Le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a vivement répliqué mercredi à son homologue britannique, Ed Miliband, après que ce dernier eut menacé Israël de sanctions pour avoir lancé un appel d’offres portant sur la construction de logements dans le secteur E1, en Cisjordanie.
Le gouvernement israélien avait publié cette semaine un appel d’offres pour la construction de plus d’un millier de logements dans la zone E1, un secteur de la zone C en Judée-Samarie placé sous juridiction totale israélienne. Ce projet s’inscrit dans un plan plus large de 3 400 logements approuvé en août 2025. La Cour internationale de Justice a jugé que de telles constructions violaient la Convention de Genève, laquelle interdit à une puissance occupante de transférer ses citoyens sur un territoire occupé. Israël rejette cette qualification, affirmant que le territoire est disputé et non occupé, dans la mesure où aucun État souverain n’existait préalablement dans la région.
« Un acte inacceptable et destructeur »
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Dans son communiqué, Miliband a qualifié la publication de cet appel d’offres d’« acte inacceptable et destructeur », affirmant que le projet E1 couperait le cœur de la Palestine en deux et risquerait de séparer la Cisjordanie de Jérusalem-Est, mettant ainsi en péril la viabilité d’une solution à deux États. « La Grande-Bretagne ne restera pas les bras croisés à accepter la destruction de la solution à deux États », a-t-il écrit, précisant avoir personnellement exigé de Gideon Saar que le gouvernement israélien suspende immédiatement les plans E1, retire l’appel d’offres et cesse toute expansion de la colonisation. Le chargé d’affaires israélien à Londres a par ailleurs été convoqué au Foreign Office pour se voir signifier « l’objection profonde » du Royaume-Uni. Miliband a annoncé qu’un ensemble complet de mesures serait présenté dans les prochaines semaines, incluant des sanctions ciblées contre les personnes impliquées dans l’expansion de la colonisation.
I reject outright the statement of the UK Foreign Secretary and the patronising tone of his words.
The Jewish people have the right to live throughout the Land of Israel, just as the British have the right to live in London and throughout the United Kingdom. More than a century… https://t.co/eCazg1CU7A
— Gideon Sa’ar | גדעון סער (@gidonsaar) August 20, 2026
La réplique de Saar : « absurde » et « à sens unique »
Gideon Saar n’a pas tardé à répondre, sur le réseau social X. « Je rejette catégoriquement la déclaration du secrétaire britannique aux Affaires étrangères et le ton condescendant de ses propos », a-t-il écrit. « Le peuple juif a le droit de vivre partout en Terre d’Israël, tout comme les Britanniques ont le droit de vivre à Londres et partout au Royaume-Uni. Il y a plus d’un siècle, la Déclaration Balfour a formellement reconnu le droit historique du peuple juif à rétablir son foyer national en Terre d’Israël — y compris dans la zone en question. »
Il a également accusé Londres d’hypocrisie : « La Grande-Bretagne contrôle elle-même encore aujourd’hui des territoires coloniaux situés à des milliers de kilomètres de ses côtes. Il est absurde que la Grande-Bretagne fasse la leçon au peuple juif sur l’endroit où il peut vivre dans sa minuscule patrie historique, alors que le lien et le droit du peuple juif à cette terre sont les plus documentés de tous les peuples de l’histoire humaine. » Il a par ailleurs qualifié la déclaration du secrétaire britannique d’« entièrement à sens unique », dénonçant le fait qu’elle condamne Israël tout en fermant les yeux sur le terrorisme palestinien, l’incitation à la violence, et le maintien par l’Autorité palestinienne de son programme de « rémunération pour meurtre » (« pay for slay »), qui verse des allocations aux auteurs d’attentats ou à leurs familles, ces allocations étant d’autant plus élevées que le nombre d’Israéliens tués est important.
Saar a également précisé qu’aucune nouvelle décision n’avait été prise concernant le développement d’E1, la décision elle-même remontant à 2025, et que la procédure d’appel d’offres était en cours depuis plusieurs mois, certains documents n’ayant été publiés que ces derniers jours.
Un projet déjà condamné par une large coalition internationale
Le secteur E1, une bande de territoire d’environ 12 kilomètres carrés située entre Jérusalem-Est et la grande colonie de Maalé Adoumim, est considéré depuis des décennies par de nombreux observateurs internationaux comme une ligne rouge dans le conflit israélo-palestinien, en raison du risque de division de la Cisjordanie en deux zones distinctes et d’isolement de Jérusalem-Est. Le projet avait déjà été condamné, lors de son approbation initiale en août 2025, par une vingtaine de pays européens ainsi que par le Japon, la Jordanie, l’Arabie saoudite, la Turquie et le Qatar. Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, l’un des principaux artisans du projet, l’avait alors présenté comme une mesure destinée à mettre fin, dans les faits, à toute perspective d’un État palestinien.
Cette passe d’armes s’inscrit dans un contexte de relations déjà tendues entre Londres et Jérusalem, le gouvernement britannique ayant imposé par le passé des sanctions ciblées contre certains ministres israéliens en lien avec la conduite de la guerre à Gaza.






