La crise du système éducatif israélien prend une ampleur inquiétante. Selon un rapport récent du Centre de recherche de la Knesset, près de la moitié des directeurs d’écoles en Israël déclarent que leur capacité à offrir un enseignement de qualité est directement affectée par la pénurie d’enseignants. Plus précisément, 47,9 % des chefs d’établissement interrogés estiment que le manque de personnel éducatif compromet gravement le fonctionnement pédagogique de leurs écoles. Ce chiffre est plus du double de la moyenne observée dans les pays de l’OCDE, qui s’élève à 23,6 %.
Ces données ont été publiées à la veille d’un débat prévu ce lundi à la commission de l’Éducation de la Knesset, convoqué à la demande du député Moshe Tur-Paz. Le rapport met en lumière non seulement une pénurie quantitative d’enseignants, mais aussi une crise qualitative profonde, qui affecte durablement les écoles primaires et secondaires à travers le pays.
L’un des constats les plus préoccupants concerne le devenir des diplômés des filières de formation à l’enseignement. Chaque année, environ 3 000 titulaires d’un certificat d’enseignement ne rejoignent tout simplement pas le système éducatif. Autrement dit, une part significative de ceux qui ont suivi une formation pédagogique choisissent finalement d’exercer dans d’autres secteurs, ou quittent rapidement la profession avant même de s’y établir durablement. Cette fuite des compétences prive le système scolaire de ressources humaines pourtant formées pour y répondre.
Le rapport révèle également une baisse continue du nombre de diplômés en enseignement. En 2017, 11 035 étudiants avaient achevé des études combinant licence et formation pédagogique. En 2023, ils n’étaient plus que 8 461, soit une diminution de plus de 23 % en six ans. Cette tendance structurelle alimente mécaniquement la pénurie actuelle et laisse présager une aggravation du problème dans les années à venir, à mesure que les enseignants expérimentés partent à la retraite sans être remplacés.
Face à l’urgence, le ministère de l’Éducation a eu recours à des solutions temporaires qui soulèvent de nombreuses interrogations. Comme cela a été récemment révélé dans la presse israélienne, au cours des trois dernières années, les établissements scolaires ont reçu 28 166 autorisations exceptionnelles d’employer des enseignants ne disposant pas des qualifications requises. Il s’agit notamment de personnes sans diplôme universitaire ou sans certificat officiel d’enseignement, recrutées pour combler les vides laissés par le manque de personnel formé.
Pour la seule année scolaire 2025-2026, 14 283 enseignants sans formation ou certification complète ont été employés dans les écoles israéliennes. Parmi eux, 8 328 possèdent un diplôme universitaire mais pas de qualification pédagogique, tandis que 5 955 disposent d’une certification d’enseignement sans avoir de diplôme académique. À ces chiffres s’ajoutent 10 349 enseignants encore en cours de formation, intégrés dans les classes avant même d’avoir achevé leur parcours d’apprentissage. Si ces mesures permettent d’assurer une présence minimale devant les élèves, elles posent de sérieuses questions quant à la qualité de l’enseignement dispensé.
Les données du Bureau central des statistiques renforcent ce constat alarmant en mettant en évidence un taux d’abandon particulièrement élevé parmi les nouveaux enseignants. Ainsi, 21,5 % de ceux qui sont entrés dans le système éducatif en 2018 l’ont quitté dans les cinq années suivantes. Pour les enseignants recrutés en 2020, 18,3 % ont abandonné la profession en l’espace de trois ans, et 12,2 % des nouveaux enseignants quittent le système dès la première année. Ces chiffres traduisent une profonde désillusion face aux conditions de travail, aux salaires jugés insuffisants et à la charge émotionnelle et administrative croissante.
Réagissant aux conclusions du rapport, le député Moshe Tur-Paz a souligné que cette réalité est bien connue de ceux qui dirigent les établissements scolaires. Ancien directeur d’école lui-même, il a rappelé avec amertume qu’on dit souvent que « les directeurs sont comme des chats errants, ils retombent toujours sur leurs pattes », mais que la vague massive de départs parmi les jeunes enseignants met aujourd’hui cette capacité de résilience à rude épreuve.
Au-delà des chiffres, cette crise soulève une question stratégique majeure pour l’avenir de l’éducation en Israël. Le manque d’enseignants qualifiés, la difficulté à attirer et à retenir de nouveaux professionnels, ainsi que le recours croissant à des solutions de fortune risquent d’élargir les inégalités éducatives et d’affaiblir durablement le niveau académique des élèves. Sans réforme structurelle profonde, touchant à la formation, aux conditions d’emploi et à la valorisation du métier d’enseignant, la capacité du système éducatif à remplir sa mission fondamentale est sérieusement menacée.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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