Depuis plusieurs années, une affirmation revient avec insistance dans le débat public occidental : « l’antisionisme n’est pas de l’antisémitisme ». Présentée comme une évidence morale, cette phrase est devenue un mantra répété dans les milieux militants, universitaires et politiques. Pourtant, derrière cette apparente nuance se cache une réalité beaucoup plus préoccupante : le refus systématique de définir ce qu’est l’antisémitisme, précisément pour empêcher toute possibilité de le combattre.
Car un principe fondamental s’impose dans toute lutte contre le racisme : ce qui n’est pas défini ne peut pas être sanctionné. Une organisation qui prétend combattre l’antisémitisme tout en refusant d’en adopter une définition opérationnelle se prive volontairement de tout outil disciplinaire. Sans définition, il n’existe ni ligne rouge, ni cadre, ni responsabilité. La haine peut alors prospérer sous couvert de discours politiques ou idéologiques.
C’est précisément pour combler ce vide que la définition de l’antisémitisme proposée par l’International Holocaust Remembrance Alliance (IHRA) a été élaborée au début des années 2000. Cette définition, aujourd’hui adoptée par des dizaines d’États, d’universités et d’institutions, ne vise pas à interdire la critique d’Israël, contrairement à ce que ses détracteurs affirment. Elle établit un cadre permettant d’identifier quand cette critique franchit le seuil du racisme antijuif.
L’un des points les plus contestés de cette définition précise qu’il est antisémite de nier au peuple juif son droit à l’autodétermination en affirmant que l’existence même de l’État d’Israël est une entreprise raciste. Cette phrase cristallise les oppositions. Pourtant, elle pose une question simple et légitime : pourquoi le seul État juif au monde serait-il le seul dont l’existence est jugée illégitime par principe ?
Il est évidemment possible de critiquer des politiques israéliennes, comme on critique celles de n’importe quel autre État. Mais appeler à la disparition d’Israël, ou présenter son existence comme intrinsèquement raciste, impose une charge morale unique au peuple juif. Ceux qui défendent cette position devraient, par honnêteté intellectuelle, démontrer avec une rigueur extrême que leur projet n’est pas motivé par une hostilité envers les Juifs en tant que peuple. Dans la pratique, cet effort est rarement fourni.
Face aux critiques, des universitaires juifs de gauche ont tenté une démarche de compromis en publiant en 2021 la Déclaration de Jérusalem sur l’antisémitisme. Ce texte insiste sur le fait que soutenir différents modèles politiques entre le Jourdain et la Méditerranée — deux États, État binational ou État unique — ne constitue pas en soi de l’antisémitisme. Cette approche, plus permissive que celle de l’IHRA, se voulait une main tendue aux milieux pro-palestiniens.
Mais même cette version minimaliste s’est révélée inacceptable pour une partie de la gauche radicale. Certaines organisations ont rejeté à la fois la définition de l’IHRA et la Déclaration de Jérusalem, au motif qu’elles seraient utilisées pour « policer le discours ». Ce rejet systématique soulève une question troublante : quelle définition de l’antisémitisme ces mouvements accepteraient-ils réellement ?
La réponse est simple et inquiétante : aucune. Sans définition, il devient impossible de condamner efficacement les théories du complot antijuives, les références aux Protocoles des Sages de Sion, l’idéologie du Hamas ou la résurgence d’antisémites notoires dans les mouvements extrémistes occidentaux. L’absence de cadre profite toujours à l’agresseur, jamais à la victime.
Ce refus n’est pas neutre. Il s’inscrit dans une dynamique idéologique où la haine des Juifs est relativisée, excusée ou déplacée vers un terrain prétendument politique. Certains préfèrent tolérer l’antisémitisme, y compris lorsqu’il émane de l’extrême droite ou de mouvements complotistes, plutôt que d’accepter la moindre limite à l’hostilité envers Israël.
L’ironie est cruelle : des mouvements se réclamant de l’antiracisme refusent les outils minimaux permettant de lutter contre l’une des plus anciennes formes de racisme. En refusant toute définition, ils ne défendent pas la liberté d’expression ; ils garantissent l’impunité de la haine.
Si l’antisémitisme ne peut pas être nommé, il ne peut pas être combattu. Et si une société accepte cela, elle abdique toute prétention morale à lutter contre le racisme.
Rédaction francophone Infos Israel News pour l’actualité israélienne
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