À l’issue de la visite du président turc Recep Tayyip Erdoğan en Arabie saoudite, un communiqué conjoint saoudo-turc a été publié. Le texte exprime une « profonde inquiétude » face à la situation humanitaire à Gaza, dénonce « l’agression israélienne », accuse Israël de bloquer l’aide humanitaire et appelle la communauté internationale à faire pression sur « l’occupation israélienne ». Le message est clair, martelé, sans nuance. Mais il est surtout frappant par ce qu’il ne dit pas.
Pas un mot sur Iran. Pas une ligne sur un régime qui, ces derniers mois, a réprimé brutalement sa propre population, exécuté des opposants, emprisonné des femmes, des étudiants, des minorités ethniques et religieuses. Pas une allusion aux dizaines de milliers de civils syriens victimes d’un conflit où l’Iran joue un rôle central, notamment via ses milices et ses alliés armés en Syrie. Ce silence n’est ni accidentel ni anodin. Il est politique.
Depuis des décennies, la cause palestinienne est instrumentalisée comme un outil rhétorique commode par certains dirigeants du monde arabe et musulman. Elle permet de détourner l’attention, de se donner une posture morale à faible coût et, surtout, d’éviter toute introspection sur leurs propres responsabilités, leurs propres violences et leurs propres échecs. Gaza devient un miroir déformant, utilisé non pour défendre sincèrement les civils palestiniens, mais pour attaquer Israël et masquer d’autres crimes bien plus proches.
L’indignation est d’autant plus frappante qu’elle est strictement unidirectionnelle. Les mêmes dirigeants qui dénoncent Israël à chaque communiqué officiel ne prononcent jamais le nom de l’Iran lorsqu’il s’agit de répression interne, de pendaisons publiques, de torture institutionnalisée ou d’écrasement sanglant de manifestations pacifiques. Ils restent silencieux sur les minorités persécutées en Syrie, sur les chrétiens, les Druzes, les Alaouites modérés ou les sunnites pris entre dictature et milices. Cette indignation sélective ne relève pas de l’oubli, mais du calcul.
Le discours saoudo-turc illustre aussi une autre réalité : la normalisation d’un langage qui diabolise Israël tout en déshumanisant implicitement ses citoyens. Parler d’« agression » et d’« occupation » sans jamais mentionner le contexte sécuritaire, le terrorisme, les prises d’otages ou les attaques contre des civils israéliens relève d’une narration volontairement tronquée. Elle ne vise pas à résoudre un conflit, mais à entretenir une hostilité permanente, politiquement rentable sur le plan intérieur et régional.
Pourtant, l’époque a changé. À l’ère des réseaux sociaux, des images non filtrées et de l’accès direct à l’information, cette mise en scène morale fonctionne de moins en moins. Les peuples voient. Les contradictions apparaissent au grand jour. En Iran même, la population n’est pas dupe. Les Iraniens qui descendent dans la rue, souvent au péril de leur vie, savent parfaitement que leurs dirigeants financent des causes extérieures tout en écrasant leurs propres citoyens. Ils voient comment la question palestinienne est utilisée comme un écran de fumée pour justifier la répression interne et détourner la colère populaire.
Il en va de même pour les minorités persécutées en Syrie, abandonnées par ceux qui prétendent parler au nom de la justice et de l’humanitaire. Leur souffrance ne fait pas l’objet de communiqués indignés ni de sommets diplomatiques. Elle n’est pas utile politiquement. Elle ne permet pas d’attaquer Israël, donc elle est ignorée.
La question palestinienne mérite un traitement sérieux, honnête et humain. Elle ne mérite pas d’être instrumentalisée par des régimes qui n’ont aucun problème à piétiner les droits humains chez eux ou chez leurs voisins. Utiliser Gaza comme une arme politique tout en se taisant sur l’Iran et la Syrie ne relève pas de la solidarité, mais de l’hypocrisie.
Aujourd’hui, de plus en plus de voix dans la région — y compris parmi les peuples iranien et syrien — voient clair dans ce jeu cynique. La haine obsessionnelle d’Israël ne peut plus masquer indéfiniment la réalité des régimes autoritaires, ni leur responsabilité directe dans des tragédies humaines autrement plus massives et systématiques. Le vernis moral craque. Et avec lui, la crédibilité de ceux qui continuent à l’utiliser.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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