Au lendemain du drame survenu à Jérusalem, où Yossi Eisenthal, 14 ans, a trouvé la mort après avoir été percuté par un bus lors d’une manifestation haredi contre la loi sur la conscription, les réactions continuent de secouer la société israélienne. L’une des prises de position les plus marquantes est venue du commentateur politique de Channel 12, Amit Segal, qui a choisi de diriger ses accusations non pas vers un seul individu, mais vers la direction spirituelle et idéologique ayant encadré ces manifestations.
Intervenant mercredi soir, alors que l’enquête se poursuit et que la police a revu à la baisse certaines qualifications initiales pesant sur le conducteur, Segal a dressé un tableau volontairement plus large et plus dérangeant. Selon lui, concentrer la responsabilité sur le seul chauffeur du bus revient à évacuer une question plus profonde, celle du climat de violence et de permissivité qui s’est installé autour de certaines protestations.
Segal a d’abord rejeté les accusations selon lesquelles l’événement serait le résultat d’une incitation générale contre les haredim. « Le conducteur est arabe », a-t-il rappelé. « Il n’a pas été influencé par des discours médiatiques, il ne regardait pas les chaînes d’information et ne venait pas d’un camp idéologique précis. Si des manifestants laïcs, ou même des protestataires de Kaplan, avaient agi de la même manière, le résultat aurait probablement été identique ». Par cette remarque, le journaliste entendait souligner que la dynamique de violence de rue dépasse les clivages communautaires.
C’est toutefois vers la direction rabbinique haredi que Segal a dirigé l’essentiel de son propos. S’appuyant sur le concept biblique de l’« Egla Arufa » – la génisse expiatoire –, il a rappelé que lorsqu’un corps est retrouvé près d’une ville sans que le meurtrier soit identifié, les anciens de la cité doivent reconnaître leur part de responsabilité morale. « Nous sommes coupables parce que nous sommes responsables », a-t-il insisté. « Si cela se produit dans notre périmètre, cela nous concerne ».
De là est venue sa déclaration la plus dure et la plus commentée : « Les rabbins qui se tenaient derrière ces manifestations doivent aller se placer près de la tombe de ce garçon de 14 ans et dire : la responsabilité est aussi la nôtre ». Une phrase choc, qui a provoqué une onde de réactions dans les milieux politiques et religieux.
Segal s’est interrogé sur une évolution qu’il juge profondément inquiétante : comment expliquer que des adolescents issus de milieux traditionnellement caractérisés par de faibles taux de criminalité se retrouvent aujourd’hui à brûler des poubelles, bloquer des routes, frapper des passants, cracher sur des conducteurs et lancer des pierres ? « D’où vient l’idée même que l’on puisse s’approcher d’un chauffeur de bus – qu’il soit arabe ou juif, et même éloigné du cœur de la manifestation – simplement pour le provoquer, le frapper ou lui cracher dessus ? », a-t-il demandé.
Ces propos interviennent alors que l’enquête judiciaire suit son cours et que la classe politique tente de contenir l’escalade verbale. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a appelé à l’apaisement, adressant ses condoléances à la famille de l’adolescent et soulignant que « la valeur de la sainteté de la vie est inscrite au cœur de notre héritage ». Il a mis en garde contre une montée des tensions susceptible de conduire à de nouveaux drames.
Dans le même temps, les dirigeants des partis haredim ont exprimé leur indignation. Le président de United Torah Judaism, Yitzhak Goldknopf, a exigé que la police « fasse toute la lumière sur l’affaire et applique la loi avec la plus grande sévérité ». Des déclarations similaires ont été émises par le parti Shas et par plusieurs ministres, dont Miki Zohar, qui a affirmé qu’« aucune querelle idéologique ne peut justifier la mort d’un enfant juif ».
Au-delà des responsabilités pénales qui seront tranchées par la justice, l’intervention d’Amit Segal a ouvert un débat plus large et plus inconfortable : celui de la responsabilité morale collective. La mort de Yossef Aisentel ne peut être réduite à un simple fait divers ou à un affrontement isolé. Elle pose la question du rôle des leaders, des mots qu’ils emploient, des limites qu’ils fixent – ou qu’ils laissent volontairement s’effacer.
Dans une société déjà fracturée par la guerre, la conscription et les tensions internes, cette tragédie agit comme un miroir brutal. Et le message de Segal, qu’on l’approuve ou non, résonne comme un avertissement : lorsqu’une culture de confrontation devient la norme, les conséquences peuvent être irréversibles – et ce sont parfois des enfants qui en paient le prix ultime.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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