Crise ouverte au sommet : affrontement public entre Gallant et le camp Netanyahu

La scène politique israélienne est entrée dans une phase de confrontation directe et publique après les déclarations explosives de Yoav Gallant lors d’une rencontre avec la presse. Gallant a accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’être un « menteur », affirmant que les soldats étaient en première ligne pendant que le Premier ministre les aurait « poignardés dans le dos ». Des propos d’une rare violence verbale, qui traduisent l’ampleur de la fracture au sommet de l’exécutif israélien.

Ces accusations marquent une rupture nette avec les tensions jusque-là contenues dans les cercles internes du pouvoir. En choisissant de s’exprimer publiquement, Gallant transforme un désaccord stratégique en affrontement politique majeur, exposant aux yeux du public des divergences profondes sur la conduite de la guerre, la responsabilité politique et la relation avec les alliés, en premier lieu les États-Unis.

La riposte n’a pas tardé. Des proches de Netanyahu ont balayé les déclarations de Gallant, les qualifiant « d’absurdités », estimant qu’il était inutile d’y répondre point par point. Selon eux, la vérité émergera prochainement, notamment sur la question de la conduite des opérations militaires les plus sensibles. Ils affirment que Gallant aurait conditionné des décisions majeures — comme l’élimination de Hassan Nasrallah, l’entrée à Rafah et d’autres opérations — à une notification préalable aux Américains ou à leur consentement explicite.

Dans cette version, Netanyahu apparaît comme celui qui aurait refusé toute conditionnalité extérieure, rejetant d’emblée l’idée de subordonner les opérations israéliennes à une approbation américaine, et ordonnant leur exécution sans délai. Le conflit ne porte donc pas uniquement sur des questions personnelles ou de communication, mais sur un désaccord fondamental concernant le degré d’autonomie stratégique d’Israël en temps de guerre.

Au cœur de cette querelle se trouve une question centrale : qui a réellement freiné ou accéléré les décisions militaires clés ? Gallant accuse Netanyahu d’avoir trahi les soldats engagés sur le terrain, suggérant une déconnexion entre le leadership politique et la réalité opérationnelle. Le camp Netanyahu rétorque au contraire que certaines hésitations provenaient précisément d’une volonté de coordination excessive avec Washington, au détriment de la rapidité et de l’efficacité militaire.

Cette confrontation révèle une tension structurelle qui traverse la direction israélienne depuis le début du conflit : l’équilibre entre coordination stratégique avec les États-Unis et préservation de la liberté d’action militaire. Là où Gallant semble défendre une approche prudente, intégrant les contraintes diplomatiques et l’impact international des décisions, Netanyahu et son entourage mettent en avant une doctrine de souveraineté décisionnelle totale, en particulier lorsqu’il s’agit de cibles jugées existentielles.

Le caractère public de l’échange aggrave encore la crise. En temps de guerre, l’exposition de désaccords aussi tranchés fragilise l’image de cohésion du leadership et alimente les interrogations sur la chaîne de décision. Pour l’opinion publique, ces déclarations croisées soulèvent une question lourde : qui dit la vérité sur la conduite réelle des opérations ?

Il est également notable que les proches de Netanyahu évoquent explicitement la question de la responsabilité historique. Leur message suggère qu’un déballage ultérieur permettra d’identifier clairement qui a posé des conditions, qui a temporisé, et qui a assumé la décision finale. Cette référence à un futur dévoilement des faits laisse entendre que la bataille actuelle ne se joue pas seulement dans l’arène médiatique, mais aussi dans la perspective des commissions d’enquête et du jugement de l’histoire.

Pour Gallant, le choix de mots employés — « poignardés dans le dos » — vise à inscrire le débat sur un terrain moral et symbolique, en se positionnant comme défenseur des soldats face à un leadership politique qu’il juge défaillant. Pour Netanyahu, la réponse indirecte de son entourage cherche à décrédibiliser l’accusation et à renverser la charge, en présentant Gallant comme celui qui aurait freiné l’action militaire par souci d’alignement international.

En définitive, cet échange marque un point de non-retour dans la crise politique israélienne. Il ne s’agit plus d’un simple désaccord interne, mais d’une lutte ouverte pour le récit de la guerre, la légitimité des décisions prises et la responsabilité vis-à-vis des soldats et du public. Alors que le conflit se poursuit, cette fracture au sommet pourrait peser durablement sur la confiance institutionnelle et sur la capacité du leadership à parler d’une seule voix dans les moments critiques.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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