Après l’élimination des chefs houthis, le gouvernement israélien se réunit dans un bunker et valide un plan de coupes budgétaires

L’onde de choc du Moyen-Orient s’est invitée dans les couloirs du pouvoir à Jérusalem. Deux jours après que le Yémen a reconnu la mort de son Premier ministre houthi, Ahmad al-Rahawi, et de plusieurs ministres dans une frappe attribuée à Israël, le gouvernement et le cabinet de sécurité se sont réunis ce dimanche dans un lieu secret, sous haute sécurité du Shin Bet. Cette atmosphère d’alerte maximale a servi de décor à une querelle budgétaire explosive : l’exécutif a approuvé un plan de coupes transversales de 0,6 % pour financer la sécurisation des établissements scolaires, au prix d’un boycott retentissant du ministre des Finances Bezalel Smotrich.

Le contexte sécuritaire était déjà chargé. Alors que Benjamin Netanyahou célébrait ce qu’il a présenté comme « l’élimination réussie » de cadres ennemis – au Yémen mais aussi potentiellement à Gaza avec la disparition du porte-parole militaire du Hamas, Abou Obeida – la réunion ministérielle a basculé dans un affrontement verbal. Au centre de la dispute : 270 millions de shekels destinés à l’embauche de gardes pour les écoles et jardins d’enfants, une exigence portée par le ministre de l’Éducation Yoav Kisch et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir.

Les échanges ont tourné à la foire d’empoigne. Gila Gamliel, ministre de l’Innovation, a lancé à ses collègues : « Vous vous rendez compte de ce que vous dites ? Une bande d’amateurs. L’État doit protéger ses enfants. » Kisch a répliqué vertement : « Tu es déconnectée, tu ne comprends rien. Tu veux juste être ministre de l’Éducation. Tu es la pire ministre que nous ayons eue. » Ben Gvir, fidèle à son style offensif, a accusé Smotrich de financer « les enfants de Gaza » par l’aide humanitaire tout en refusant de protéger « les enfants d’Israël ».

Le ministre des Finances, vexé, a boycotté la réunion. Dans son entourage, on accuse le Premier ministre de « céder au chantage » de Kisch et Ben Gvir, et de couvrir la « négligence » du ministère de la Sécurité nationale. À l’inverse, les partisans de la coupe budgétaire rappellent que l’ouverture de l’année scolaire dépendait directement de ce financement. « Les élèves d’Israël entreront en classe en sécurité », a assuré Yoav Kisch après le vote, remerciant Netanyahou pour son arbitrage.

La symbolique est forte : au moment où Israël frappe ses ennemis à l’étranger – Houthis au Yémen, Hezbollah au Liban, Hamas à Gaza – le gouvernement doit gérer, en interne, une guerre d’usure politique et budgétaire. Smotrich incarne l’austérité et la rigueur, mais son absence du bunker ministériel est interprétée comme une fracture dans la coalition. Les tensions internes rappellent combien l’équilibre est fragile, dans un pays en guerre où la priorité nationale devrait être la sécurité intérieure.

La suite s’annonce tout aussi sensible. Le cabinet doit discuter dans les prochains jours de la reconnaissance internationale d’un État palestinien par certains pays, de l’évolution de la situation au Liban et en Syrie, et de l’hypothèse – toujours repoussée par Netanyahou – d’un accord partiel avec le Hamas sur les otages. Sur fond de conflits extérieurs et de divisions internes, le choix du lieu – un bunker secret – est révélateur : Israël se prépare à des secousses prolongées, tant sur le plan militaire que politique.

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