Affaire Braverman : le chef de cabinet de Netanyahou interrogé pour soupçon d’entrave à une enquête sensible

Une nouvelle affaire judiciaire secoue le sommet de l’appareil politique israélien. Les enquêteurs de l’unité d’élite Lahav 433 ont procédé à l’interrogatoire sous avertissement de Tzachi Braverman, chef de cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu, dans le cadre d’une enquête portant sur une possible entrave à une investigation liée à la fuite d’un document classifié.

Les enquêteurs se sont rendus au domicile de Braverman tôt dans la matinée. Il a été conduit dans les locaux de Lahav 433 pour y être interrogé pendant plusieurs heures. Une perquisition a été menée à son domicile et son téléphone portable a été saisi. À ce stade, aucune inculpation n’a été annoncée, mais la procédure se déroule sous le régime d’un interrogatoire « sous avertissement », ce qui signifie que Braverman est considéré comme suspect potentiel.

Une accusation lourde : « Je peux éteindre cette enquête »

Au cœur de l’enquête se trouve le témoignage d’Eli Feldstein, ancien porte-parole de Netanyahou. Selon Feldstein, Braverman l’aurait convoqué en pleine nuit dans l’enceinte de la Kirya, le complexe militaire et sécuritaire de Tel-Aviv, pour l’informer de l’existence d’une enquête interne menée par la division de sécurité de l’information de Tsahal.

Toujours selon Feldstein, la rencontre aurait eu lieu dans un parking souterrain, à l’écart des regards. Braverman lui aurait alors montré une liste de plusieurs noms et lui aurait indiqué qu’une enquête était en cours, avant d’ajouter une phrase lourde de conséquences : « Je peux éteindre ça. » Feldstein affirme avoir compris cette déclaration comme une tentative d’influence, voire d’entrave, à une procédure sécuritaire sensible.

Un face-à-face attendu

Les enquêteurs ont convoqué Feldstein pour une nouvelle audition et envisagent une confrontation directe entre les deux hommes. Un autre protagoniste clé, Omer Mantsour, porte-parole du bureau du Premier ministre, pourrait également être entendu. Feldstein affirme que Mantsour aurait été témoin de la fameuse conversation nocturne.

Braverman, de son côté, nie catégoriquement l’existence de cette rencontre. Son avocat, Jacques Chen, a déclaré que son client coopérait pleinement avec les autorités et qu’il rejetait toute accusation d’entrave à la justice.

Une affaire liée à la fuite d’un document classifié

Cette enquête s’inscrit dans le prolongement de la « affaire des documents classifiés », qui concerne la fuite d’un document militaire confidentiel vers le quotidien allemand Bild. Ce document, initialement présenté comme une note stratégique attribuée à Yahya Sinwar, s’est avéré provenir des services de renseignement militaires du Hamas, selon une enquête journalistique ultérieure.

Dans cette affaire, Feldstein a été inculpé aux côtés du sous-officier Ari Rosenfeld, soupçonné d’avoir transmis le document. Un autre conseiller proche du Premier ministre, Yonatan Urich, devrait également être mis en cause selon les enquêteurs.

Pressions politiques et critiques publiques

L’interrogatoire de Braverman a provoqué une onde de choc politique. Le chef de l’opposition Yair Lapid a appelé à la suspension immédiate de sa nomination au poste d’ambassadeur d’Israël au Royaume-Uni, déclarant qu’« un responsable soupçonné d’entrave à une enquête de sécurité ne peut représenter Israël à l’étranger ».

D’autres responsables politiques ont utilisé un ton encore plus dur, évoquant une culture d’impunité au sommet de l’exécutif. Toutefois, aucun élément de l’enquête ne met, à ce stade, directement en cause le Premier ministre Netanyahou lui-même.

Une enquête aux implications institutionnelles majeures

Au-delà des responsabilités individuelles, cette affaire soulève des questions profondes sur la séparation entre pouvoir politique, appareils sécuritaires et procédures judiciaires en Israël. Si les accusations de Feldstein étaient confirmées, elles pourraient constituer un précédent grave d’ingérence politique dans une enquête classifiée relevant de la sécurité nationale.

Les enquêteurs de Lahav 433 poursuivent leurs investigations, notamment l’analyse des données téléphoniques et des relevés d’accès à la Kirya, qui pourraient confirmer ou infirmer l’existence de la réunion nocturne évoquée. L’affaire est loin d’être close et pourrait encore s’élargir à d’autres responsables.

Dans un contexte politique déjà tendu, cette nouvelle enquête renforce le climat de défiance et alimente le débat public sur l’éthique du pouvoir, la transparence et l’indépendance des institutions judiciaires en Israël.


Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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