Les autorités allemandes viennent de mettre au jour ce que les procureurs décrivent comme un réseau du Hamas impliqué dans la préparation d’attentats terroristes en Allemagne et ailleurs en Europe. L’enquête a débouché sur une série d’arrestations et a exposé une réalité que de nombreux Européens ont refusé de voir : le Hamas ne se contentait pas d’utiliser l’Europe pour le recrutement, la collecte de fonds, la propagande et la mobilisation politique. Le continent servait aussi d’infrastructure pour planifier, soutenir et préparer des attentats terroristes. Loin d’être un cas isolé, cette enquête offre un aperçu d’un réseau bien plus large opérant à travers tout le continent, révèle l’analyste Sacha Stawski dans une tribune publiée par le Jerusalem Post.
Dans plusieurs pays européens, le Hamas est déjà une organisation terroriste interdite. Pourtant, la dernière enquête démontre une vérité difficile : interdire une organisation n’équivaut pas à démanteler le réseau qui la maintient en vie. Ce constat, selon l’auteur, dépasse largement le seul cas du Hamas.
L’ombre de l’Iran sur l’Europe
Bien avant les récentes arrestations, un vaste réseau d’organisations liées au régime iranien s’était déjà implanté à travers l’Europe. Les différentes composantes de ce réseau jouent des rôles distincts, allant du recrutement, du financement, de la propagande et de la mobilisation politique, jusqu’à la guerre juridique, le soutien logistique et, dans certains cas, la préparation d’attentats terroristes.
L’une des erreurs récurrentes de l’Europe a été de considérer le Hamas, le Hezbollah, le Corps des gardiens de la révolution islamique (IRGC) et d’autres organisations soutenues par l’Iran comme des défis séparés, alors qu’en réalité, il s’agit souvent de différentes composantes d’une même architecture stratégique. L’IRGC a passé des décennies à cultiver, financer, entraîner et coordonner des organisations supplétives poursuivant les objectifs iraniens par des méthodes différentes et sous des bannières différentes. Le Hamas et le Hezbollah figurent parmi les exemples les plus visibles de cet écosystème.
D’autres composantes de cet écosystème incluent des organisations associées aux Frères musulmans, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP) et ses réseaux affiliés comme Samidoun et Masar Badil, ainsi que des groupes tels que la Hind Rajab Foundation, devenue l’un des exemples les plus marquants de guerre juridique contre Israël. Trop souvent, ces organisations sont analysées isolément. Considérées ensemble, elles révèlent un réseau international hautement organisé qui ramène systématiquement au même dénominateur commun : le régime iranien.
Une menace pour la sécurité de l’Europe
L’existence de ce réseau n’a pas commencé le 7 octobre. Mais le massacre a considérablement enhardi bon nombre des organisations, militants et structures de soutien alignés sur le Hamas et ses alliés. Les complots terroristes découverts en Europe ne doivent donc pas être considérés isolément, mais comme faisant partie d’un mouvement plus large, renforcé par ce que le Hamas et ses partisans ont perçu comme une victoire.
Les conséquences dépassent largement Israël. La récente enquête a mis au jour des préparatifs d’attaques contre des cibles juives et israéliennes en Europe. Pour de nombreux extrémistes, la distinction entre Israélien et Juif a en grande partie disparu. Synagogues, centres communautaires, représentations diplomatiques et citoyens juifs pris individuellement sont tous devenus des cibles potentielles. Il s’agit là d’un défi de sécurité pour l’Europe elle-même.
Les autorités européennes ont, à de multiples reprises, mis au jour des opérations de surveillance, des projets d’assassinat et des listes de cibles nommant des individus précis que le régime ou ses agents souhaitaient réduire au silence ou éliminer, liés à l’Iran. Beaucoup de ces enquêtes mettent en lumière une réalité inconfortable : sans le renseignement israélien, certains de ces réseaux et complots n’auraient peut-être jamais été découverts à temps. Alors qu’Israël considère depuis longtemps le Hamas, l’IRGC, le Hezbollah et d’autres supplétifs comme les composantes d’un écosystème stratégique plus large, trop d’institutions européennes n’ont pas su mesurer l’ampleur de l’infrastructure qui se développait sur leur propre sol.
Remonter l’argent jusqu’à sa source
Plus important encore, les décideurs politiques doivent suivre l’argent. Encore et encore, les enquêtes sur les réseaux de recrutement, les structures de propagande, les campagnes de guerre juridique, les opérations de surveillance et les complots terroristes révèlent la même réalité sous-jacente : l’influence iranienne, le financement iranien et les intérêts stratégiques iraniens. Depuis des décennies, la République islamique a investi des milliards pour financer, entraîner, équiper et coordonner des organisations supplétives à travers le Moyen-Orient et au-delà. Le Hamas, le Hezbollah, le Jihad islamique palestinien et leurs acteurs affiliés opèrent peut-être sous des noms différents et emploient des tactiques différentes, mais ils bénéficient fréquemment de la même source de financement, de la même orientation stratégique et du même soutien idéologique. L’Iran ne se contente pas de soutenir ces groupes : il les utilise comme instruments de projection de puissance et de politique étrangère.
Le message venu d’Allemagne est clair, conclut l’auteur. Le défi de l’Europe n’est pas simplement de prévenir la prochaine attaque. Il consiste à démanteler le réseau qui recrute, finance, coordonne, légitime et, en définitive, permet le terrorisme. La première mesure urgente serait une interdiction complète, à l’échelle européenne, du Corps des gardiens de la révolution islamique, accompagnée de sanctions ciblant ses réseaux financiers, ses organisations-écrans et ses structures de soutien. Tant que les décideurs politiques se concentreront uniquement sur des groupes isolés en ignorant l’architecture plus large qui les relie entre eux, ils continueront à traiter les symptômes plutôt que le problème de fond.
L’auteur de cette tribune, Sacha Stawski, préside Honestly Concerned, une initiative allemande qui milite pour une couverture médiatique équilibrée du conflit au Moyen-Orient et contre l’antisémitisme. Il dirige également le groupe de défense pro-israélien ILI – I Like Israel.
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