Le ministre israélien de la Justice Yariv Levin a lancé une attaque frontale contre la Cour suprême d’Israël, l’accusant de provoquer une crise constitutionnelle sans précédent en outrepassant ses prérogatives démocratiques.
Selon Levin, certains juges de la Cour suprême se comportent depuis longtemps « comme s’ils étaient le gouvernement, la Knesset, et désormais même le peuple ». Une dérive qu’il qualifie de profondément antidémocratique. Il affirme que ces décisions sont prises sans la moindre base légale claire, en contradiction totale avec les principes fondamentaux de toute démocratie représentative.
Au cœur de la critique se trouve la question de la séparation des pouvoirs. Levin estime que la Cour suprême ne se contente plus de contrôler l’action du gouvernement, mais cherche à le remplacer, s’arrogeant un rôle politique direct qui ne lui a jamais été confié par les électeurs. En intervenant dans des décisions relevant du pouvoir exécutif, la Cour franchirait, selon lui, une ligne rouge institutionnelle.
Le ministre de la Justice insiste notamment sur un point précis : le pouvoir de nommer ou de révoquer des ministres appartient exclusivement au Premier ministre, et à lui seul. Toute tentative de la Cour suprême d’interférer dans ce domaine constituerait, selon Levin, une négation de la volonté populaire exprimée dans les urnes. « Celui qui limoge des ministres, c’est le Premier ministre, et lui seul », martèle-t-il.
Dans ce contexte, Yariv Levin appelle l’ensemble du gouvernement à faire bloc derrière le chef du gouvernement et à dire clairement « jusqu’ici, et pas plus loin ». À ses yeux, l’inaction ou l’ambiguïté face à ce qu’il décrit comme une usurpation de pouvoir judiciaire reviendrait à entériner une transformation silencieuse du régime politique israélien.
Cette déclaration s’inscrit dans un débat plus large et ancien en Israël sur l’équilibre des pouvoirs. Depuis des années, la Cour suprême est accusée par une partie de la classe politique de s’être progressivement arrogé des compétences normatives, en s’appuyant sur des principes généraux et des interprétations extensives, parfois au détriment du texte de la loi et de la souveraineté parlementaire.
Pour ses partisans, la Cour suprême demeure un rempart essentiel contre les abus de pouvoir et un garant des droits fondamentaux. Pour ses détracteurs, dont Yariv Levin est aujourd’hui l’un des porte-voix les plus déterminés, elle est devenue un acteur politique non élu, exerçant une influence décisive sans responsabilité démocratique.
La gravité des mots employés par le ministre de la Justice traduit l’ampleur de la fracture institutionnelle. Parler de « crise constitutionnelle » n’est pas anodin dans un pays sans constitution formelle, où l’équilibre repose sur des lois fondamentales, des usages et une confiance mutuelle entre les institutions. Lorsque cette confiance se rompt, c’est tout l’édifice qui vacille.
Au-delà du cas précis évoqué, l’intervention de Yariv Levin pose une question centrale : qui gouverne réellement Israël ? Les représentants élus par le peuple, ou une institution judiciaire qui, selon ses détracteurs, s’est progressivement érigée en arbitre suprême de la vie politique ?
Le débat est loin d’être clos. Mais une chose est certaine : la confrontation entre le pouvoir exécutif et la Cour suprême est entrée dans une phase ouverte, où chaque décision risque désormais d’avoir des répercussions bien au-delà du dossier qu’elle traite.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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