Les dirigeants du monde lituanien (haredi non hassidique) appellent au calme : « Interdiction absolue de participer aux affrontements »

Les deux principales autorités spirituelles du courant lituanien (haredi non hassidique) en Israël, le rav Dov Lando et le rav Moshe Hillel Hirsch, ont publié une lettre conjointe ferme et sans ambiguïté appelant à ne pas participer aux manifestations susceptibles de dégénérer en affrontements avec la police.

Leur message est direct :

« Il est strictement interdit, en aucune circonstance, de participer ou même de se trouver parmi ceux qui se rendent dans des lieux où il y a confrontation avec la police. En dehors du danger physique évident, cela constitue une grave profanation du Nom divin (Hilloul Hachem). »

Cette prise de position intervient dans un climat de tensions croissantes autour de certaines questions sensibles touchant le monde haredi, notamment les sujets liés à la conscription, aux décisions judiciaires et aux manifestations publiques organisées par différents groupes.


Une autorité spirituelle majeure

Le rav Dov Lando et le rav Moshe Hillel Hirsch sont considérés comme les figures les plus influentes du leadership lituanien contemporain, particulièrement au sein des grandes yeshivot de Bnei Brak. Leur parole pèse lourdement dans les décisions communautaires et éducatives.

Dans le monde lituanien, la hiérarchie rabbinique repose sur l’autorité morale et halakhique. Lorsqu’une lettre commune est publiée par ces deux figures centrales, il ne s’agit pas d’une simple recommandation, mais d’une directive normative claire destinée aux étudiants de yeshiva, aux familles et aux responsables communautaires.


Deux arguments centraux : danger et Hilloul Hachem

Le texte met en avant deux dimensions essentielles.

La première est la dimension sécuritaire. Les affrontements avec la police comportent des risques physiques réels : blessures, arrestations, dossiers judiciaires. Les rabbins rappellent implicitement le principe fondamental de pikuach nefesh — la préservation de la vie humaine — qui prime sur presque toute autre considération dans la tradition juive.

La seconde est la dimension morale et religieuse. La notion de Hilloul Hachem (profanation du Nom divin) occupe une place centrale dans la pensée rabbinique. Elle désigne toute conduite publique susceptible de ternir l’image du judaïsme ou de la Torah aux yeux du public.

Dans une société israélienne fortement médiatisée, chaque scène d’affrontement filmée et diffusée alimente les tensions et peut renforcer les critiques envers le monde haredi. Les dirigeants lituaniens considèrent que la responsabilité religieuse impose d’éviter ces situations, même lorsque les motivations idéologiques des manifestants sont sincères.


Une ligne différente d’autres groupes

Historiquement, certains courants ultra-orthodoxes ont adopté des positions plus militantes face aux décisions gouvernementales, notamment sur la question du service militaire. Des manifestations ont parfois été organisées avec des blocages de routes et des confrontations avec les forces de l’ordre.

La lettre des deux rabbins marque une distinction nette : il ne s’agit pas d’un débat théorique, mais d’une interdiction pratique de se rendre dans des lieux où des affrontements sont prévisibles. Même la simple présence est déconseillée.

Ce positionnement traduit une stratégie plus prudente, visant à préserver la stabilité interne de la communauté et à éviter une escalade qui pourrait entraîner des conséquences juridiques ou politiques lourdes.


Un message à la jeunesse des yeshivot

Le public visé est clair : les étudiants des yeshivot, souvent jeunes et influençables, qui pourraient être tentés de participer à des mobilisations perçues comme des actes de défense spirituelle.

En fixant une interdiction catégorique, les rabbins cherchent à empêcher toute ambiguïté. L’objectif est d’éviter que l’engagement émotionnel ou idéologique ne se transforme en actions pouvant nuire à l’image de la Torah.

Dans la culture lituanienne, l’étude et la retenue sont valorisées davantage que la confrontation publique. La lettre réaffirme cette orientation.


Contexte politique sensible

Ces déclarations surviennent dans un contexte israélien marqué par des débats intenses sur les équilibres entre religion et État. La question de la conscription des étudiants en yeshiva reste l’un des dossiers les plus sensibles, suscitant à la fois des tensions politiques et des mobilisations de rue.

Toutefois, la lettre ne mentionne pas explicitement une revendication précise. Elle se concentre sur la méthode : la confrontation physique n’est pas acceptable.


Un signal de responsabilité communautaire

Au-delà de l’aspect sécuritaire, ce texte constitue un message stratégique. En appelant au calme, les dirigeants lituaniens cherchent à démontrer que le leadership rabbinique exerce un contrôle et assume une responsabilité collective.

Dans une société polarisée, cette posture peut être interprétée comme une tentative d’apaisement et de préservation de la cohésion nationale.


Entre conviction et retenue

La lettre n’exprime pas un renoncement idéologique. Elle ne signifie pas que les dirigeants lituaniens approuvent toutes les décisions gouvernementales. Elle affirme simplement que la défense des valeurs religieuses ne doit pas passer par la violence ou la confrontation physique.

En rappelant le danger réel et la gravité d’un Hilloul Hachem, le rav Dov Lando et le rav Moshe Hillel Hirsch fixent une ligne claire : préserver la dignité du monde de la Torah passe par la retenue, la discipline et l’évitement de toute scène d’affrontement.

Dans un climat parfois inflammable, cette prise de position vise à contenir les tensions et à rappeler que la responsabilité spirituelle inclut aussi la manière d’agir publiquement.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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