FOU : le Qatar aurait été un obstacle plus important à un accord sur les otages que le Hamas lui-même

Selon des révélations relayées cette semaine par la chaîne israélienne Channel 12, le Qatar aurait constitué, dans les faits, un obstacle plus important à la conclusion d’un accord sur les otages que le Hamas lui-même. C’est après l’exécution par le Hamas de six otages israéliens en août 2024 que le Shin Bet aurait établi une ligne de communication directe avec un haut responsable du mouvement terroriste, Ghazi Hamad, afin de contourner un médiateur qatari jugé procrastinateur et perturbateur des négociations.

Ce canal secret aurait été mis en place peu après que des ravisseurs du Hamas eurent exécuté six otages israéliens enlevés lors du massacre du 7 octobre, après avoir senti l’approche des troupes de Tsahal près de leur position dans un tunnel de Gaza. Cet épisode, qui avait provoqué une onde de choc et une profonde frustration au sein de l’appareil sécuritaire israélien, aurait convaincu une partie des responsables qu’il était devenu nécessaire de disposer d’un canal de discussion indépendant des médiateurs traditionnels que sont l’Égypte et le Qatar, jugés insuffisants à eux seuls pour faire avancer les négociations.

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Selon Channel 12, les échanges auraient été confiés à un haut responsable du Shin Bet agissant au nom du directeur de l’agence, Ronen Bar, en interaction directe avec Ghazi Hamad. Côté palestinien, c’est Khalil al-Hayya, alors adjoint du chef du Hamas Yahya Sinwar, qui aurait donné son feu vert à ces contacts. L’ensemble du dispositif aurait par ailleurs été approuvé par le Premier ministre Benjamin Netanyahou ainsi que par le cabinet de guerre et le cabinet de sécurité. Une source proche du dossier a précisé que ce canal avait notamment permis de neutraliser de nombreux blocages dans les pourparlers, tout en donnant lieu, à certains moments, à de vifs échanges entre les deux parties, portant notamment sur l’identité des otages et des prisonniers sécuritaires palestiniens qu’Israël refusait catégoriquement de libérer.

Plus récemment, vendredi dernier, un ancien négociateur du Shin Bet aujourd’hui à la retraite, Adi Rotem, a levé le voile sur son propre rôle dans cette affaire lors d’une interview à Channel 12, révélant qu’il avait personnellement mené les discussions directes avec Ghazi Hamad, sous le suivi en temps réel de Ronen Bar. Selon Rotem, c’est lui qui avait eu l’idée de s’adresser à Hamad, lequel avait déjà joué un rôle dans l’accord Shalit de 2011. Les discussions se seraient déroulées le plus souvent par téléphone, tard dans la nuit, dans des échanges qu’il décrit comme particulièrement éprouvants sur le plan émotionnel. Rotem affirme que le Qatar avait fini par adopter les positions mêmes du Hamas lorsque l’accord de décembre 2023 s’était effondré, et que l’exécution des six otages avait constitué la « goutte de trop » ayant précipité le recours à cette voie parallèle.

Le censeur militaire israélien n’a autorisé la publication de ces informations, jusque-là bloquées, que jeudi dernier. Selon une source citée par la presse israélienne, ce canal direct aurait été déterminant pour convaincre le Hamas d’accepter l’accord finalement conclu en janvier 2025, qui avait permis la libération de dizaines d’otages, vivants et décédés, en plusieurs vagues, en échange d’une hausse de l’aide humanitaire à Gaza et de la libération de plus d’un millier de prisonniers sécuritaires palestiniens détenus en Israël.

Tout au long du conflit, le Shin Bet et le Mossad se seraient par ailleurs opposés sur le choix du médiateur privilégié, le premier penchant pour l’Égypte tandis que le second continuait de miser sur le Qatar, pays qui héberge la direction du Hamas et qui reste l’un de ses principaux soutiens financiers. Cette rivalité institutionnelle éclaire d’un jour nouveau les tensions récurrentes entre Jérusalem et Doha sur la question des otages, tensions qui avaient culminé en septembre 2025 avec la frappe israélienne menée contre des dirigeants du Hamas réunis au Qatar.

Sur le même sujet, à lire aussi sur infos-israel.news : notre article sur Netanyahou reconnaissant implicitement que la présence des dirigeants du Hamas au Qatar demeure l’obstacle principal à la libération de tous les otages, ainsi que notre article sur le chef du Shin Bet Ronen Bar et ses mises en garde sur les négociations avec le Hamas.