Une nouvelle polémique secoue la scène politique israélienne après les déclarations particulièrement virulentes de la ministre des Transports, Miri Regev, visant l’ancien Premier ministre Ehud Barak. En réaction à des propos récents de ce dernier, la ministre a annoncé son intention d’agir pour lui retirer, à terme, tout honneur d’État, allant jusqu’à évoquer une initiative législative destinée à empêcher son inhumation dans la parcelle réservée aux « Grands de la Nation ».
Ces propos ont été tenus lors d’une interview accordée à la radio Galei Israel, au micro des journalistes Yaakov Bardugo et Doron Cohen. D’emblée, Miri Regev a adopté un ton extrêmement offensif, affirmant que les dernières prises de parole d’Ehud Barak révélaient « un monde déformé et répugnant ». Selon elle, l’ancien chef du gouvernement incarne aujourd’hui tout ce qu’elle considère comme les dérives idéologiques et morales du camp de gauche en Israël.
Au cœur de sa charge, la ministre a déclaré sans détour : « C’est une honte absolue d’inviter un homme aussi répugnant. À mon sens, il faut l’empêcher d’être enterré dans la parcelle des Grands de la Nation, et je déposerai une proposition de loi en ce sens. » Une déclaration qui a immédiatement provoqué un tollé, tant par sa radicalité que par la remise en cause d’un symbole fort du consensus national.
La parcelle des Grands de la Nation, située au cimetière du mont Herzl à Jérusalem, est traditionnellement réservée aux figures majeures de l’histoire politique, militaire et institutionnelle du pays. Remettre en cause l’accès d’un ancien Premier ministre à cet honneur constitue un geste sans précédent à ce niveau de responsabilité gouvernementale, et marque une escalade supplémentaire dans la violence verbale du débat public.
Miri Regev ne s’est pas arrêtée là. Elle a également attaqué frontalement plusieurs figures féminines de l’opposition et des organisations féministes, leur reprochant un silence qu’elle juge révélateur. « Où sont les organisations de femmes ? Où est Merav Michaeli ? Où sont Merav Ben Ari et Naama Lazimi ? », a-t-elle lancé, accusant ce qu’elle appelle « la gauche hypocrite » de fermer les yeux sur les propos d’Ehud Barak. Selon la ministre, cet ancien Premier ministre serait protégé précisément parce qu’il représente, à ses yeux, la vitrine d’un « camp prétendument éclairé, mais profondément cynique ».
Dans son argumentaire, Regev a présenté Ehud Barak comme un symbole du malaise et de la frustration qui traverseraient l’opposition actuelle. « Il est devenu le symbole d’une gauche frustrée, déformée, incapable d’accepter la réalité politique », a-t-elle affirmé, ajoutant qu’il était « regrettable que personne, dans ce camp, ne se lève pour condamner des propos aussi choquants ».
Ces déclarations s’inscrivent dans un contexte de polarisation extrême de la société israélienne, où chaque prise de parole de figures historiques comme Ehud Barak est immédiatement interprétée à l’aune du clivage droite-gauche. Ancien chef d’état-major, ancien Premier ministre et ancien ministre de la Défense, Barak demeure une personnalité clivante, admirée par ses soutiens et violemment critiquée par ses adversaires.
Du côté de l’opposition, les réactions n’ont pas tardé. Plusieurs responsables ont dénoncé des propos « indignes d’une ministre en exercice », estimant que la menace d’une législation posthume visant un ancien Premier ministre relevait d’une instrumentalisation dangereuse des symboles nationaux. Certains juristes ont également rappelé que toute décision concernant les honneurs funéraires d’État repose sur des procédures établies et non sur des déclarations politiques à chaud.
Pour ses partisans, en revanche, Miri Regev n’a fait que dire tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Ils estiment qu’Ehud Barak, par ses prises de position répétées contre le gouvernement et par certains propos jugés extrêmes, aurait rompu le pacte moral qui justifie les honneurs nationaux. À leurs yeux, la question n’est pas personnelle, mais symbolique : peut-on continuer à accorder un statut d’icône nationale à des figures qui, selon eux, « sapent l’unité du pays » ?
Quoi qu’il en soit, cette sortie fracassante promet de nourrir encore longtemps le débat public. Elle pose des questions de fond sur la mémoire nationale, les limites du discours politique et la manière dont Israël choisit d’honorer – ou non – ses anciens dirigeants. Une chose est certaine : la fracture entre les camps politiques ne cesse de se creuser, et même la mort, dans ce climat, devient un terrain de confrontation idéologique.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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