La tension autour de l’Iran entre dans une phase particulièrement sensible, et en Israël, l’atmosphère est à la vigilance accrue. À Jérusalem, on observe avec attention les mouvements de Washington, partenaire stratégique indispensable, mais dont la conduite actuelle laisse apparaître des zones d’ombre préoccupantes. Il n’est pas question, côté israélien, de parler de rupture avec les États-Unis, ni même de crise ouverte. Le terme qui revient dans les cercles sécuritaires est plutôt celui de fossés : fossé d’information, fossé dans l’évaluation des intentions américaines, et surtout fossé dans la capacité d’Israël à influencer en temps réel des décisions qui pourraient, dans les semaines à venir, redessiner l’équilibre régional.
Selon l’évaluation dominante au sein de l’appareil sécuritaire israélien, une action militaire américaine contre l’Iran n’est pas imminente. Le scénario évoqué n’est pas celui de jours, mais bien de semaines. Toutefois, cette relative marge temporelle ne rassure qu’en apparence. Si une décision devait être prise à Washington, l’alerte transmise à Israël pourrait être extrêmement courte. Or, se préparer à un affrontement régional ne se limite pas à la mise en alerte de l’armée de l’air ou des systèmes de défense antimissile : cela implique aussi la préparation du front intérieur, la coordination diplomatique avec d’autres acteurs régionaux et internationaux, et une mobilisation politique large. Lorsque des éléments clés de l’information restent concentrés à Washington, Israël se voit contraint de combler seul les vides, parfois sur la base d’indices indirects et avec un niveau d’incertitude élevé.
Mais au-delà de la question d’une éventuelle frappe, c’est surtout l’avenir des négociations qui inquiète Jérusalem. La crainte israélienne ne porte pas sur la signature d’un accord en tant que telle, mais sur la possibilité d’un accord partiel : un compromis qui traiterait du dossier nucléaire iranien tout en laissant de côté le programme de missiles balistiques. Pour Israël, il s’agit là d’un point critique. Dans la réalité stratégique du Moyen-Orient, les missiles ne constituent pas un détail technique que l’on peut reporter à plus tard. Ils représentent l’arme immédiate, celle qui permet à l’Iran de transformer une capacité nucléaire potentielle en un parapluie stratégique opérationnel, même sans franchir le seuil nucléaire.
Selon des sources politiques israéliennes, il n’existe pratiquement aucune rencontre entre le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président américain Donald Trump où la question des missiles balistiques iraniens n’ait pas été soulevée. Jérusalem considère que dissocier le nucléaire des missiles revient à ignorer la réalité du terrain : un Iran doté de missiles toujours plus précis, plus nombreux et à plus longue portée demeure une menace stratégique majeure, même en l’absence d’arme nucléaire opérationnelle.
La position iranienne sur ce point est claire et assumée. Téhéran se dit prêt à discuter de ce qui sert ses intérêts immédiats : allègement des sanctions, mécanismes de contrôle ciblés, concessions économiques. Mais dès que la question des missiles est évoquée, le dialogue se ferme. Pour l’Iran, ce programme relève de la souveraineté nationale et constitue l’outil central permettant de compenser la supériorité aérienne des États-Unis et d’Israël. C’est aussi, et peut-être surtout, un moyen de poursuivre sa stratégie régionale par l’intermédiaire de ses alliés et proxys, sans entrer dans un affrontement direct.
Cette intransigeance place Washington face à un dilemme complexe : insister sur un accord global, au risque de voir les négociations s’effondrer, ou accepter une régulation limitée qui laisserait intactes les capacités balistiques iraniennes. Pour Israël, cette seconde option est particulièrement dangereuse. Elle offrirait à l’Iran un répit économique et politique tout en lui permettant de poursuivre, sans contrainte réelle, le développement de son arsenal.
À l’intérieur même de l’Iran, les tensions sont perceptibles. D’un côté, la ligne idéologique dure incarnée par le guide suprême Ali Khamenei, qui refuse toute apparence de capitulation face à la pression occidentale et privilégie une confrontation prolongée. De l’autre, des segments de l’élite politique et économique qui voient dans un apaisement partiel une chance de desserrer l’étau des sanctions et de calmer une société traversée par une agitation persistante. En pratique, toutefois, la décision finale reste concentrée entre les mains du guide suprême, et les signaux envoyés ces dernières semaines indiquent un maintien de lignes rouges strictes.
Le calendrier interne iranien renforce cette dynamique. À l’approche des jours du Fajr, période symbolique marquant l’anniversaire de la révolution islamique, le régime a tendance à resserrer les rangs, à afficher sa force et à projeter une image de stabilité et de défi. Dans ce contexte, toute concession majeure apparaît politiquement risquée pour le pouvoir.
Pour Israël, les implications sont lourdes. Une action militaire iranienne chercherait probablement à infliger des dégâts mesurés, tout en évitant une escalade incontrôlable. Mais un accord nucléaire amputé de la question des missiles pourrait s’avérer tout aussi périlleux : l’Iran continuerait à améliorer la portée, la précision et la quantité de ses missiles, tout en bénéficiant d’un allègement économique qui élargirait sa marge de manœuvre régionale. Même si la menace nucléaire était temporairement repoussée, la menace balistique, elle, continuerait de croître.
Ces dernières semaines, Israël concentre donc ses efforts sur une tentative d’influence accrue auprès des Américains, en mettant sur la table des renseignements actualisés concernant la reconstruction et l’expansion du dispositif balistique iranien. L’objectif est clair : faire comprendre que la question des missiles ne peut être traitée comme un dossier secondaire, mais doit constituer un élément central de toute décision américaine, qu’elle soit militaire ou diplomatique. Dans ce combat pour l’agenda stratégique, Jérusalem redoute qu’un compromis jugé « réaliste » aujourd’hui ne devienne, demain, une menace bien plus grave encore.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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