Le débat halakhique qui secoue le sionisme religieux : faut-il compter les femmes dans le minyan ?

Une controverse halakhique sensible et passionnée traverse ces derniers jours les cercles du sionisme religieux en Israël, mettant de nouveau au centre du débat la place des femmes dans la synagogue. Au cœur de la discussion : la question du minyan, le quorum de dix personnes requis pour certaines prières publiques, traditionnellement composé exclusivement d’hommes selon la loi juive. Tandis que certains appellent à une adaptation de la pratique à l’évolution sociale, de nombreux rabbins et autorités halakhiques mettent en garde contre toute remise en cause d’un principe considéré comme fondamental.

Le débat a été relancé par les propos de Yoav Sorek, rédacteur en chef de la revue intellectuelle Hashiloach. Selon lui, le fait de ne pas compter les femmes dans le minyan n’est pas une vérité théologique immuable, mais le produit d’une réalité sociale ancienne qui ne correspondrait plus à la société actuelle. Il estime que cette situation appelle un changement réfléchi, sans pour autant bouleverser de manière frontale l’ordre établi dans les synagogues.

Yoav Sorek propose ainsi une approche intermédiaire. Tout en préservant le caractère conservateur des synagogues traditionnelles, il suggère que, dans des cadres plus informels — prières à domicile, rencontres communautaires, randonnées ou événements familiaux — les femmes puissent être comptées au même titre que les hommes pour constituer un minyan. Une proposition qui se veut pragmatique et graduelle, mais qui inclut également une idée controversée : un couple marié serait compté comme une seule unité, afin de refléter, selon lui, la famille comme cellule fondatrice du peuple juif.

Cette prise de position a immédiatement suscité de vives réactions. Pour de nombreux rabbins, la question du minyan ne relève pas d’un simple usage communautaire, mais d’une halakha clairement établie. Le rabbin Yoni Rosenzweig a ainsi rappelé un échange qu’il avait eu avec son maître, le regretté Nahum Eliezer Rabinovitch, selon lequel certaines pratiques — comme la lecture de la Méguila ou la danse avec un rouleau de la Torah par des femmes — peuvent dépendre de la volonté de la communauté. En revanche, le minyan, affirme-t-il, appartient au cœur de la loi juive et ne peut être redéfini. « Il s’agit de corps de lois, pas de simples coutumes ou recommandations », insiste-t-il.

Dans la même veine, le rabbin Eli Reif met en garde contre ce qu’il qualifie de « précipitation dangereuse ». Selon lui, la synagogue représente pour de nombreux fidèles un bastion de continuité et de stabilité, incarnant le lien ininterrompu avec la tradition. Toute tentative de forcer un changement rapide risquerait, selon ses termes, de produire l’effet inverse de celui recherché, en provoquant un rejet et une polarisation accrue au sein des communautés.

Une autre voix importante dans ce débat est celle de la rabbanite Shlomit Piamanta, qui adopte une position nuancée. Elle reconnaît la frustration et parfois le sentiment d’exclusion ressentis par de nombreuses femmes, mais estime que modifier la halakha n’est ni la voie la plus juste ni la plus efficace. Selon elle, vouloir corriger la situation par une « égalisation des obligations » risque de créer de nouveaux problèmes, rappelant que de nombreux hommes perçoivent déjà l’obligation de constituer un minyan comme une contrainte lourde.

Pour Shlomit Piamanta, le véritable enjeu est avant tout social et éducatif. « Qui façonne l’espace de la synagogue ? La société. Qui crée l’attente implicite que les femmes ne viennent pas ? La société », explique-t-elle. Elle plaide pour une transformation en profondeur des pratiques communautaires sans toucher aux fondements halakhiques : amélioration des espaces réservés aux femmes, meilleure qualité des séparations, reconnaissance de la voix féminine dans la prière et développement d’expériences spirituelles communautaires spécifiquement pensées pour les femmes.

Ce débat, qui se poursuit avec intensité sur les réseaux sociaux et dans les cercles intellectuels du sionisme religieux, met en lumière une tension ancienne mais toujours vive : celle qui oppose l’aspiration à une plus grande égalité et reconnaissance des femmes à l’attachement profond à la halakha et à la tradition transmise de génération en génération. Pour l’heure, il semble clair que la définition traditionnelle du minyan ne sera pas modifiée. Toutefois, l’exigence d’une présence féminine plus significative et respectée dans la vie de la synagogue ne cesse de gagner en force.

 


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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