« Ils nous ont tendu une embuscade et nous ont attaqués » : la version israélienne de l’incident de Kousra

Une nouvelle polémique agite la région du Binyamin, en Samarie, après les événements survenus ce Shabbat près du village de Kousra. D’un côté, Tsahal et la police des frontières (Magav) ont annoncé avoir dépêché des forces sur place après un signalement faisant état de dizaines d’Israéliens retranchés dans une maison palestinienne occupée par des habitants locaux. De l’autre, les habitants de l’implantation de Tel Talpiot présentent, à la sortie du Shabbat, une version radicalement différente des faits.

Selon le témoignage recueilli auprès des résidents par le correspondant sur place, l’incident a débuté lorsque plusieurs habitants sont partis en patrouille de sécurité routinière, à bord d’un véhicule tout-terrain, dans le secteur de la colline. En passant à proximité d’un chantier de construction abandonné, ils affirment avoir été attaqués par une quarantaine de Palestiniens qui les attendaient en embuscade près du bâtiment.

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Les habitants racontent avoir immédiatement alerté Tsahal et les forces de sécurité du secteur pour demander de l’aide. Face à l’absence d’arrivée rapide des renforts, ils expliquent avoir commencé à repousser eux-mêmes leurs assaillants, tout en appelant d’autres résidents de la région à venir prêter main-forte.

Cette version s’oppose frontalement au communiqué conjoint diffusé plus tôt par le porte-parole de Tsahal et celui de la Magav. D’après ce communiqué, les forces ont été envoyées à Kousra après un signalement faisant état d’« émeutiers israéliens » et d’un affrontement violent incluant des jets de pierres visant des Palestiniens. Tsahal et la Magav affirment également qu’à leur arrivée, des dizaines d’Israéliens ont été identifiés retranchés dans une « maison palestinienne », alors que des habitants palestiniens s’y trouvaient.

Un bâtiment abandonné, selon les habitants de Tel Talpiot

Les résidents de Tel Talpiot rejettent catégoriquement cette description. Selon eux, le bâtiment où une partie de l’affrontement s’est déroulée n’est pas une maison habitée mais un chantier de construction à l’abandon. Ce sont les Palestiniens, affirment-ils, qui y sont entrés pendant les événements et qui ont jeté des pierres depuis l’intérieur en direction des Israéliens.

Toujours selon les habitants de la colline, des barrages ont été dressés sur les voies d’accès au site durant les événements, faits de tas de pierres et de pneus enflammés, compliquant l’arrivée des forces de sécurité et des renforts.

L’activiste de l’implantation Elisha Yered a affirmé, à la sortie du Shabbat, qu’il s’agissait d’un événement planifié à l’avance dans le but de produire des images présentant les habitants israéliens comme des agresseurs. Il a décrit une scène où des dizaines d’émeutiers arabes masqués venus de Kousra, accompagnés de photographes de médias étrangers, seraient montés sur la colline en plein midi du Shabbat, auraient jeté des pierres en direction des résidents et installé des barrages de pierres et de pneus enflammés sur les axes d’accès afin de gêner l’arrivée des forces de Tsahal.

Yered a précisé que des habitants effectuant une patrouille de sécurité, par crainte d’infiltrations et d’incidents terroristes, seraient tombés sur ces émeutiers et auraient immédiatement prévenu le central sécuritaire et Tsahal. Face à la lenteur de l’armée à se déployer, les résidents attaqués auraient demandé à d’autres habitants de la région de venir les aider à repousser l’attaque.

Une image de « siège » recherchée, selon les habitants

Toujours selon la version défendue dans l’implantation, l’entrée des Palestiniens dans le bâtiment abandonné visait délibérément à produire une image médiatique d’Israéliens assiégeant une maison palestinienne. Yered affirme que les Palestiniens seraient entrés dans une maison abandonnée située en terrain ouvert, à flanc de colline, s’y seraient retranchés et auraient jeté des pierres sur les Juifs présents, dans le but de faire passer l’événement dans les médias pour un nouveau « siège ».

Selon son récit, les habitants venus prêter assistance ont dégagé les barrages de pierres sur les voies d’accès et repoussé les Palestiniens des pentes de la colline. Une fois l’axe rouvert et les forces de Tsahal arrivées sur place, les Israéliens ont quitté la zone. Yered affirme par ailleurs que six Palestiniens retranchés dans le bâtiment et ayant jeté des pierres ont été arrêtés par les forces de sécurité, avant d’être relâchés environ une heure plus tard.

À la sortie du Shabbat, les habitants de la colline ont aussi vivement critiqué la manière dont l’événement a été présenté dans le communiqué officiel de Tsahal et de la Magav. Ils dénoncent une exploitation récurrente du Shabbat par les médias pour, selon eux, salir des résidents empêchés de répondre pendant le jour saint, qualifiant l’ensemble de l’épisode de provocation violente préméditée par l’ennemi du début à la fin.

Les habitants se sont montrés particulièrement critiques envers la description des Palestiniens présents dans le bâtiment comme des « occupants de la maison ». Ils estiment que le porte-parole de Tsahal a repris à son compte ce qu’ils qualifient de mise en scène de l’adversaire, en désignant les émeutiers comme des « occupants de la maison » alors qu’il s’agirait, selon eux, d’un bâtiment abandonné n’ayant jamais accueilli d’habitants.

Les résidents relient enfin cet épisode à une lutte plus large autour du contrôle de la zone, évoquant une campagne menée depuis plusieurs semaines visant la colline, qui surplombe l’une des hauteurs stratégiques les plus élevées de Samarie, avec pour objectif, selon eux, de transférer le contrôle du site à l’Autorité palestinienne.

Le Conseil régional de Binyamin a de son côté indiqué que des affrontements s’étaient développés dans l’après-midi du Shabbat entre Israéliens et Arabes dans le secteur des villages de Kousra et Jalud, dans le Binyamin. Selon les Israéliens concernés, ils étaient partis en patrouille lorsqu’ils ont été attaqués à coups de pierres et de bâtons par des dizaines d’Arabes venus de Kousra. Des images de l’événement montreraient des Arabes jetant des pierres en direction des Israéliens, avec derrière eux des journalistes de médias étrangers en train de filmer la scène.

Une version antérieure de l’information, diffusée par Tsahal une vingtaine de minutes avant les précisions apportées par les habitants, indiquait qu’un affrontement s’était développé avec des jets de pierres des deux côtés, avant que des dizaines d’Israéliens ne se rendent vers une maison de Kousra où se trouvaient des Arabes, provoquant un nouvel affrontement sur place. Les forces de Tsahal et de la Magav seraient alors arrivées, auraient séparé les parties et fait sortir les Israéliens de la maison. Le Conseil régional de Binyamin a condamné la violence employée durant ces événements et appelé les forces de sécurité à enquêter sur les émeutiers filmés en train de jeter des pierres, afin qu’ils répondent pleinement de leurs actes devant la justice.

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