Le régime des ayatollahs ne cache plus sa stratégie. En exigeant que la reprise des négociations avec les États-Unis se fasse exactement là où elles s’étaient arrêtées en juin dernier, juste avant la guerre de douze jours, Iran tente d’imposer un cadre rigide, soigneusement verrouillé. Le déplacement des discussions vers Oman et l’insistance sur un format indirect, via médiateur, ne sont pas des détails diplomatiques : ils constituent le cœur d’une manœuvre politique assumée.
Le message iranien est clair. En revenant au point de rupture précédent le conflit, Téhéran cherche à effacer la guerre elle-même de l’équation diplomatique, comme si les événements militaires, les frappes, les provocations régionales et les démonstrations de force n’avaient jamais eu lieu. En parallèle, le régime martèle que les discussions ne porteront que sur le programme nucléaire, et sur rien d’autre. Ni les missiles balistiques, ni les milices régionales, ni les menaces maritimes, ni la déstabilisation du Moyen-Orient ne doivent, selon lui, entrer dans la conversation.
Le choix d’Oman n’est pas neutre. Le sultanat est historiquement utilisé comme canal discret entre Washington et Téhéran, notamment lors des négociations ayant précédé l’accord nucléaire de 2015. En refusant un cadre plus exposé et en écartant toute discussion directe, l’Iran tente de recréer un environnement contrôlé, dépolitisé en apparence, où il peut imposer sa narration sans être confronté à un front diplomatique élargi. Le médiateur devient alors un filtre, et non un facilitateur.
Cette stratégie repose sur une lecture très précise de la situation américaine actuelle. Le régime iranien est convaincu que l’administration de Donald Trump ne peut pas se permettre de quitter le Moyen-Orient sans issue claire : soit un accord, soit une action militaire décisive. À leurs yeux, l’option du statu quo est politiquement intenable pour Washington. Et c’est précisément cette contrainte qu’ils cherchent à exploiter.
D’un côté, Téhéran brandit la menace d’une guerre longue, coûteuse et régionale. Une confrontation qui ne se limiterait pas à l’Iran lui-même, mais impliquerait ses relais armés, ses capacités asymétriques et ses leviers indirects. De l’autre, il refuse catégoriquement d’élargir l’agenda des discussions, enfermant l’administration américaine dans une alternative binaire : accepter un accord nucléaire limité, ou assumer le risque d’un conflit majeur.
Cette tactique vise à créer un piège diplomatique. En refusant toute discussion sur les autres volets de la politique iranienne, le régime des ayatollahs cherche à sanctuariser le reste de son appareil de puissance. Le nucléaire devient alors un dossier isolé, presque technique, vidé de son contexte stratégique réel. Tout le reste — missiles, proxies, menaces contre Israël, pression sur les voies maritimes — est présenté comme hors sujet, voire illégitime à discuter.
Pour Israël et pour plusieurs acteurs régionaux, cette approche est profondément problématique. Elle reviendrait à traiter le symptôme sans toucher à la maladie. Le programme nucléaire iranien n’est pas un projet autonome ; il s’inscrit dans une doctrine globale de dissuasion, de chantage et d’expansion régionale. Le découpler artificiellement du reste, c’est accepter la logique iranienne selon laquelle l’Occident n’a pas le droit de remettre en cause l’architecture stratégique du régime.
La guerre de douze jours a pourtant modifié les paramètres. Elle a démontré que les lignes rouges peuvent être franchies, et que l’escalade n’est plus théorique. En cherchant à reprendre les discussions comme si rien ne s’était passé, Téhéran tente d’effacer cette réalité et de revenir à un modèle diplomatique qui lui a longtemps été favorable : négocier lentement, gagner du temps et préserver l’essentiel.
En définitive, la manœuvre iranienne est moins une recherche de compromis qu’un test de volonté. Le régime veut savoir si Washington est prêt à accepter un accord partiel, déconnecté des réalités régionales, pour éviter un conflit. Ou si, au contraire, les États-Unis refuseront ce cadrage étroit et imposeront une discussion plus large, au risque de l’affrontement.
Le choix ne concerne pas uniquement le nucléaire. Il engage la crédibilité américaine, la sécurité régionale et la capacité de l’Occident à ne plus se laisser enfermer dans des négociations conçues pour neutraliser toute pression réelle sur le régime iranien.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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