Tribune de Alon Ben David
L’armée israélienne a compris qu’une « visite de routine » sans la présence du chef d’état-major pouvait donner naissance à une nouvelle déclaration ordonnant de reconquérir un camp de réfugiés dont personne n’a besoin. Le chef d’état-major a donc annulé les réunions prévues à son agenda, s’est fait accompagner du chef du renseignement militaire et du chef des opérations, et s’est précipité vers Jérusalem. À leur arrivée à midi au commandement central, il est apparu que le ministre de la Défense n’avait pas non plus été convié à cette visite. Lui aussi souhaitant s’y rendre, tout le monde a attendu son arrivée jusqu’à treize heures.
Lors de la réunion qui a suivi, les chefs de Tsahal ont présenté une position unanime : la Judée-Samarie est au bord de l’embrasement. Le terrorisme palestinien dans les territoires a certes été réprimé à son niveau le plus bas depuis des années, mais la montée du terrorisme juif commence à faire sortir le public palestinien de son apathie et pourrait conduire à un embrasement de grande ampleur. Le chef d’état-major a insisté sur le fait qu’il s’agissait d’un avertissement stratégique qu’il soumettait au Premier ministre.
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« Que ferez-vous en cas d’un tel embrasement, si l’Autorité palestinienne elle aussi tourne ses armes contre nous ? », aurait demandé le Premier ministre. La réponse de l’état-major fut la suivante : « Nous avons des plans pour un tel scénario, mais nous ne savions pas à l’avance qu’il faudrait les présenter aujourd’hui et nous n’étions pas préparés à le faire. Si vous le souhaitez, nous vous les présenterons à une autre occasion. » Netanyahou a alors demandé que Tsahal lui montre les plans de guerre contre l’Autorité palestinienne, dans l’hypothèse où celle-ci se retournerait contre Israël. Autrement dit : il n’a pas l’intention de s’attaquer à la cause susceptible de mener à l’embrasement — le terrorisme juif — et souhaite déjà se préparer à la conséquence possible, une guerre contre l’Autorité palestinienne. À l’issue de la réunion, les porte-parole de Netanyahou se sont empressés de faire fuiter que « le chef d’état-major était arrivé non préparé à la discussion ».
Après que le monde entier a vu Tsahal assurer la protection d’un député détruisant les derniers vestiges de légitimité dont dispose encore Israël, l’armée a décidé de ne plus ménager ses mots et a publié une déclaration sévère visant le député Tzvi Sukkot. Même le Premier ministre a condamné le geste, en prenant soin de ne surtout pas mentionner le nom du député. Quant au ministre de la Défense, il a choisi ce jour précis pour se rendre sur un nouveau sommet en Syrie et annoncer qu’Israël n’en bougerait jamais.
Les monuments, une menace existentielle ?
À Gaza, ce que l’on appelle le « terrorisme des cerfs-volants » pourrait fournir au gouvernement un prétexte pour ordonner à Tsahal une vaste opération terrestre. Le fait que les cerfs-volants retrouvés jusqu’à présent en Israël et envoyés depuis Gaza ne contenaient aucun explosif ni matière incendiaire n’empêche pas l’ensemble des médias, et pas seulement les chaînes proches du pouvoir, d’adopter le récit du « terrorisme des cerfs-volants ».
Il en va de même pour les monuments érigés dans des villages palestiniens : la plupart des confrères de l’auteur dans les médias ont certes condamné la mise en scène de Sukkot, mais se sont empressés d’ajouter qu’il fallait détruire les monuments dressés en mémoire de terroristes et de civils palestiniens tués, considérant qu’il s’agit là, à l’évidence, d’une menace existentielle. Pendant la première Intifada, les soldats étaient envoyés pour décrocher les drapeaux palestiniens accrochés aux poteaux électriques et effacer les graffitis nationalistes qui recouvraient les murs de chaque ville et de chaque village. L’idée que faire disparaître ces symboles nationaux permettrait aussi d’arracher les sentiments nationaux des Palestiniens relève, selon l’auteur, de la sottise. Tsahal ferait mieux de se consacrer à la prévention d’un terrorisme réel plutôt que d’investir des efforts dans des monuments dédiés à des terroristes déjà neutralisés.
Retour à Kfar Kassem
Mais derrière tous les efforts du gouvernement pour rouvrir un front, quel qu’il soit, se cache une pensée troublante : pour le Premier ministre, ces élections ne portent pas sur l’avenir du pays, mais sur sa propre liberté et son propre avenir personnel. Netanyahou regarde les sondages, conscient de l’ampleur du risque qu’il encourt, et rien dans son comportement jusqu’à présent ne permet d’écarter l’idée qu’il pourrait initier une démarche sécuritaire dans le seul but de repousser les élections.
Deux fois déjà, des élections à la Knesset ont été reportées pour des raisons sécuritaires : en 1948, lors de la mise en place des institutions nationales, le Premier ministre David Ben Gourion avait repoussé les élections en raison de la guerre difficile qui se déroulait alors dans tout le pays. La Première ministre Golda Meir avait elle aussi repoussé les élections prévues pour octobre 1973, dans le contexte de la guerre du Kippour qui venait de s’achever quelques jours plus tôt.
La question essentielle est donc de savoir ce que feront les hommes de l’armée. Le devoir de l’échelon militaire est toujours d’exécuter ce que lui impose l’échelon politique. Que feront le chef d’état-major, le commandant de l’armée de l’air ou le commandant d’un commandement régional le jour où on leur ordonnera de partir en guerre alors que la nécessité sécuritaire réelle de ce conflit n’est pas claire ? Enverront-ils leurs hommes se faire tuer alors que le motif de la mission est douteux ?
Le devoir suprême de l’échelon militaire reste toujours d’exécuter légalement ce qui lui est ordonné, mais l’auteur recommande aux chefs de l’armée de mettre à profit ces jours pour relire le jugement monumental du juge Benjamin Halevy dans l’affaire de Kfar Kassem. Ce jugement définit avec précision la marge d’appréciation qui incombe, comme un devoir, à chaque soldat, et plus encore à chaque officier, pour examiner si l’ordre reçu franchit une ligne rouge ou si un drapeau noir flotte au-dessus de lui, le rendant manifestement illégal.
Sur le même sujet, à lire aussi sur infos-israel.news : notre article sur les tensions explosives entre Netanyahou et le chef d’état-major Eyal Zamir, ainsi que notre article sur le come-back surprise qui pourrait renverser Netanyahou aux élections 2026.






