« Ligne rouge » : des centaines de futurs soldats appelés s’opposent au retour du projet pilote intégrant des femmes dans les chars

À l’approche du recrutement de novembre prochain, la perspective d’un renouvellement du projet pilote visant à intégrer des femmes combattantes dans les unités de chars de l’armée israélienne suscite une opposition croissante au sein du public religieux sioniste. Samedi soir dernier, une réunion d’urgence s’est tenue en ligne, réunissant des centaines de futurs appelés (melshabim) issus de yeshivot hesder, de préparations militaires et de yeshivot supérieures, aux côtés de rabbins et de responsables éducatifs. Le message adressé à l’armée a été clair et sans ambiguïté : si le projet pilote est relancé, ils refuseront de servir dans le corps blindé.

Selon les organisateurs, cette mobilisation est l’expression d’une inquiétude profonde face à ce qu’ils perçoivent comme une évolution imposée du service mixte, jugée incompatible avec leurs convictions religieuses et, pour certains intervenants, avec l’efficacité opérationnelle. La réunion, organisée en format numérique, a rassemblé des participants de tout le pays et a donné la parole à plusieurs figures rabbiniques influentes du monde sioniste religieux.

Parmi les intervenants figuraient notamment le rabbin David Fendel, directeur de la yeshiva hesder Afiké Da’at à Sdérot, le rabbin Dror Aryeh, le rabbin Aviad Gadot de l’organisation Torat Le’hima, ainsi que le rabbin Moshe Shachor, tous engagés depuis des années dans l’accompagnement des jeunes religieux vers le service militaire. Tous ont exprimé une opposition ferme à la reprise du projet.

Le rabbin Dror Aryeh a estimé que ces expérimentations ne répondaient pas à un besoin opérationnel réel, mais découlaient selon lui de pressions juridiques et idéologiques. « Ces projets pilotes ne renforcent pas l’armée, ils la fragilisent », a-t-il déclaré, ajoutant que le service conjoint imposé pouvait nuire tant à la cohésion des unités qu’à la motivation des soldats issus du public religieux.

Le rabbin David Fendel a, pour sa part, qualifié la situation de « ligne rouge ». Il a affirmé que l’unité des rabbins et des chefs d’institutions éducatives était totale sur ce point. « Si, à Dieu ne plaise, ce projet pilote est mis en œuvre, nous ne serons pas là. Les jeunes du sionisme religieux ne s’engageront pas dans le corps blindé », a-t-il averti. Il a également indiqué son intention de porter le sujet à l’attention du ministre des Finances Bezalel Smotrich, figure centrale du courant sioniste religieux au sein du gouvernement.

Un autre axe majeur de la critique concerne la directive du “service conjoint” dans l’armée. Le rabbin Aviad Gadot a appelé à l’instauration de règles claires garantissant un service séparé pour les soldats religieux sionistes, à l’image des cadres spécifiques existant pour le public ultra-orthodoxe. Selon lui, l’absence de telles garanties crée une tension croissante et place les jeunes croyants devant des choix impossibles entre engagement militaire et fidélité à leurs valeurs.

Les participants ont insisté sur le fait que leur démarche ne traduisait ni un refus du service militaire ni un désengagement vis-à-vis de l’État. Au contraire, plusieurs orateurs ont souligné leur volonté sincère de servir, de contribuer à la sécurité du pays et de participer à l’effort national. Toutefois, ont-ils martelé, « pas à n’importe quel prix ».

En conclusion de la réunion, le rabbin Moshe Shachor a annoncé que des démarches organisationnelles supplémentaires étaient à l’étude dans les prochaines semaines, afin de faire entendre cette position auprès des instances militaires et politiques. « Nous voulons servir et donner de nous-mêmes, mais si le projet pilote est relancé, nous ne nous engagerons pas dans le corps des chars », a-t-il résumé.

Cette mobilisation illustre une fracture persistante autour de la question du service mixte dans l’armée israélienne, en particulier dans les unités de combat. Alors que l’armée met en avant l’égalité et l’élargissement des rôles ouverts aux femmes, une partie significative du public religieux sioniste redoute une érosion des cadres adaptés à sa sensibilité, avec des conséquences potentielles sur le recrutement et la composition future de certaines unités clés.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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