Un changement majeur secoue les hautes sphères du Hezbollah. Le nouveau secrétaire général de l’organisation, Naïm Qassem, a accepté la démission de Wafiq Safa, vétéran de l’appareil sécuritaire et politique du mouvement, et l’un des proches les plus influents de Hassan Nasrallah. Cette décision, rapportée par Reuters et la chaîne saoudienne Al Hadath, marque la première éviction d’un responsable de ce rang depuis l’arrivée de Qassem à la tête du Hezbollah.
Wafiq Safa occupait une position centrale au sein de l’organisation depuis 1987. Il était chargé des relations avec le gouvernement libanais et avec des acteurs étrangers, un rôle stratégique qui faisait de lui un rouage clé entre le Hezbollah, l’État libanais et divers intermédiaires régionaux. Son nom était régulièrement cité comme l’un des hommes de confiance de Nasrallah, et sa longévité incarnait la continuité de l’« ancienne garde » au sein du mouvement chiite.
Selon les informations relayées par Reuters et Al Hadath, Naïm Qassem préparerait une restructuration d’ampleur et une véritable purge interne au sein de l’organisation. Des médias libanais soulignent le caractère inédit de cette décision : jamais, depuis des décennies, un responsable d’un niveau aussi élevé n’avait été poussé vers la sortie dans un contexte aussi ouvertement assumé comme une réforme.
Dès le mois de janvier, des sources libanaises faisaient état de tensions internes entre le nouveau secrétaire général, un courant qualifié de « réformateur » au sein du Hezbollah, et certains cadres historiques attachés aux méthodes traditionnelles du mouvement. Wafiq Safa était souvent cité comme l’un des représentants les plus emblématiques de ces « anciens cadres », dont l’influence s’est construite dans les années de confrontation directe avec Israël et dans une logique de domination politique par la force.
Selon Al Hadath, le successeur de Safa aura pour mission explicite de changer de ton dans les relations avec le gouvernement libanais et avec les États étrangers. Cette indication suggère une volonté de réduire la confrontation verbale et politique, au profit d’une approche plus pragmatique et moins agressive, dans un contexte régional et intérieur devenu nettement moins favorable au Hezbollah.
Le site libanais This is Beirut relie directement ces réformes internes à l’affaiblissement de la position du Hezbollah dans le sud du Liban, longtemps considéré comme son bastion incontesté. La reprise progressive du contrôle de certaines zones par les forces gouvernementales libanaises a réduit la marge de manœuvre de l’organisation chiite, tant sur le plan militaire que politique. Cette évolution remet en cause l’image d’un Hezbollah tout-puissant sur son territoire traditionnel.
À cela s’ajoute une autre inquiétude majeure : la peur d’infiltrations israéliennes. Les services de sécurité internes du Hezbollah poursuivent activement des enquêtes pour identifier d’éventuels agents infiltrés dans ses rangs. Les médias libanais évoquent une véritable paranoïa sécuritaire, nourrie par plusieurs revers opérationnels récents et par la conviction que le renseignement israélien a réussi à pénétrer certains cercles sensibles de l’organisation. Dans ce contexte, les « purges » apparaissent aussi comme un moyen de resserrer les rangs et de reprendre le contrôle de l’appareil interne.
Sur le plan politique, la stratégie de confrontation frontale avec l’État libanais n’a pas produit les résultats escomptés. Le Hezbollah se retrouve aujourd’hui confronté à une lassitude croissante de la population libanaise, épuisée par la crise économique, l’effondrement des institutions et l’isolement international du pays. La tactique de la pression et de l’obstruction politique n’a pas permis au mouvement de renforcer sa légitimité, bien au contraire.
Un signe révélateur de ce changement de cap est apparu cette semaine, lorsque l’un des députés du Hezbollah a rencontré le président libanais Joseph Aoun, proposant désormais une approche fondée sur le « dialogue et la coopération ». Un discours en rupture avec les années de défiance systématique vis-à-vis des institutions de l’État, et qui témoigne d’une tentative de repositionnement stratégique.
L’éviction de Wafiq Safa dépasse donc largement le cadre d’un simple changement de personnel. Elle symbolise une transition délicate pour le Hezbollah, contraint de s’adapter à une nouvelle réalité : recul de son influence territoriale, pression sécuritaire accrue, isolement diplomatique et perte d’efficacité de ses méthodes traditionnelles. Naïm Qassem semble vouloir imprimer sa marque en rompant, au moins partiellement, avec l’héritage de Nasrallah et de son cercle le plus proche.
Reste à savoir jusqu’où iront ces réformes. S’agit-il d’un ajustement tactique destiné à préserver l’essentiel du pouvoir du Hezbollah, ou du début d’une transformation plus profonde de l’organisation ? Les observateurs libanais s’accordent sur un point : la démission forcée d’un homme comme Wafiq Safa aurait été impensable il y a encore quelques années. Le fait qu’elle soit aujourd’hui possible en dit long sur les fragilités internes d’un mouvement longtemps perçu comme monolithique et intouchable.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
© 2025 – Tous droits réservés
Publicité & Partenariats – Infos-Israel.News





