les échanges internes, les conversations téléphoniques tendues avec les Américains et les plans élaborés au fil des années montrent combien ce site représentait – et représente encore – un défi opérationnel majeur.

Le reportage revient également sur des projets antérieurs, dont une opération ambitieuse initiée sous la direction de l’ancien chef du Mossad Tamir Pardo. Selon Yossi Cohen, qui lui a succédé, le Premier ministre Benjamin Netanyahou avait alors accueilli ce plan avec enthousiasme. Toutefois, après plusieurs années d’investissement, le projet est gelé début 2016, jugé irréalisable. Il sera relancé plus tard, sous la direction de Dadi Barnea, avant d’être à nouveau freiné par les événements du 7 octobre.

Dans une réaction officielle, le bureau du Premier ministre a rejeté certaines affirmations du reportage, soulignant que Netanyahou avait piloté la préparation de multiples scénarios visant l’ensemble des composantes du programme nucléaire iranien. Concernant Fordo, il est affirmé que des plans ont été développés au fil des années, mais que certaines options n’ont pas pu être mises en œuvre en raison de contraintes opérationnelles majeures. Selon cette version, une coopération stratégique renforcée entre Israël et les États-Unis aurait néanmoins permis d’infliger des dommages significatifs au site.

Au-delà des débats internes, le témoignage d’Arach met en lumière la dimension humaine et clandestine de la confrontation entre Israël et l’Iran. Il révèle une réalité faite de décisions individuelles, de risques extrêmes et de dilemmes moraux, au cœur d’un affrontement stratégique qui dépasse largement le champ de bataille visible. Si la destruction d’un lanceur de missiles a empêché une attaque immédiate, le dossier nucléaire iranien, et en particulier le site de Fordo, demeure une question ouverte, au centre des préoccupations sécuritaires israéliennes.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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