Au cœur de Téhéran, une nouvelle affiche est apparue ces derniers jours. Quelques mots, simples et lourds de sens :
« Il arrive », en référence explicite au Mahdi.
Pour beaucoup d’observateurs occidentaux, ce type de message relève du folklore religieux ou de la propagande intérieure sans conséquence stratégique réelle. C’est une erreur d’analyse profonde. Ce slogan n’est pas décoratif. Il est idéologique. Et surtout, il est structurant dans la manière dont le régime des ayatollahs pense, agit et accepte le coût de ses décisions.
L’un des angles morts majeurs des responsables politiques et des médias occidentaux réside précisément là : ils continuent d’analyser le régime iranien comme un acteur rationnel au sens classique — sensible aux sanctions, au bien-être économique, à la pression sociale ou au coût humain. Or, cette grille de lecture ne correspond pas à la réalité idéologique du pouvoir à Iran.
Le régime n’a jamais prétendu gouverner pour la prospérité. Il gouverne pour une mission. Une mission qu’il considère comme supérieure à toute considération matérielle, économique ou même humaine. Dans cette vision du monde, le sacrifice — y compris de centaines de milliers de vies iraniennes — n’est pas une tragédie politique, mais un prix acceptable, parfois même nécessaire.
Dans certaines interprétations idéologiques propres au régime, la venue du Mahdi n’est pas un événement passif, attendu dans la prière et la patience. Elle doit être préparée. Accélérée. Le chaos, la confrontation globale, l’embrasement régional sont perçus non comme des catastrophes à éviter, mais comme des catalyseurs possibles de l’accomplissement final.
C’est là que l’erreur occidentale devient dangereuse. Lorsque des dirigeants européens ou américains tentent de « dissuader » Téhéran en agitant la menace de pertes économiques, d’isolement international ou de souffrance sociale, ils parlent un langage que le régime ne reconnaît pas comme central. Le calcul coût-bénéfice, fondement de la diplomatie occidentale, n’est pas le moteur principal de la prise de décision iranienne.
Dans cette logique, une confrontation avec Israël n’est pas seulement un conflit géopolitique. Elle peut être perçue comme un élément du récit eschatologique. Une étape. Un déclencheur. Cela ne signifie pas que chaque décision iranienne est irrationnelle ou suicidaire, mais que le seuil d’acceptation du risque est radicalement différent de celui des démocraties occidentales.
C’est aussi pourquoi les notions de « lignes rouges », de « désescalade » ou de « compromis durable » sont souvent mal comprises à Téhéran. Ce qui, pour l’Occident, représente une crise à éviter à tout prix, peut être vu par certains cercles idéologiques du régime comme une opportunité historique.
L’affiche de Téhéran n’est donc pas un détail. Elle est un rappel visuel de la boussole idéologique du pouvoir. Elle dit aux fidèles que les souffrances actuelles ont un sens. Elle dit aux opposants que la mission prime sur l’individu. Et elle dit au monde que le régime ne raisonne pas selon les catégories politiques habituelles.
Tant que l’Occident refusera de prendre cette dimension messianique au sérieux — non pas comme une croyance abstraite, mais comme un facteur stratégique réel — il continuera à mal anticiper les choix de Téhéran. On ne dissuade pas un pouvoir qui croit servir une mission transcendante de la même manière qu’un État cherchant avant tout la stabilité et la croissance.
Comprendre cette idéologie ne signifie pas l’accepter. Mais refuser de la voir, c’est continuer à dialoguer avec une illusion — pendant que le régime, lui, agit selon une logique qu’il affiche désormais ouvertement sur ses murs.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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