« Je viens te chercher, Juif » : des soldats syriens scandent une menace glaçante

Le ministère israélien des Affaires étrangères a republié samedi dernier, sur le réseau X, un article du Jerusalem Post accompagné du commentaire suivant : « Devant la citadelle historique de Damas, des soldats syriens ont scandé : « Je viens te chercher, Juif. Je ferai couler ton sang en rivières. » » Le ministère a ajouté : « Voici la nouvelle armée de la Syrie. La même soif de sang antisémite qu’avant. »

Selon des médias arabes et des images diffusées dimanche, des soldats de l’armée arabe syrienne, alignés en formation devant la citadelle historique de Damas, ont scandé cette menace en marge d’une manifestation de solidarité avec Gaza, après le rejet par Israël du plan en quinze points proposé par le Conseil de la paix, qui exige le désarmement complet du Hamas avant tout retrait israélien de la bande de Gaza. Selon la chaîne arabe Al Araby TV, les soldats ont également scandé à plusieurs reprises « Allahu akbar » ainsi que « Je sacrifierai mon corps ».

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Une rhétorique qui infiltre jusqu’aux rangs de l’armée et du gouvernement

Ce type de propos hostiles à Israël continue de s’exprimer jusque dans les rangs des ministères syriens eux-mêmes, un phénomène que plusieurs experts jugent malheureusement prévisible, compte tenu du fait que le nouveau gouvernement du président Ahmed al-Sharaa a intégré de nombreux islamistes et anciens combattants radicaux. Bien qu’al-Sharaa cherche à se présenter, ainsi que son gouvernement, comme plus modéré, il ne peut guère freiner ces éléments, dont il a besoin pour maintenir son gouvernement en place. C’est ce qui expliquerait, selon ces mêmes experts, son incapacité ou son absence de volonté à mettre fin aux exactions commises contre les Druzes et les Alaouites, ainsi qu’au harcèlement subi par d’autres minorités depuis son arrivée au pouvoir.

Ahmed al-Sharaa est un ancien jihadiste, dirigeant de l’organisation islamiste Hayat Tahrir al-Sham (HTS), aujourd’hui classée comme groupe terroriste. De nombreux combattants issus de ces mouvements occupent aujourd’hui des postes au sein de l’armée syrienne. Selon la Dr Zoé Levornik, chercheuse en sécurité au centre de recherche et d’éducation Alma, les cinq commandants désignés pour diriger les nouveaux corps régionaux de l’armée sont tous issus de ce type d’organisations, y compris le commandant responsable du sud de la Syrie et de la frontière avec Israël. « Si des figures de la vieille garde du HTS viennent occuper les postes laissés vacants, nous n’assistons peut-être pas à la transformation de milices en armée nationale, mais plutôt à une prise de contrôle progressive de l’armée par le HTS », a-t-elle averti, ajoutant que le gouvernement d’al-Sharaa devrait être jugé non seulement sur ses déclarations publiques modérées, mais aussi sur l’identité de ses commandants, l’idéologie qui s’enracine au sein de ses forces, et leur comportement sur le terrain.

Un climat de menaces qui ne date pas d’hier

Le professeur Eyal Zisser, spécialiste du Moyen-Orient à l’université de Tel-Aviv, a expliqué au Jerusalem Post que ce type de menaces émanant de ministères et de responsables militaires syriens relevait presque d’une certaine « normalité », dans la mesure où l’appareil sécuritaire syrien a intégré des membres actifs de groupes islamistes radicaux. « Cela ne me surprend pas », a-t-il déclaré. « Des chrétiens sont attaqués, des femmes sont attaquées, des minorités et d’autres groupes sont attaqués. C’est la nouvelle Syrie. » Selon lui, le régime cherche d’un côté à projeter une image modérée à l’étranger, tout en s’appuyant, de l’autre, sur le soutien de ces mêmes éléments radicaux, ce qui le rend peu enclin à les affronter directement.

Cet incident n’est pas isolé : des déclarations et des chants hostiles à Israël, émanant de responsables sécuritaires syriens, circulent par intermittence en ligne depuis la prise de pouvoir d’Ahmed al-Sharaa en 2024. En décembre dernier déjà, des images avaient montré des membres de la 60e division de l’armée syrienne proférer des menaces similaires contre Israël, provoquant à l’époque une réaction du ministre israélien de la Diaspora, Amichai Chikli, qui avait qualifié la guerre d’« inévitable ».

Damas avait pourtant annoncé, il y a plusieurs mois, avoir déjoué un projet d’attentat visant un rabbin dans la capitale, tandis que des informations avaient également fait état d’hôtels proposant des menus casher et d’efforts engagés pour restituer des biens confisqués à des Juifs syriens. Malgré ces gestes, le professeur Zisser a rappelé que Damas ne comptait plus de véritable communauté juive organisée, mais seulement une poignée d’individus acceptant de vivre dans un pays où l’incitation à la haine se propage en toute impunité.

Cet épisode s’inscrit dans le climat de tension persistante entre Israël et la nouvelle Syrie, marqué ces derniers jours par la reconnaissance officielle par Israël d’une frappe sur une base aérienne syrienne près de la frontière turque, ainsi que par la révélation d’un contact direct entre le chef du Mossad et le ministre syrien des Affaires étrangères quelques jours avant cette frappe.